Trois roues valent-elles mieux que deux ?

La T-Rex de Campagna Motors fait le 0-100 km/heure en 3,9 secondes! <br />
Photo: Campagna Motors La T-Rex de Campagna Motors fait le 0-100 km/heure en 3,9 secondes!

C'est en train de devenir une tradition: pour la troisième année, il est question de moto dans cette page, après le week-end de la fête du Travail. Et chaque fois, c'est le père de notre chroniqueur automobile, motocycliste depuis près de 30 ans, qui fait l'essai d'engins à deux roues. Ou trois!

Il y a déjà quelques années, la firme québécoise Bombardier regroupait sa production de véhicules récréatifs (motoneiges, motomarines, VTT, etc.) dans une division appelée BRP, tout en concentrant la production à l'usine québécoise de Valcourt.

Cette firme a toujours fait preuve d'avant-gardisme dans ses produits, qui jouissent d'une bonne réputation sur plusieurs continents. En 2008, BRP mettait sur le marché un autre produit qui s'annonçait révolutionnaire: la Can-Am Spyder, une moto avec deux roues à l'avant et une à l'arrière. Rapidement, ce produit est devenu très populaire; il en a aussi été question à trois reprises dans cette page.

Mais, contrairement à ce que plusieurs croyaient, BRP n'a pas été la première firme québécoise à commercialiser une moto à trois roues. Une toute petite firme de la région des Bois-Francs, Campagna, vendait sa première unité en 1995. La configuration était inusitée: deux roues à l'avant, une roue (motrice) à l'arrière, les deux passagers assis côte à côte. Et surtout, un look d'enfer, dû au réputé designer montréalais Paul Deutschman. La T-Rex était née.

Une auto, une moto, 2 X trois roues

Fabriqué à Plessisville, sur une base quasi artisanale, la T-Rex n'a pas rempli les coffres, et Campagna n'a pas tardé à éprouver des difficultés financières, pour finalement se retrouver en faillite. En 2008, une nouvelle entité baptisée Campagna Motors rachète tous les actifs et déménage les activités de production dans une usine moderne de Boucherville.

Ayant déjà fait l'essai, dans le passé, de la Spyder de BRP, j'ai voulu faire un test comparatif avec la T-Rex: après tout, il s'agissait de deux véhicules récréatifs avec une configuration à trois roues. Heureusement, dès le départ, le porte-parole de Campagna Motors m'a expliqué la différence entre ces deux véhicules en une seule phrase: la T-Rex est une auto sport à trois roues alors que la Spyder est une moto à trois roues.

Comme me l'a confirmé l'essai de la T-Rex, ces deux véhicules s'adressent à des clientèles tout à fait différentes. Tout d'abord, on n'enfourche pas la T-Rex comme une moto: on s'y glisse, comme dans une monoplace de course. (À mon âge, ce fut un peu ardu les premières fois, mais on s'y habitue...).

Une fois que l'on est installé, la configuration est exactement celle d'une auto: volant, trois pédales (embrayage, frein, accélérateur). D'ailleurs, au Québec, pas besoin de permis de moto: le bon vieux permis classe V est suffisant.

Sport extrême

Bon, on prend la route! Quelques coins de rue pour se familiariser avec la machine, et déjà quelques surprises... D'abord, des accélérations foudroyantes: la T-Rex fait le 0-100 km/heure en 3,9 secondes! Ça, c'est plus rapide qu'une Corvette GS ou qu'une Mustang Shelby GT500. Il vous faudra une Porsche 911 Turbo pour chauffer la T-Rex.

Deuxième surprise: le bruit du moteur. Alors qu'en Spyder, vous pourrez écouter du Mozart sur votre iPod, vous vous imaginerez plutôt sur le circuit Gilles-Villeneuve avec la T-Rex, en train de dépasser Lewis Hamilton dans l'épingle!

Cette sonorité grisante provient d'un moteur de motocyclette Kawasaki de 1352 cc, refroidi au liquide, et développant 197 chevaux. Le poids du véhicule dépasse à peine les 400 kilos, ce qui explique ses accélérations fulgurantes. Sur la route, la T-Rex reste littéralement scotchée au sol. Ayant eu l'occasion de conduire plusieurs voitures sport prestigieuses, je dois avouer qu'aucune d'entre elles ne s'approchait de la T-Rex au chapitre de la tenue de route.

