C'est parti!

Le décor, l'invité et le moment choisi laissaient présager un discours étoffé, surtout de la part du ministre des Finances d'un gouvernement qui répète ne pas vouloir d'élections afin de mieux se concentrer sur l'économie. Mais une journée à peine après la reprise des travaux parlementaires, les convives du Cercle canadien d'Ottawa, réunis dans la grande salle de bal du Château Laurier, ont eu la surprise de se faire servir une diatribe des plus partisanes par nul autre que Jim Flaherty. On se serait cru au beau milieu d'une campagne électorale serrée menée par un gouvernement légèrement désespéré.

M. Flaherty soutient ne pas vouloir d'élections maintenant, car elles seraient une menace pour «la croissance», «la prospérité à long terme» et «la qualité de vie de nos enfants et petits-enfants». Rien de moins! En même temps, on croirait à l'entendre que le pays est en danger, car sur le point d'être pris d'assaut par une méchante coalition libérale-néodémocrate-bloquiste qui mettrait en péril la reprise, les finances publiques, des centaines de milliers d'emplois et l'avenir de nos enfants et petits-enfants (encore!). La solution de rechange? Un gouvernement conservateur majoritaire, bien sûr.

Selon M. Flaherty, un tel gouvernement serait un gage de stabilité et de bonne gestion, comme il l'a démontré durant la crise. Après tout, le fardeau de la dette du Canada est le moins lourd des pays développés. Les banques sont solides, le plan de relance économique a eu de l'effet et un budget équilibré pointe à l'horizon.

***

Le ministre des Finances espère vraiment qu'on a la mémoire courte et qu'on a oublié que ce gouvernement a dû avoir le fusil sur la tempe pour pondre son plan de relance. Au lendemain de l'élection de 2008, son énoncé économique ne visait qu'à éviter un déficit au gouvernement. Il ne comportait aucune mesure de relance, que des restrictions budgétaires. Si l'opposition, réunie pour l'occasion en coalition, n'avait pas menacé de défaire le gouvernement, il n'y aurait pas eu de plan présenté au début de 2009. (Il est intéressant de noter qu'il était impossible hier d'avoir accès à cet énoncé économique 2008 sur le site de Finances Canada, alors qu'on pouvait consulter en totalité ou en partie tous ceux présentés depuis 1995.)

Le ministre parle d'un fardeau de la dette plus léger qu'ailleurs. C'est vrai. Il s'est alourdi avec la mise en oeuvre du plan de relance, mais on ne peut le lui reprocher. Par contre, on peut comparer pour mesurer le sérieux de l'effort. Quand les libéraux ont pris le pouvoir en 1993, la dette représentait 67 % de notre produit intérieur brut. Quand les conservateurs les ont délogés en 2006, cette dette ne représentait plus que 35 % de notre PIB, résultat de remboursements successifs de la dette et de l'enrichissement collectif du pays. Avant la crise, les conservateurs avaient réussi à abaisser ce pourcentage de six autres points, mais les ont entièrement perdus depuis. Et si on se fie au dernier budget, il faudra environ cinq ans pour passer à nouveau sous la barre des 35 %.

M. Flaherty insiste aussi sur la santé de notre système bancaire, mais il omet de mentionner qu'il en serait autrement si les libéraux n'avaient pas résisté aux demandes de fusions et de déréglementation qui avaient la faveur des conservateurs quand ils étaient dans l'opposition.

***

Comme le dit si bien le ministre, les qualités du Canada ne sont pas le fruit du hasard. C'est parce que des gouvernements successifs ont fait des choix difficiles que le Canada a pu traverser cette récession mieux que ses partenaires commerciaux.

La politique monétaire adoptée au début des années 1990, l'adoption de la TPS, la décision de désindexer partiellement les niveaux d'imposition et les paiements de transfert aux particuliers sont toutes des politiques du gouvernement Mulroney qui ont facilité la tâche des libéraux quand ils se sont attaqués au déficit au milieu des années 1990.

Avec leur réforme de l'assurance-emploi, la réduction massive des dépenses publiques, la diminution des transferts aux provinces, le maintien de la TPS, la création de réserves pour éventualités, les libéraux ont pu effacer le déficit, afficher des surplus et réduire la dette. Ce revirement majeur a à son tour profité aux conservateurs de Stephen Harper.

Depuis que ce gouvernement est au pouvoir, les dépenses de programmes ont augmenté année après année et ont toujours représenté 13 % ou plus du PIB. M. Flaherty a aussi utilisé la marge de manoeuvre dont il a hérité pour réduire la TPS, la mesure fiscale la plus populiste et populaire qui soit, mais qui demeure la moins performante sur le plan économique. Il a diminué les taxes des entreprises, mais persiste à vouloir les réduire encore en janvier, et ce, malgré le déficit record affiché l'an dernier (47 milliards).

Lui qui dit vouloir protéger les familles haussera les cotisations à l'assurance-emploi, qui sont une taxe sur la masse salariale qui décourage l'embauche et alourdit le fardeau fiscal d'un seul groupe de travailleurs, les salariés, y compris les plus petits.

M. Flaherty a fait des bons coups au fil des ans et voudrait qu'on le reconnaisse, mais ce n'est pas en optant pour la malhonnêteté intellectuelle qu'il y parviendra. Ni en nous pensant assez naïfs pour croire encore au bonhomme Sept-Heures...

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

2 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 22 septembre 2010 07 h 58

    La crédulité


    Le bonhomme Sept-Heures, c'est Harper en personne.
    Parlant de naïveté, c'est surtout le ROC qui pêche par "bonasserie".

    Ce gouvernement a prouvé qu'il pouvait mâcher de la gomme et mentir en même temps, tellement qu'on ne sait plus, de Charest ou d'Harper, lequel est l'émule de l'autre.

  • Raven - Inscrit 22 septembre 2010 11 h 02

    Provocation

    Les Libéraux arrivent en fanfaron au Parlement dans le but de défier le gouvernement et on s'étonne que les Conservateurs répliquent!

    Une élection générale devrait permettre aux Conservateurs de reprendre le pouvoir (majoritairement de préférence) afin de remettre le parlement sur les rails.