Documentaires dans la course aux Oscar

I'm Still Here, documentaire de Casey Affleck sur son beau-frère Joaquin Phoenix, prend l'affiche aujourd'hui. Le cinéaste est connu. Le sujet, encore plus. Le résultat, mitigé. Or, à ceux qui ne verront qu'un documentaire américain au cours de l'année, je conseille de ne pas gaspiller leur jeton sur celui-ci, et d'attendre Inside Job, de Charles Ferguson, ou encore Tabloid, d'Errol Morris. Les deux films, vus à Toronto, sont attendus bientôt sur nos écrans, risquent de passer par le Festival du nouveau cinéma, dont la programmation sera dévoilée mardi, et devraient s'affronter dans la course pour l'Oscar du meilleur documentaire.

Inside Job est le compagnon idéal de Wall Street - Money Never Sleeps. Ce remarquable film du réalisateur de No End in Sight découvre l'ensemble d'un tableau dont Oliver Stone (son film sort aujourd'hui) ne peut éclairer qu'un détail, fiction oblige. De fait, Charles Ferguson démonte Washington et Wall Street brique par brique, afin de nous faire comprendre la funeste séquence de causes à effets qui a provoqué la crise financière de 2008. Un travail de recherche digne d'une enquête policière, une centaine de spécialistes captivants filmés harmonieusement, un assemblage original mêlant témoignages, archives, graphiques en animation, font de ce Inside Job le documentaire politique le plus accessible et percutant depuis Enron - The Smartest Guys in the Room, d'Alex Gibney.

Tabloid se situe à un autre niveau. Le grand Errol Morris (The Thin Blue Line, A Brief History of Time, The Fog of War), fasciné par les iconoclastes, nous raconte l'histoire singulière (c'est le moins qu'on puisse dire) de Joyce McKinney, une reine de beauté américaine qui, en 1977, a kidnappé en Grande-Bretagne Kirk Anderson, un missionnaire mormon dont elle était amoureuse, pour ensuite l'enchaîner à un lit durant trois jours et s'abandonner avec lui aux plaisirs de la chair. L'événement est connu dans le monde anglo-saxon sous le titre: «Mormon Sex in Chains Case».

McKinney soutient qu'elle a arraché

Anderson des griffes d'une communauté qui lui lavait le cerveau. Dans sa version des faits à lui, rapportée à l'époque aux autorités (il est décédé depuis), elle l'aurait violé: «Ben voyons, une femme qui viole un homme, c'est comme mettre de la guimauve dans un parcomètre», réplique cette Brigitte Bardot à gogo dans un accent du Sud à couper au couteau.

Le témoignage candide de celle qui est également connue pour avoir fait cloner son chien constitue le pilier de ce documentaire admirable, sorte de méditation savoureuse sur le vrai et le faux, argumentée au moyen des unes de journaux à scandales. Car Joyce McKinney, qui s'érige en victime des médias qui ont exploité son histoire, est une reine de la manipulation médiatique. Tandis qu'elle vendait sa version officielle à un tabloïde anglais, qui a gobé toutes ses paroles, un concurrent déterrait des faits et des photos qui la contredisaient entièrement. Plus de 30 ans après les faits, la principale intéressée s'en tient au récit pur et expurgé d'une lolita éperdue, tandis qu'à l'image, Morris la soumet au jeu de la vérité avec son talent incomparable de détecteur de mensonges. Je me demande d'ailleurs pendant combien de temps Joaquin Phoenix aurait été capable de soutenir son regard.