Consensus persistant

Rien à faire, l'affaire du recensement tient toujours le haut du pavé et le gouvernement Harper continue d'encaisser les coups d'un bout à l'autre du pays. Du Vancouver Sun au Halifax Chronicle-Herald, on le désapprouve.

Paula Simons, de l'Edmonton Journal, ne comprend pas qu'on cherche ainsi à miner la réputation du Canada en matière de recensement. Elle rappelle que le premier recensement moderne tenu en Occident a eu lieu en 1666, en Nouvelle-France, à l'initiative de l'intendant Jean Talon, faisant de la colonie un leader dans le domaine. Aujourd'hui, «c'est le gouvernement lui-même qui fait la promotion de la culture de paranoïa, insinuant que le formulaire détaillé du recensement est une sorte d'invasion grotesque de notre vie privée ou encore un complot libéral», se désole-t-elle. Elle note que, sans son caractère obligatoire, le questionnaire finirait trop souvent dans les poubelles, nuisant du coup à une foule d'institutions publiques chargées d'élaborer programmes et politiques pour les citoyens. Le recensement n'a rien d'orwellien, dit-elle. «Il est simplement un outil utile pour gérer la croissance et le changement, comme en 1666. Mais le gouvernement Harper semble déterminé à miner l'intégrité et l'autorité du recensement en jouant sur des peurs sans fondement et en faisant écho aux pires excès idéologiques de l'ultime droite républicaine», écrit Simons, qui déplore le fait que ce sont les Canadiens qui paieront le prix pour l'absence de données fiables.

Le Times Colonist, de Victoria, ne comprend toujours pas «la détermination du gouvernement Harper de s'accrocher à un plan autodestructeur comme celui visant à miner le recensement». Les stratèges conservateurs croient peut-être, pense le Colonist, que cette affaire ne deviendra pas un enjeu politique. «Ils ont peut-être raison, mais ce n'est plus le recensement qui est l'enjeu. Des préoccupations, capables de durer, sont apparues. Comme l'attachement du gouvernement à un mode d'élaboration des politiques fondé sur l'idéologie plutôt que sur les faits», souligne l'équipe éditoriale. Selon elle, le changement envisagé au recensement laisse entendre que «les conservateurs ne valorisent pas l'information statistique précise pour appuyer leurs politiques». En plus, déplore le quotidien, la défense offerte par le gouvernement a mis en lumière un «penchant pour la malhonnêteté et l'exagération». Au bout du compte, il ne nuit pas qu'aux Canadiens, mais aussi aux chances futures de son parti, conclut le Colonist.

Lawrence Martin, du Globe and Mail, va dans le même sens. Il voit dans cette affaire du recensement une manifestation supplémentaire de l'enfermement idéologique du gouvernement Harper. Selon lui, la direction de Harper a d'abord été calme et mesurée, aidée en cela par son premier chef de cabinet Ian Brodie. Depuis 2008 et l'arrivée du nouveau chef de cabinet Guy Giorno, le ton a changé, l'équipe aussi, les conseillers les plus modérés la quittant l'un après l'autre. Conservateur social et tenant de la ligne dure, Giorno n'a pas cherché à faire contrepoids aux travers et pires instincts de son patron. Au contraire, il leur a fait écho. Les controverses à saveur idéologique se sont multipliées, des compressions en culture à l'énoncé économique raté de l'automne 2008. Et il y a eu les prorogations, l'affrontement avec le Parlement, l'insistance sur la loi et l'ordre, le refus de financer des services d'avortement à l'étranger... De l'avis de Martin, l'arrivée de Giorno a signé la fin des tentatives de transformer le Parti conservateur en formation rassembleuse. Résultat, le parti n'arrive pas à profiter de ses bons coups, l'image du gouvernement ne s'améliore pas, pas plus que sa position dans les sondages. «Incapables de marquer des points maintenant, les conservateurs doivent se demander s'ils y parviendront jamais», écrit Martin. Harper avait, au départ, la possibilité d'élargir la base de son parti, «mais le choeur des béni-oui-oui est venu, les chaînes idéologiques se sont resserrées et le chapiteau a rétréci», conclut le chroniqueur.

Lawrence Martin, du Globe and Mail, va dans le même sens. Il voit dans cette affaire du recensement une manifestation supplémentaire de l'enfermement idéologique du gouvernement Harper. Selon lui, la direction de Harper a d'abord été calme et mesurée, aidée en cela par son premier chef de cabinet Ian Brodie. Depuis 2008 et l'arrivée du nouveau chef de cabinet Guy Giorno, le ton a changé, l'équipe aussi, les conseillers les plus modérés la quittant l'un après l'autre. Conservateur social et tenant de la ligne dure, Giorno n'a pas cherché à faire contrepoids aux travers et pires instincts de son patron. Au contraire, il leur a fait écho. Les controverses à saveur idéologique se sont multipliées, des compressions en culture à l'énoncé économique raté de l'automne 2008. Et il y a eu les prorogations, l'affrontement avec le Parlement, l'insistance sur la loi et l'ordre, le refus de financer des services d'avortement à l'étranger... De l'avis de Martin, l'arrivée de Giorno a signé la fin des tentatives de transformer le Parti conservateur en formation rassembleuse. Résultat, le parti n'arrive pas à profiter de ses bons coups, l'image du gouvernement ne s'améliore pas, pas plus que sa position dans les sondages. «Incapables de marquer des points maintenant, les conservateurs doivent se demander s'ils y parviendront jamais», écrit Martin. Harper avait, au départ, la possibilité d'élargir la base de son parti, «mais le choeur des béni-oui-oui est venu, les chaînes idéologiques se sont resserrées et le chapiteau a rétréci», conclut le chroniqueur.

