Changement de garde à Paris

La scène se passe dans la salle de réception de la Délégation générale du Québec à Paris. En mars 2008, des invités triés sur le volet étaient venus fêter les 80 ans de Gilles Vigneault. Il y avait là Guy Béart, Marcel Amont, Anne Sylvestre, Hugues Aufray, Julos Beaucarne, Luc Plamondon et Fabienne Thibault, entourés de rares privilégiés. Chacun leur tour, les invités de marque récitèrent un poème ou entonnèrent une chanson de notre chantre national. Dès les premiers mots, la petite assemblée reprenait spontanément en chœur ces vers que tous, Français et Québécois, connaissaient par cœur. Tous... sauf le délégué général du Québec à Paris, Wilfrid-Guy Licari, qui, à l'avant-scène, cherchait désespérément ses mots.

Loin de moi l'idée de soumettre nos diplomates à une récitation de poésie avant leur entrée en fonction. L'exemple n'est pourtant pas anodin. Au moment où Wilfrid-Guy Licari quitte ses fonctions, il illustre les difficultés qu'a eues cet ancien ambassadeur canadien à entrer dans les habits d'un représentant du Québec en France. On se rappellera que sa nomination avait été l'objet d'une vive polémique. L'ancienne ministre du Parti québécois Louise Beaudoin lui reprochait d'avoir fait carrière dans la diplomatie canadienne, où l'on a rarement fait de cadeaux au Québec. Parmi les diplomates québécois de carrière, cette nomination était perçue comme un affront. Sans compter que le parcours de cet ambassadeur canadien, au Vatican et à Tunis, n'était pas exemplaire. L'ancien premier ministre québécois Lucien Bouchard, lui-même ancien ambassadeur canadien à Paris, avait néanmoins pris sa défense contre ces «critiques acerbes», disait-il.

Avouons qu'il n'était pas facile de succéder à Clément Duhaime, qui fut l'un des représentants du Québec en France les plus appréciés. Mais, il faut aujourd'hui conclure que les critiques d'alors étaient en partie fondées. Wilfrid-Guy Licari aura passé une partie de son mandat à tenter d'entrer dans des habits qui n'étaient pas vraiment faits pour lui. Les exemples ne manquent pas. Le nouveau délégué est arrivé à Paris dans un esprit si partisan que, lors de la visite en France d'André Boisclair, alors chef de l'opposition, c'est tout juste s'il avait consenti à lui fournir une voiture de fonction. Il aura fallu que le premier ministre rappelle à son délégué qu'un représentant du Québec à l'étranger représente tous les Québécois sans exception.

Les choses s'améliorèrent un peu lors de la visite du chef de l'ADQ, Mario Dumont. Pourtant, jamais un délégué digne de ce nom n'aurait laissé un chef de l'opposition aussi naïf et inexpérimenté venir en France alors qu'aucun rendez-vous n'avait été confirmé avec le premier ministre français. L'imbroglio diplomatique qui en résulta fut largement la faute du délégué. Comme si celui-ci ignorait la tradition diplomatique qui veut que les chefs de l'opposition soient reçus à Matignon.

Mais le grand impair se produira lors du lancement en France des festivités du 400e anniversaire de la fondation de Québec. Le Québec se fera littéralement voler la vedette par la gouverneure générale Michaëlle Jean, forçant le premier ministre Jean Charest à improviser une visite en catastrophe à Bordeaux pour sauver la face. Un délégué expérimenté et plus sensible aux intérêts du Québec en France aurait vu venir cette opération politique préparée de longue date.

Dans la seconde moitié de son mandat, le délégué a pris plus d'assurance, ce qui a certainement aidé au succès des ententes sur la mobilité professionnelle signées avec la France. Précisons néanmoins que le dossier a toujours été supervisé directement du bureau du premier ministre. M. Licari n'est pas non plus étranger aux nombreuses visites réussies qu'a faites Jean Charest en France et, à l'exception des événements de La Rochelle, au succès des célébrations du 400e. Il compte aussi à son actif la signature d'ententes de coopération avec deux nouvelles régions françaises, l'Île-de-France et Midi-Pyrénées. Peu doué pour les discours, M. Licari n'a cependant jamais vraiment eu ce petit côté flamboyant qui a son importance sur la place de Paris.

Personne ne sait si son successeur, Michel Robitaille, qui entre en fonction dans une semaine, connaît mieux l'oeuvre de Gilles Vigneault. On peut à tout le moins constater que le premier ministre a pris soin de nommer un diplomate dont les états de service font, cette fois, honneur à la diplomatie québécoise. Michel Robitaille a représenté le Québec à New York pendant cinq ans. Nommé par le Parti québécois, il est demeuré en fonction après le changement de gouvernement, ce qui est toujours bon signe. Il avait auparavant occupé ces fonctions à Bruxelles, à Los Angeles et en Louisiane. Son engagement envers la Francophonie ne date pas d'hier puisqu'il a été directeur général de l'Association Québec-France avant de diriger le Centre de la Francophonie des Amériques. On peut donc penser qu'il possède cette sensibilité qui a toujours manqué à son prédécesseur.

Souhaitons que le nouveau délégué sache redonner un peu de dynamisme et de panache à une délégation qui en a besoin. Quant à la poésie, elle n'a jamais fait de tort à la diplomatie.

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crioux@ledevoir.com
1 commentaire
  • Georges Hubert - Inscrit 24 septembre 2010 12 h 33

    OUI

    Effectivement .. la poésie . c'est la nec plus ultra de la diplomatie.. Quand on ne saisit pas la poésie du plus illustre poëte d'un peuple... il y a des chances .. de mauvaises ! qu'on ne saisisse pas ce qu'il est comme peuple !
    Mais comment s'étonner que le principal représentant du Québec à Paris soit aussi inculte sous un gouvernement du Québec affairiste .. et un gouvernemtnt de France aussi obs ... con que le gouvernement Sarcozi ? Nous ne sommes pas dans des temps glorieux .... n'est-ce pas ?