Avez-vous honte parfois?

Moi, je l'avoue, ça m'arrive assez souvent. Il y a des comportements humains qui me font honte. D'autant plus que nous vivons une drôle d'époque, car il n'y a jamais eu autant de découvertes formidables qui pourraient faciliter la vie des humains sur terre, mais qu'au lieu de chercher le mieux-être des hommes et des femmes qui sont là, nous nous acharnons à nous entretuer, à nous appauvrir les uns les autres et à nous rendre la vie impossible la plupart du temps.

Le pire, ce qui m'étonne le plus, c'est qu'il n'y a pratiquement jamais de surprises de la part des humains, car à des événements donnés, ils réagissent pratiquement toujours de la même façon. Les siècles qui passent et l'expérience accumulée ne changent rien à l'affaire.

Prenez Haïti. Après le 12 janvier dernier, on a cru pendant quelques semaines que le monde entier allait enfin se solidariser au-delà des différences et venir en aide à ce peuple qui agonise depuis si longtemps. Les promesses sont venues de partout. Des chiffres ont été avancés. Des centaines de millions ont été promis. On allait remettre ce pays sur pied et donner à ces humains, enfin, les moyens de leur dignité. On a vu des chefs d'État faire le tour des ruines, suivis partout par des caméras. Le monde entier avait les yeux tournés vers Haïti et chacun jurait d'apporter sa contribution. Il y avait urgence et la main sur le coeur, ils ont juré que ce pays allait renaître de ses cendres et qu'on allait lui faire franchir le mur du XXIe siècle. Il y a eu des spectacles, des chants, des danses, des bénévoles, beaucoup d'avions, quelques réfugiés, quelques tentes, et le silence est revenu. Haïti est retourné dans l'anonymat de l'après-choc.

Six mois plus tard, on constate que l'argent promis n'est pas venu, que le ramassage des débris n'est pas fait, que les douaniers s'appliquent à compliquer la vie de tout le monde et que de leur propre initiative ou sous les ordres d'un «petit chef», ils collectent des sommes importantes dont on ne sait pas à qui elles sont destinées mais qui privent les ONG de matériel dont elles ont un urgent besoin. Le peuple dort dans la boue, on vole tout ce qu'on peut voler parce qu'on manque de tout et on viole les femmes sans remords parce que la mort peut venir à n'importe quel moment. Les enfants n'ont pas d'abri solide, n'ont souvent rien à manger et les écoles ont été détruites. Ils vivent en enfer.

Étais-je la seule à penser le 13 janvier que ça ne marcherait pas? Deux ex-présidents des États-Unis, c'est trop. Y avait-il, en partant, trop de monde, trop d'intermédiaires, trop d'organismes, trop de dirigeants, trop d'argent en jeu pour que le sort des Haïtiens soit le véritable enjeu? Ce formidable mouvement de solidarité qui a traversé le monde allait-il se fracasser sur des intérêts qui n'auraient probablement rien à voir avec le bien-être du peuple haïtien?

Ma honte est proportionnelle au gâchis que vit toujours Haïti six mois plus tard.

Bien sûr, il n'y a pas d'argent à faire en Haïti. Ce qui a pour résultat de refroidir les ambitions de ceux qui détiennent des moyens d'intervention qui changeraient les choses dans ce merdier où des millions d'humains sont pris au piège. Que voulez-vous que ceux qui ont rebâti des villes entières après des guerres mémorables aillent faire dans cette petite île où des poètes sont considérés comme plus importants que des gens d'affaires? Pourquoi iraient-ils construire des égouts, des maisons, des écoles alors qu'ils peuvent construire des villas qui sont pratiquement des oeuvres d'art à Dubai, où l'argent coule à flot?

Pourquoi bâtir des maisonnettes qui ne seraient pas emportées par le premier coup de vent alors qu'on peut permettre à des gens riches de faire du ski intérieur quand les températures extérieures avoisinent les 40 degrés? Les bâtisseurs ont toujours prétendu qu'ils aimaient les défis, mais se défaire des débris qui encombrent Haïti ne vaut pas la peine qu'on se déplace?

