Perspectives - L'entre-Bush

Plutôt étonnant, ce sondage estimant que les républicains sont plus à même de gérer l'économie que les démocrates. La mémoire est véritablement une faculté qui oublie. Si l'on peut comprendre aisément le cynisme que manifeste le citoyen envers la chose politique, le phénomène inverse peut très bien s'imaginer à la lumière de cette enquête.

À quelques semaines des législatives du 2 novembre, les démocrates se retrouvent au plus bas dans les sondages. Récession, mais surtout reprise économique atone où brille une création d'emplois chétive, pèsent lourdement sur le clan d'Obama. Petit retour sur l'histoire économique (pourtant récente) des États-Unis, ou petit survol de l'entre-Bush.

Lorsqu'il est arrivé à la Maison-Blanche, Barack Obama a reçu un lourd héritage de l'administration précédente. Un pays en guerre, un pays confronté à l'une des plus graves crises financières et économiques depuis la Grande Dépression des années 1930, un pays affichant des finances publiques dévastées par un déficit budgétaire et un endettement records, un pays plus dépendant que jamais des capitaux étrangers, un pays ayant fait le vide autour de lui... La présidence républicaine sous les huit ans de George Bush fils a laissé un paysage économique plutôt sinistre, pour ne pas dire sinistré.

Une comparaison avec l'héritage laissé par le précédent épisode démocrate est plutôt intéressante. Bill Clinton a pris le pouvoir en janvier 1993. Les États-Unis venaient de traverser ce que l'on qualifiait alors de pire récession depuis la Grande Dépression. Cette récession de 1990-1992, ombragée par la guerre du Golfe menée par George Bush père, s'était aussi engagée sur fond de krach du marché résidentiel américain ayant alimenté une crise bancaire et l'effondrement des établissements d'épargne et de crédit (crise des Savings and Loan). La ressemblance est frappante!

Il est également intéressant de noter que les huit ans de présidence de Bill Clinton ont été une période dorée pour les États-Unis sur le plan économique. La plus grande économie mondiale s'est même permis d'afficher des surplus budgétaires dans l'entre-Bush!

Le programme TARP de rachat d'actif bancaire de mauvaise qualité fut pourtant une initiative de l'administration Bush. Les sauvetages d'institutions financières du type Fannie Mae, Freddie Mac et AIG se sont fait sous l'administration républicaine. Tant l'éclatement de la bulle immobilière que la crise financière et la récession qui ont suivi sont ancrés en sol républicain. Et les conséquences sous forme de détérioration de la dette publique et de déficits budgétaires stratosphériques doivent être inscrites au bilan de l'administration Bush.

Un texte de l'Agence France-Presse diffusé la semaine dernière en rajoute. Il nous rappelait ce projet d'une «société de propriétaires» porté par George W. Bush au cours de sa présidence de 2001-2008. Les semences ont été mises en terre par Bill Clinton, avec sa Stratégie nationale pour la propriété proposée en 1994. Le but était alors de porter à 67,5 % le taux des ménages propriétaires de leur logement en 2000. La cible a été atteinte, mais

M. Bush a voulu aller plus loin en souhaitant que tous les Américains puissent accéder à la propriété. Les initiatives visant à faciliter les emprunts immobiliers contractés par les ménages à revenu modeste se sont multipliées sous son premier mandat, avant que n'apparaisse la bulle immobilière, puis son éclatement ayant conduit à la crise des subprimes. On connaît la suite.

Une autre comparaison, qui porte davantage sur la gestion de la crise, est digne d'intérêt. Selon les plus récentes estimations, le plan TARP ne serait plus qu'à 12 % de son enveloppe initiale de 700 milliards, adoptée par l'administration Bush. Le coût pour les contribuables américains serait de 42 % inférieur à celui de l'effondrement des institutions d'épargne et de crédit, au début des années 1990. Le coût de la crise sous l'ère de George Bush père a atteint 3,2 % du PIB américain. Les plus récentes estimations indiquent que le coût de la récente crise à été ramené à moins de 1 % du PIB.

Étrange, donc, cette enquête CNN-Opinion Research Corporation qui indique que 46 % des sondés jugent les républicains plus à même de gérer l'économie, contre 43 % faisant confiance aux démocrates. Les républicains vont jusqu'à bénéficier de six points d'avance sur la question de la réduction du gigantesque déficit budgétaire... qu'ils ont créé!

