Repères - Les revenants

Un nouveau problème vient hanter l'Afghanistan et le Pakistan, qui n'en manquaient pourtant pas: les revenants. On parle bien entendu des revenants politiques, de ceux qui font la leçon à leurs successeurs des années après avoir été chassés du pouvoir.

Dans le premier pays, c'est Goulbouddine Hekmatyar qui explique dans une entrevue à Radio-France International comment il faudrait s'y prendre pour rétablir la paix. Son message, qui consiste à réclamer le départ de toutes les armées étrangères, n'est pas plus bête qu'un autre. C'est le messager qui fait problème.

Dans les années 1970, après un bref flirt avec le maoïsme, Hekmatyar devient l'un des représentants les plus fanatiques de la mouvance islamiste. À l'Université de Kaboul, il se fait un nom en s'attaquant aux étudiantes dont il désapprouve la tenue vestimentaire. Pendant la décennie suivante, il devient l'un des principaux bénéficiaires de l'aide versée par Islamabad, Washington et Riyad aux résistants à l'occupation soviétique. Après le départ des soldats russes, il occupe brièvement le poste de premier ministre, même si sa contribution à la chose publique se résume à avoir bombardé les quartiers de la capitale où ses adversaires jouissaient d'appuis.

On ne sait même pas où ce nouveau messager de la paix habite aujourd'hui, sinon que c'est peut-être «quelque part le long de la frontière avec le Pakistan». Ce qui en ferait un voisin d'Oussama ben Laden et du mollah Omar, auxquels il était d'ailleurs allié pendant une bonne bonne partie des années 2000.

Contrairement à Hekmatyar, Pervez Moucharraf a annoncé son retour en politique. Autre différence, l'ancien général-président pakistanais ne vit pas caché (dans une grotte ou autrement), mais dans un exil confortable en Grande-Bretagne. C'est à Hong-Kong qu'il a parlé récemment du nouveau parti politique qu'il prévoit fonder à Londres le 1er octobre, mais c'est dans le cyberespace qu'il puise son inspiration et sa force. Il s'est dit «surpris» de disposer sur Facebook d'«une base de 295 000 partisans». Ces «amis», dans la vingtaine ou la trentaine pour la plupart, «aspirent à un changement», croit le sexagénaire hyperbranché. Normal, puisque «l'essence de la démocratie n'est pas présente au Pakistan» au dire du nouveau Jefferson sud-asiatique, qui avait pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État en 1999.

M. Moucharraf est resté vague sur la date de son retour dans le pays, à peine sorti des eaux, qui l'a vu naître. Cette prudence s'explique sans doute par le procès qu'on lui intente pour abus de pouvoir.

Le phénomène des «belles-mères» politiques est assez répandu, mais les deux cas évoqués relèvent de la caricature parce qu'Hekmatyar et Moucharraf ont toujours foulé aux pieds les vertus qu'ils prétendent aujourd'hui défendre, soit la paix et la démocratie, respectivement. L'«Af-Pak», que Washington considère comme le foyer du terrorisme international, souffre évidement d'un déficit en ces deux matières mais les puissances, grandes et moyennes, qui s'en sont servi comme terrain d'un nouveau «grand jeu» pendant la guerre froide et au-delà, ne se gênent pas elles non plus pour y faire la leçon sans en avoir le droit.