Haïti, en ce moment, c'est la tour de Babel. Personne n'a de véritable autorité. Le gouvernement est largement dépassé. Les étrangers qui ont un peu de crédibilité ne savent pas par où commencer, et ce n'est pas parce qu'une décision se prend quelque part qu'elle s'appliquera dans la rue.

Quant aux gouvernements étrangers, il y a longtemps déjà qu'ils sont passés à autre chose... Haïti? Ils n'ont pas que ça à faire. Quant à l'argent que vous avez donné, comme il n'est pas à Haïti, il doit s'être perdu quelque part en chemin. La nature humaine étant ce qu'elle est...

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33 commentaires
  • Marie-France Legault - Inscrit 16 juillet 2010 06 h 39

    Un gouvernement incompétent...

    En Haïti, le gouvernement est incompétent. Il n'y a pas de structures gouvernementales, pas de Ministère des routes, de l'Éducation de la Santé...Ce pays n'est pas organisé...et ce n'est pas NOTRE faute...Il y a aussi une tradition fortement ancrée de corruption.

    Depuis leur Indépendance ça ne fontionne pas: coups d'État pardessus coups d'État...Les haïtiens ont mis tous les gens compétents dehors et n'ont pas prévu la "relève" alors ils sont devenus de plus en plus pauvre.

    J'ai connu une haïtienne qui avait quitté Haïti en 1956 à cause d'un coup d'État...Elle a étudié avec moi à l'École Normale...
    Je lui ai posé la question: il doit bien y avoir en Haïti des hommes compétents qui pourraient gouverner efficacement??? Elle m'a répondu:OUi mais ils ont tous peur de se faire tuer...

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 16 juillet 2010 07 h 18

    Surprise?

    Moi pas. Lors des innondations on avait recueilli à Montréal je ne sais combien de containers de vêtements. Le stock avait passé des mois au Port de Montréal.
    Je ne donne jamais pour Haiti. Jamais, jamais, jamais.

    Québec

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 16 juillet 2010 07 h 41

    Rien de surprenant chez R. Tremblay

    On s,en doutait que vous ne donniez jamais à Haiti. Et que vous le répétiez trois fois. Il suffit à vous lire sur différents sujets et on comprend vite pourquoi. Leur peau est différente de la vôtre.

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 16 juillet 2010 08 h 06

    Que de la corruption...

    J'espère que le gouvernement canadien ne versera pas l'argent tant et aussi longtemps qu'il ne se sera pas assuré qu'il sera utilisé à bon escient. Il a bien raison d'hésiter puisque ce sont nos sous après tout.

    Les corrompus pourraient au moins s'entendre afin de ramasser les débris qui jonchent encore le sol. Mais non. Depuis le temps des grues auraient pu être transportées par bateau, afin d'accélérer le nettoyage.

    Tout cela est honteux ! Et Clinton que fait-il dans tout cela ? A-t-il peur de se faire tuer ?

    À mon avis, il n'y a qu'une solution soit une coalition des corps d'ingénierie des différentes armées pour reconstruire Haïti. Les soldats n'ont pas l'habitude d'avoir peur de leurs ennemis et encore moins de bandits ordinaires et à cravates.

    Mais les Haïtiens eux-mêmes dénonceraient cette coalition jugée anti-démocratique. Alors... j'ai le goût de dire qu'ils s'arrangent.

    Et ne me demandez plus un sou pour enrichir les élites de certains pays.

  • Pierre Schneider - Abonné 16 juillet 2010 08 h 23

    Manque de leadership

    Michaëlle Jean devrait retourner y vivre et s'engager en politique pour les prochaines élections présidentielles. Elle y serait bien à sa place, avec tout le respect de la communauté internationale. Quant à son mari, dont la mémoire est très défaillante sur ses écrits passés,, il se plairait sûrement à superviser la construction du Palais présidentiel où il pourrait élire domicile en tant que Monsieur Michaelle Jean.