Il n'y a pas de doute, ce véhicule est un produit de niche, qui s'adresse à une clientèle spécifique. Mais la «nouvelle» firme Campagna Motors semble déterminée à augmenter les ventes de la T-Rex grâce à une qualité de produits améliorée et des investissements en marketing. Tout comme BRP, elle ne s'assoit pas sur ses lauriers et mettra en vente sous peu un tout autre nouveau véhicule. Actuellement, elle fabrique et vend une centaine d'exemplaires par année, et ce, à travers le monde. Au Canada et aux États-Unis, bien sûr, mais la T-Rex est également très populaire au Japon.

Le prix? Un peu plus de 50 000 $... Cher? À peine plus que certaines Harley-Davidson ou Honda Goldwing... et beaucoup moins qu'une Corvette!

La Spyder ne connaît pas la crise

De l'auto on passe à la moto à trois roues. En 2008, donc, BRP créait une petite révolution en lançant la Can-Am Spyder, étrange insecte à moteur avec deux roues à l'avant et la roue motrice à l'arrière. Au départ, la seule couleur de la Spyder était le jaune Bombardier, et bien des motocyclistes (surtout les amateurs de Harley) aimaient qualifier la Spyder de motoneige à trois roues.

BRP a rapidement mis sur le marché des modèles de différentes couleurs, bardés de nouveaux accessoires et, subitement, on commença à voir des Spyder en grand nombre sur nos routes, au Canada comme aux États-Unis. D'ailleurs, en cette période de difficultés économiques, surtout chez nos voisins du sud, BRP est le seul manufacturier à voir ses ventes de motos augmenter des deux côtés de la frontière. Normal: ce produit novateur avait le potentiel d'attirer plusieurs nouvelles clientèles:

- Les gens de mon âge, qui ne sont plus obligés de forcer pour reculer leur moto dans le garage.

- Les banlieusards qui utilisent leur moto pour se rendre à leur boulot chaque jour: être coincé dans un bouchon de circulation, avec une machine de 300 kilos par une température de 32 degrés, n'a rien d'agréable.

- Les nouveaux conducteurs et conductrices, attiré(e)s par le fait de conduire une moto stable, sans devoir prendre un cours de conduite de moto.

Confort extrême

Les succès de vente de la Spyder ne sont donc pas surprenants. En 2010, la firme BRP, toujours à l'écoute de sa clientèle, a lancé la Spyder RT, conçue spécifiquement pour le mototourisme. Il s'agit d'une Spyder dotée de toutes les caractéristiques de confort imaginables: des valises et coffres d'une capacité de 155 litres, un tableau de bord multifonction, un pare-brise électrique, un système audio intégré incluant une prise pour iPod, des poignées chauffantes; et des aides électroniques à la conduite comme le système de contrôle de stabilité, les freins antibloquants (ABS), l'antipatinage, et j'en passe.

Le moteur est un Rotax de 990 centimètres cubes, d'une fiabilité exemplaire, développant 100 chevaux. Il peut être jumelé à une transmission semi-automatique (en option). Sur la route, la Spyder RT offre un confort exceptionnel, qui donne le goût d'enfiler des centaines de kilomètres quotidiennement. Des vacances de camping sur la côte est? BRP offre (et fabrique) la jolie remorque RT, qui augmente le volume de chargement à 777 litres.

Je demeure convaincu que la Spyder a tout un avenir devant elle. Et, connaissant la créativité des gens de BRP, ils pourraient bien nous surprendre avec de nouveaux produits en 2011.

Que choisir entre une T-Rex et une Spyder? Il s'agit de deux produits totalement différents, s'adressant à des clientèles différentes, et qui offrent des heures de plaisir à leurs utilisateurs. La T-Rex est plus sportive que bien des voitures sport; et la Spyder, plus confortable que bien des motos. Qui plus est, il s'agit de deux inventions bien québécoises!

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Collaborateur du Devoir
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