L'AFP nous rappelle toutefois qu'il y a un an, alors que la reprise économique prenait forme, les démocrates étaient largement en tête en matière d'économie et récoltaient la confiance de 52 % des sondés, contre 39 % pour les républicains.

Il reste à souhaiter à Barack Obama une économie renouant avec la création d'emplois.
4 commentaires
  • Yves Robitaille - Abonné 9 septembre 2010 00 h 59

    Pas si surprenant

    Il n'y a rien de surprenant à ces résultats de sondages.
    D'abord nos références sont de plus en plus à court terme quand il y en a.
    Et le monde des affaires supporte massivement les politiques de laisser-faire des Républicains (Conservateurs). Et on fait confiance au monde des affaires en matières d'économie. Et toutes la machine de propagande est là pour entretenir l'illusion et tourner le peuple contre ses outils sur lesquels ils ont prises : l'état et les syndicats d'où viendraient tous les maux.
    Et les seigneurs, dans leurs Versailles festoient en envoie le petit peuple guerroyer pour faire tourner l'économie. Ça entretient aussi l'illusion qu'ils sont aussi les meilleurs pour assurer notre sécurité contre le terrorisme.

  • Gérard Garnier - Inscrit 9 septembre 2010 08 h 38

    Parti républicain = effondrement du dollar US

    En complément de vos remarques très judicieuses, il me paraît intéressant de suivre l'évolution du cours de l'USD depuis 2000 :
    Par rapport au Franc Suisse (CHF), monnaie stable et neutre politiquement entre toutes, l'USD est passé de 1.8284 CHF en octobre 2000 (fin de l'ère Clinton et arrivée de G.W. Bush) à 0.9841 CHF en mai 2009 (fin inexorable de l'ère Bush) soit un effondrement de 47%.
    Par rapport à l'Euro, l'évolution a été la même : pour un USD, 1.2118 EUR en octobre 2000 et 0.6254 en 2009, soit - 49 % !

    Vous auriez le même résultat avec le Yen. Pour la Livre anglaise, le résultat fut le même pendant longtemps mais cette monnaie s'est effondrée à son tour en 2009.

    En illustration de ces faits, et si vous avez eu la curiosité de tracer la courbe de l'évolution du dollar US depuis 1999 par rapport aux deux autres grandes monnaies internationales (EUR et JPY), vous aurez constaté que le dollar US s'est régulièrement dévalué lors des présidences républicaines, ne remontant temporairement que lors des périodes d'incertitude favorables aux démocrates (risque de non réélection de GW Bush et sondages favorables pour Obama).

    Entre parenthèses, je suis toujours étonné de constater que les commentateurs économiques n'évoquent jamais l'effondrement du Dollar US (qui a tout de même perdu 50 % de sa valeur en 8 ans) mais toujours la baisse des autres monnaies dès que le dollar USD remonte faiblement. Personnellement, je préfère me référer au Franc Suisse (CHF) pour connaître l'évolution réelle d'une monnaie.

  • Denis Paquette - Abonné 9 septembre 2010 09 h 14

    Cynisme et bigoterie deux priciopices aussi dangereux l'un comme l'autre

    Merci M. Berube pour ce portrait très bien brossé de la politique américaine, dans le même ordre d’idées Mme. Clinton parle aujourd’hui du leadership économique et de morale, voila je crois les deux pôles importants de la politique américaine, la question étant pour eux de combattre le cynisme économique sans pour autant tomber dans la bigoterie, voila le défi que M. Obama devra remporter. Merci et bonne continuation de votre travail d’analyse

  • Bernard Terreault - Abonné 9 septembre 2010 10 h 30

    Républicains aux USA et libéraux au Québec

    Républicains aux USA et libéraux au Québec : le parallèle est frappant. Ils ont beau faire les pires gaffes économiques, le milieu des affaires et sa puissante machine à propagande, constituée de la majorité des médias écrits et parlés, de l'industrie de la pub, de celles du sport professionnel et de la culture pop, font passer l'idée que ces partis sont les seuls à pouvoir assurer notre bonheur matériel et notre niveau de consommation.