2014: le chaos

Nous sommes en 2014. Après avoir été réélu avec 35 % des voix, le gouvernement Harper, toujours minoritaire, continue de se rire du Parlement et gouverne comme s'il était majoritaire. Même si la situation se détériore, l'opposition continue à répéter que les Canadiens ne veulent surtout pas d'élections maintenant.

Le gouvernement a poussé des soupirs de soulagement l'année dernière quand il a appris le suicide d'Omar Khadr dans sa cellule dans le New Jersey, le nouveau Guantánamo américain. Le gouvernement s'apprêtait à en appeler une huitième fois d'une décision de la Cour fédérale réclamant son rapatriement.

Le Canada a changé et fait face dorénavant à des problèmes qu'il n'aurait jamais pu imaginer il y a quatre ans. De plus en plus de mineurs sont condamnés comme adultes et croupissent dans des prisons d'adultes. Le resserrement des libérations conditionnelles et l'application de peines toujours plus lourdes ont entraîné une croissance imprévue de la population carcérale. De nombreuses émeutes ont eu lieu en 2013. Depuis l'abolition du registre des armes à feu, le nombre d'assassinats a augmenté pour la première fois depuis dix ans. On note de nombreux assassinats de policiers appelés à intervenir dans des cas de violence conjugale à domicile.

Selon un sondage récent, le nombre de femmes sans domicile fixe et victimes de violence conjugale a augmenté de 100 % depuis deux ans. Cela serait dû à la fermeture depuis trois ans de nombreux services d'aide aux femmes privés de subventions fédérales.

Le Musée des droits de l'homme à Winnipeg ne reçoit que mille visiteurs par semaine, surtout des écoliers. Droits et Démocratie est maintenant un service de ce musée et ne compte plus que cinq employés. Oxfam, Développement et Paix et quatre autres ONG ont dû cesser toutes leurs activités dans les territoires palestiniens faute de financement de l'ACDI. L'organisme d'aide internationale a vu son budget amputé de 40 % dans les deux dernières années pour contribuer au rééquilibrage des finances publiques.

En Ontario et au Manitoba, les francophones sont sur un pied de guerre. Les gouvernements de ces provinces, se fondant sur les données du dernier recensement, soutiennent que le nombre de francophones ne justifie plus l'existence de huit districts scolaires qui représentent 30 % de la population scolaire francophone. Des manifestations à Brandon et à Windsor ont entraîné une dizaine d'arrestations en décembre 2013. Ces manifestations sont survenues à la suite de la publication par les associations francophones locales des résultats d'enquêtes démographiques qu'elles avaient commandées à des compagnies privées. Les résultats de ces études indiquent que la population francophone est demeurée stable dans les quatre dernières années, mais les gouvernements provinciaux rétorquent que seuls les résultats du recensement peuvent servir de base juridique dans l'établissement de districts scolaires francophones. Le budget pour les enquêtes sociologiques de la Société des transports de Montréal est passé de 100 000 $ en 2010 à 2 millions en 2013.

En Saskatchewan, on se prépare à une quatrième année de sécheresse de suite. La production de céréales a chuté de 47 % depuis 2010 dans cette province et de 31 % au Manitoba. Le programme d'aide aux agriculteurs est passé de 1,8 milliard à 7,6 milliards, ce qui n'a pas empêché la mise en jachère de 23 % des terres consacrées à la culture des céréales. Lors du dernier sommet de l'ONU sur l'environnement, seuls le Canada et la Birmanie ont refusé de s'engager à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, soutenant qu'il n'existait toujours pas de preuve scientifique du réchauffement climatique.

Mais c'est en Alberta, qui vient d'élire dix-sept députés indépendantistes, que la situation s'annonce la plus catastrophique. En 2012, le gouvernement Harper avait parié sur l'élection de Sarah Palin aux États-Unis. Or Obama a été réélu avec une majorité écrasante en promettant une révolution énergétique radicale. Un premier projet de loi vient de franchir l'étape du Sénat et si, comme on le prévoit, il est adopté par la Chambre des représentants, le pétrole des sables bitumineux fera l'objet d'une taxe de 50 %, à moins que les producteurs ne réduisent de 50 % leurs émissions de GES. L'industrie albertaine a indiqué qu'il lui faudrait investir plus de 25 milliards en trois ans pour respecter cette exigence. Le gouvernement albertain vient de publier une étude qui révèle que la province devra d'ici deux ans réclamer de la péréquation du gouvernement fédéral à cause du manque à gagner temporaire qui s'annonce. Le gouvernement Harper a mis sur pied un groupe spécial de travail composé exclusivement de représentants de l'industrie pétrolière. D'autre part, on apprenait hier, comme le prédisait l'Institut Pembina en juillet 2010, que la réglementation fédérale sur l'industrie automobile n'avait eu aucun effet sur les émissions de GES par le parc automobile canadien.

