Le parcours d'un combattant

Pour faire partie des Meilleurs Ouvriers de France, Morel doit réaliser une grande œuvre, c’est-à-dire un buffet avec des pièces sculptées, des petites bouchées enrubannées de sucre ou de nougat, des bonbons non seulement beaux à l’œil mais savoureux par leur finesse et leur goût.
Photo: Pour faire partie des Meilleurs Ouvriers de France, Morel doit réaliser une grande œuvre, c’est-à-dire un buffet avec des pièces sculptées, des petites bouchées enrubannées de sucre ou de nougat, des bonbons non seulement beaux à l’œil mais savoureux par leur finesse et leur goût.

Par sa carrure, Christophe Morel ressemble plus à un joueur de football de la ligue américaine qu'à un chocolatier de bonbons fins. Rien ne laisse présager ce que fait cet artiste, ni ce qu'il prépare depuis deux ans.

Être un des Meilleurs Ouvriers de France, c'est faire partie d'une élite de professionnels dans divers corps de métiers (180), qui accomplissent à travers leur profession un cheminement hors normes. La base est avant tout calquée sur le talent et les capacités professionnelles qui s'étendent à l'éthique, au respect et à la transmission du savoir aux générations à venir.

Après avoir travaillé pendant une année complète et investi énormément de temps et d'argent personnel, Christophe Morel a passé avec succès, en 2010, les épreuves de demi-finales du concours du MOF (Meilleurs Ouvriers de France), lui permettant de poursuivre son ascension avec les candidats restants vers la grande finale et le titre de la consécration. Cet unique honneur lui permet aussi d'afficher sur sa veste le tricolore bleu, blanc, rouge, les couleurs de la France.

Un sacrifice pour la vie


Vouloir être MOF est une chose, le devenir en est une autre. Peu d'élus arrivent à contrôler tant les émotions que la dextérité qui mènent à la finale. Il ne suffit pas d'être bon, il faut être le meilleur.

Durant un an, il faut s'entraîner sous la houlette d'un maître, en principe lui-même Meilleur Ouvrier de France, pour répéter sans relâche les gestes qui pourraient mener à la victoire. Un thème imposé par un jury et qui touche différents sujets oblige les candidats à remonter dans le temps.

Dans le cas de Morel, on lui demande par exemple de connaître tant les variétés de cacao que le pourcentage de matières grasses qu'il contient, les températures de fusion, la résistance du beurre de cacao, ou encore de travailler sur des bases apprises il y a bien longtemps.

Et puis c'est la grande oeuvre, celle qui consiste à présenter un buffet avec des pièces sculptées, des petites bouchées enrubannées de sucre ou de nougat, des bonbons non seulement beaux à l'oeil mais savoureux par leur finesse et par leur goût.

C'est à Lucien Klotz, journaliste et homme politique, que l'on doit la création de cette discipline unique au monde. En 1913, il élabore un projet permettant de revaloriser les métiers manuels. Un projet qui sera adopté en 1922 et qui comprendra aussi un Salon du travail, pour honorer les artisans. Encore à ce jour, c'est le président de la République qui remet aux finalistes le titre et le diplôme d'un des Meilleurs Ouvriers de France.

Depuis quelques semaines, Morel est fébrile, dans l'attente des thèmes imposés, qui sont classiques ou d'un modernisme parfois déconcertant. Il devra faire de nombreux voyages en Europe, chez son «maître de stage», installé en Belgique, qui lui donne accès à ses installations tout en le supervisant et en lui donnant de judicieux conseils. Nul doute que Christophe Morel a la capacité de devenir un MOF. Il l'a déjà prouvé dans le passé en remportant de nombreux prix à l'étranger ou encore ici, au Québec. Soutenu financièrement en tant qu'Ambassadeur Barry-Callebaut par la société, installée à Saint-Hyacinthe, Morel aurait bien besoin d'une aide additionnelle venant du Québec. Ses fréquents voyages en avion et ses frais divers, dont ceux d'hôtel, coûtent cher, sans parler du fait qu'il doit se déplacer avec tout son matériel lors de la grande finale. Or, ce serait une première pour le Québec que d'avoir un Québécois d'adoption qui serait un des Meilleurs Ouvriers de France.

Morel, totalement intégré, va jusqu'à présenter aux Français ses bonbons-chocolats et feuilletés à l'érable; il inclut dans ses recettes des produits d'ici et valorise, tant au Japon qu'ailleurs dans le monde, son art, qu'il présente «à la québécoise».

Une référence qui fait des émules chez les jeunes qui travaillent chez lui à Boucherville et qui rêvent eux aussi à dépasser le maître. Cette fois, il s'agit de la grande boucle, la finale, celle qui demande à l'être de se surpasser, d'être le meilleur, quoi!

Chaque jour, il devra répéter les mêmes gestes, la même recette, sans erreur possible, sans retour. À 42 ans, fier de son art et de son talent, Morel, discret, presque timide, se bat pour le plaisir. Le fait de côtoyer les plus grands, précise Christophe Morel, amène une autre dimension: celle de se surpasser pour que l'exemple demeure pour les générations à venir. Du 19 mai au 22 mai 2011, tous ceux qui l'encouragent depuis des années seront derrière lui.

Un honneur qu'il souhaiterait offrir aux Québécois et à tous ceux qui, depuis le début, ont cru en son talent. Entre la fleur de lys et le tricolore, son coeur balance.

Une épreuve difficile, tant pour sa conjointe, qui le soutient depuis des années dans son désir d'accomplir ce qu'il souhaite le plus: devenir en toute simplicité un des Meilleurs Ouvriers de France.

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Découvertes

Chez Cocagne, on berce dans la tomate

L'excellent cuisinier nous fait découvrir chaque année, à la saison des récoltes, des spécialités de son cru. Après la Martinique gourmande, c'est vers le fruit-légume le plus populaire du monde qu'il nous entraîne, en concoctant une foule de recettes aux mille et une couleurs.

Restaurant Cocagne, 3842 Saint-Denis, Montréal

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Biblioscopie

Le Petit Lebey des bistrots parisiens 2010

Claude Lebey, éditions Albin Michel, 263 pages, France, 2010

Un guide incontournable pour ceux qui, comme moi, aiment découvrir les petits bistrots de Paris. Des références à tous les prix, qu'il est facile de découvrir en fonction des arrondissements de Paris. L'auteur les classe suivant de petites marmites qui, comme pour l'Évasion, sis au 7 place Saint-Augustin, sont un régal pour le coeur.

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Recette de la semaine

Ketchup de tomates au basilic

- 5 kg de tomates

- 1 pied de céleri en dés

- 2 pommes rouges épluchées, en dés

- 1 kg de poires (Beauté flamande) épluchées, en dés

- 1 kg d'oignons émincés

- 2 gousses d'ail hachées

- 125 ml de vinaigre

- 125 ml de sirop d'érable

- 40g d'épices à marinade

- 2 tasses de basilic haché

- Sel au goût

Blanchir les tomates afin de retirer la peau et les découper grossièrement dans une casserole. Ajouter les fruits ainsi que l'oignon, l'ail, le céleri et les épices à marinade. Cuire durant 30 minutes et ajouter le sirop d'érable et le vinaigre, puis recuire 1 pendant heure. Ajouter le basilic et finir la cuisson pour 15 minutes avant de mettre le tout dans un pot stérilisé.

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