Perspectives - Le modèle canadien

Il y a quelque chose de dérangeant dans cette référence récurrente à la solidité du modèle bancaire canadien. Certes, ces établissements ont mieux résisté à la tempête, mais était-ce par chance? A-t-on frôlé la catastrophe de peu? Trop de complaisance, trop de confort peut abaisser la vigilance et produire un effet inverse, non désiré.

Le Canada regarde les États-Unis, puis l'Europe, accoucher d'un nouvel encadrement de leur industrie financière sans broncher, sans autre réflexion, réitérant sa confiance en la solidité de son système bancaire. Après tout, en ce deuxième anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, les banques canadiennes ne demeurent-elles pas encore la référence mondiale? Elles passent même le test des nouvelles normes en matière de capitalisation établies sous Bâle III. Une fois cela dit, rien n'est dit.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, n'a pas été sans souligner les limites de tels paramètres. Dans une allocution prononcée à Berlin la semaine dernière, il a évoqué les faiblesses du prédécesseur de Bâle III. Ainsi, Bâle II a plutôt eu pour effet d'alimenter la procyclicité du système financier, de sous-évaluer les risques et de permettre un levier d'endettement excessif. Il fallait voir toutes ces écritures hors-bilan, cet écart se creusant entre les engagements comptabilisés et l'exposition réelle.

M. Carney a indiqué que, la veille de leur effondrement, chacun des établissements ayant fait faillite ou ayant été sauvés par l'État affichait un niveau de fonds propres qui dépassait de loin les normes de Bâle II. Il s'est empressé d'ajouter que les réformes retenues par le G20 et les nouvelles règles de capitalisation regroupées sous Bâle III représentent un juste équilibre entre la résilience et l'efficience.

Dans un mouvement de panique, lorsque la confiance n'est plus, les ratios n'ont qu'une valeur symbolique, ou comptable. Et cette tempête de 2007-08 a été une crise de liquidités, et non de capitalisation. Un risque de liquidités, associé à la qualité de l'actif détenu, est apparu au grand jour et fait désormais partie de l'équation dans la santé du système et des établissements financiers.

Au plus fort de la crise financière, aux États-Unis et en Europe, il fallait voir la Banque du Canada s'activer pour mettre en place les mécanismes conçus pour éviter l'assèchement du système bancaire canadien. Le recours aux méthodes dites quantitatives n'était en place qu'en cas de situation extrême, qui n'est finalement pas venue. Elle n'a pas eu à recourir à ces méthodes non traditionnelles mettant à contribution son propre bilan.

Épargnées par l'effondrement du marché immobilier, les banques canadiennes ont tout de même eu accès à un programme d'urgence du gouvernement fédéral proposant de racheter jusqu'à 125 milliards de dollars de prêts hypothécaires. L'aide de dernier recours a également été étendue aux compagnies d'assurance, qui ont eu droit à la Facilité canadienne des assureurs-vie pour accéder à un financement de premier niveau.

Le Canada n'a pas pâti de l'éclatement de la bulle des subprimes. Les PCAA canadiens pouvaient en contenir une partie, mais c'était marginal. Or la crise des subprimes à la canadienne aurait pu se matérialiser sous la forme de titres garantis en vertu de la Loi nationale sur l'habitation (LNH). Que penser de cette titrisation des prêts hypothécaires par la SCHL, qui a été multipliée par 2,3 entre 2007 et 2009? On parle de titres hypothécaires LNH et d'autres titres de cautionnement, garantis par le fédéral, qui pourraient souffrir d'une détérioration marquée de la qualité des prêts sous-jacents. Selon les estimations, il y en avait pour 375 milliards de dollars à la fin de 2009, contre 165 milliards en 2007, dans les portefeuilles des établissements financiers. Et il appert que les valeurs immobilières au Canada sont aujourd'hui engagées sur une pente descendante...

A-t-on frôlé la catastrophe? Il fallait voir, au plus fort de la crise, la Banque CIBC manoeuvrer pour renflouer ses liquidités auprès d'institutionnels tels que la Caisse de dépôt. Lourdement exposée au marché américain du crédit hypothécaire à haut risque, elle n'a eu d'autre choix que de procéder à une émission d'actions de trois milliards de dollars, à rabais, en plein creux de marché. Que dire de Manuvie, qui a également dû procéder à une recapitalisation de plus de deux milliards également au creux du marché. Confronté à l'effondrement des cours boursiers, le premier assureur au pays multipliait les radiations dans son portefeuille de fonds distincts.

Très présente aux États-Unis, la Banque de Montréal a également longtemps traîné dans ses livres les effets de la débâcle du marché immobilier américain. Et le Mouvement Desjardins? N'a-t-il pas dû nettoyer son portefeuille de fonds de couverture, malmené par l'effondrement des cours boursiers, à coups de milliards? Que penser de sa mésaventure dans l'univers des PCAA et du cautionnement subséquent de la Caisse de dépôt pour 400 millions, Desjardins voulant préserver ses liquidités?

Les établissements financiers canadiens sont solides. Mais faut-il baisser la garde?
1 commentaire
  • Jean-Bernard Lavoie - Abonné 23 septembre 2010 09 h 41

    Desjardins pas mieux que les autres

    Il semble que Desjardins vienne de recapitaliser à hauteur de 1 milliard de dollars auprès d'investisseurs privés en y vendant des billets de dépôt à taux fixe... Et ce serait sa quatrième fois depuis la crise selon Radio-Canada. Ce qui veux dire que Desjardins manque de liquidité. C'est plutôt inquiétant de voir qu'une coopérative supposée avoir des principes différents des autres banques soit finalement aussi avare de profits. Pourquoi avoir risqué autant avec les PCAA? Et en allant chercher du financement dans le privé, Desjardins est-elle en train de se privatiser? Qu'advient-il des membres? De la coopérative???

    Et pourquoi le gouvernement Canadien est venue en aide aux banques Canadiennes à hauteur de 200 milliards (un premier 25 milliards après la crise, puis un autre 50 milliards, puis 125 milliards au budget suivant, et d'ailleurs, qui en a parlé dans les médias)??? Pourquoi leur garantir autant d'argent si le système banquaire canadien est aussi solide? Et la bulle immobilière, bien présente en ce moment, qui n'a pas éclatée en 2008 comme aux États-Unis, serait-elle l'épée de Damoclès qui pend au dessus de notre système, supposé solide comme du roc??? Les banques sont toutes pareilles: se sont des pompes à richesse. Elles sucent l'argent des travailleurs pour ne jamais la leur redonner. Les intérêts perçus par elles sont les parasites qui vampirisent l'économie. Il serait temps qu'on nationalise toutes les banques ou qu'on interdise de percevoir des intérêts. Il fut un temps où c'était interdit d'ailleurs! Les infrastructures, les maisons, les télé HD, les bâtiment commerciales! Tout appartient maintenant aux banques. Ce sont elles qui vont diriger le monde bientôt si on les laisse faire. Mettons-les au pas!!! Les propriétaires américains par exemple, possédaient 80% de leur maison au début des années 80. Et maintenant??? seulement 30%. Les banques s'approprient les richesses de l'humanité. Et ce, à vite