Dans ce chaos, une seule bonne nouvelle: Maxime Bernier, l'ancien bouffon conservateur qui s'amusait à tourner en ridicule les scientifiques, a déclaré faillite. Se fondant sur des données du recensement qui indiquaient une baisse des préoccupations écologiques des Canadiens, le Beauceron avait investi toutes ses économies dans une entreprise de construction traditionnelle. On sait que la construction des maisons écologiques a connu un boom de 500 % depuis quatre ans.

Au Québec, le premier ministre Jean Charest a refusé pour la 132e fois d'instaurer une commission d'enquête sur la construction comme le réclamait le nouveau chef de l'opposition, Bernard Drainville.
26 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 31 juillet 2010 01 h 05

    La fin du monde est à 7 heures le 13 septembre 2066

    « Le chaos n'est rien. Etre ou ne pas être, soi et toutes les choses, il faut choisir.»

    Citations de Jules Lagneau

    Extrait de Cours sur Dieu

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Lagneau

  • André Loiseau - Abonné 31 juillet 2010 02 h 13

    La météo

    Ces prévisions ont beaucoup de sens.
    Tous les pions sont en place pour ce faire.

  • Jacques Morissette - Inscrit 31 juillet 2010 07 h 35

    Votre texte est intéressant. Malgré cela, essayons d'être optimiste.

    Le peuple est intelligent. Il sent qu'il y a un loup dans la bergerie. Mais il ne veut pas qu'on lui dise; non pas parce qu'il se veut sympathique à la cause du loup, mais surtout parce qu'il a peur. D'autres médias peuvent le savoir, mais ils se gardent bien d'en parler pour cette raison. L'autre raison, c'est aussi parce que le peuple n'achète pas ce qui lui fait peur.

    L'autre média vend au peuple ce qu'il aime bien manger. C'est-à-dire de certaines choses qui le culpabilisent ou qui l'informent du quoi ne pas manger pour maintenir à flot sa santé. Comme s'il n'y avait que ça dans la vie. Pendant ce temps, notre loup dans la bergerie continue de faire ses victimes.

    L'autre média est lui aussi intelligent! Mais il se contente de présenter les choses au premier niveau. Il ne cherche pas à interpréter, même lorsque les événements parlent d'eux-mêmes. Parce qu'il sait que le peuple n'aime pas quand on interprète le cours des événements de désagréable façon.

    Malgré cela, je suis optimiste. Hier, dans ce forum, il y avait madame Payette qui disait que les gens vont finir par apprendre à se méfier et à mieux se défendre, démocratiquement parlant. Du moins, c'est ce qu'elle semble espérer. Quant à moi, je voudrais que le peuple arrête d'avoir peur. De manière à ce qu'il se réveille plus rapidement.

    Le loup dans la bergerie est très patient. C'est petit à petit qu'il fait son œuvre. Chaque geste posé par lui n'est pas toujours mesurable. C'est surtout le temps qui nous fera peser l'étendu des dégâts. Mais ce sera d'autant plus difficile de revenir en arrière. Et, durant tout ce temps, des gens auront payer pour l'avoir laisser mordre avec les crocs de son idéologie.

  • Marie-Josee Marcoux - Abonnée 31 juillet 2010 07 h 38

    Vraiment la catastrophe

    Malheureusement, je crains que la réalité dépasse la fiction. C'est le règne de l'ignorance et des dépenses exhorbitantes inutiles. Vous avez oublié la fermeture de Radio-Canada, la censure des journaux, la suspension du droit de manifester, l'arrestation record de 8 000 manifestants et la privatisation des banques de données gouvernementales pour mieux protéger la vie privée des Canadiens. Consternant.

  • France Marcotte - Abonnée 31 juillet 2010 08 h 18

    Stratégie du désespoir

    Sombres prévisions qui reposent tout de même sur un seul élément: la réélection du gouvernement Harper même minoritaire (imaginez majoritaire!). Donc, on doit combattre avec l'énergie du désespoir la réélection de ce gouvernement. Je pose une question: malgré les réticences qu'inspire M.Ignatieff et admettant qu'il n'y ait pas de coalition entre les libéraux et le NPD, faut-il appuyer, pour contrer Harper à tout prix, Ignatieff aux prochaines élections fédérales et voter Libéral, même en se bouchant le nez?