Homme d'honneur

Le sort réservé au statisticien en chef choque tout autant. Le Halifax Chronicle-Herald déplore que Munir Sheikh ait dû démissionner pour rétablir les faits alors que le ministre est toujours en poste après avoir insinué qu'il avait l'approbation de Statistique Canada pour changer le recensement. «Les ministres reçoivent les avis confidentiels de leurs fonctionnaires. En échange, ils sont tenus par l'honneur de ne pas les présenter sous un faux jour», écrit le quotidien. Or c'est exactement ce qu'a fait le ministre de l'Industrie, Tony Clement. Haroon Siddiqui, du Toronto Star, pense lui aussi que c'est le ministre qui aurait dû démissionner. «Si Clement avait été un homme de principe, il aurait refusé la démission de Sheikh la semaine dernière et aurait offert la sienne.»
8 commentaires
  • Eric Allard - Inscrit 31 juillet 2010 10 h 18

    Menteurs et sans scrupules

    Ai-je besoin d'en rajouter?

  • Gerard44 - Inscrit 31 juillet 2010 12 h 18

    Dictature canadienne

    C'est ainsi qu'une dictature se met en place morceau par morceau et l'accès à des informations fiables est un morceau essentiel de la démocratie avec la liberté de presse et la liberté d'association et de manifestation en public. La répression planifiée et exécuté en toute impunité des opposants aux insignifiances du G-20 à Toronto est un autre morceau plus visible de l'iceberg. L'araignée Harper tisse sa toile habilement nuit et jour. Tenons lui tête et descendons dans la rue lors des manifestations organisées par des groupes d'opposition et de résistance.

    Gérard Laverdure, Montréal

  • Michel Simard - Inscrit 31 juillet 2010 14 h 04

    Tous excepté le Journal du Mourial

    Tous les commentateurs de tous les journaux canadiens, pas seulement au Québec, ont exprimé de manière claire et forte leur désapprobation de la décision insensée du gouvrnement réformiste-conservatrice. Seul le Journal de Montréal n'en souffle mot. La mouvance réformiste-conservatrice et adéquiste-conservatrice qui gravite dans cette entreprise, préfère le populisme, les préjugés et les déclarations choc aux analyses pondérées et à l'esprit scientifique (ouach).

    Toute cette histoire laisse présager de murs moments à passer dans la démocratie et la société canadiennes, les conséquences des décisions insensées à répétition de ce gouvernement idéologique d'extrême-droite sur les institutions et les esprits. Voyez comme les Américains peinent à s'en sortir après huit années de régime républicain-conservateur.

  • Andre Vallee - Inscrit 31 juillet 2010 20 h 49

    De Colborne à Harper

    Même intention, moyens différents. Quand allons-nous nous décider de nous prendre en charge et d'établir des liens négociés avec nos voisins? Nous avons les talents, les richesses, les moyens...
    Si, au moins, nous avions un premier ministre au Québec qui travaille pour le Québec au lieu de “finasser” sa carrière. Un vide politique qu'on tente de camoufler sous des phrases ronflantes.

  • Michelle Bergeron - Inscrit 1 août 2010 00 h 50

    @ Simard Le pouvoir des médias à t'il dépasser le politique?

    Terminé le temps ou les médias représentaient davantage la population "populiste" que des gros patrons qui ne veulent plus payer pour des enquêtes sérieuses et qui compte sur ce service plutôt douteux comme résultat pour étoffer son enquête. Plus besoin de réfléchir d'observer de questionner les gens dans un contexre approprié avant de poser sa réflexion pour la partager ensuite dans un journal. A ce compte là pas besoin de vous pour nous répéter ce que nous pouvons avoir comme information. Désolant de constater que ces statistiques servent de base à des "scientifiques, des articles, à des choix politique etc. On ne peut tout avoir on dirait le journal populiste et dépendant avec de pllus gros salaire ou le contraire mais j'attends toujours celui qui sera populiste et indépendant avec de gros salaire payer par le citoyen. L'esprit scientifique à plusieurs contradictions entre eux et c'est normal pourtant la pensée unique perdure. Pourtant ce qui se passe à Québec est crôlement plus inquiétant pour l,instant on vide le Québec ça coule de partout le bas de laine est vide et ça continu. Facile de voir le jeu de Harper j'en disait pas autant de plusieurs autres. Tant qu'il est minoritaire je dort sur une oreille et je penses aux autres paliers municilales et provincial silencieux....