À bon chat, bon... oiseau

Domestiqué il y a 2000 ans en Égypte, le chat s’est répandu dans l’Europe et l’Afrique, puis chez les Grecs et les Romains pour envahir tout le reste de la planète dans le dernier millénaire.<br />
Photo: Agence Reuters Anders Nilsson Domestiqué il y a 2000 ans en Égypte, le chat s’est répandu dans l’Europe et l’Afrique, puis chez les Grecs et les Romains pour envahir tout le reste de la planète dans le dernier millénaire.

Dans les semaines qui viennent, plusieurs villégiateurs vont amener avec eux le chat de la maison au chalet ou à la maison de campagne pour qu'ils vivent de bons moments de liberté, comme ceux des fermes et maisons voisines.

Mais ce qu'on sait moins, c'est que les «minous» font deux choses qui ont beaucoup d'impacts écologiques. Ils se reproduisent avec des chats redevenus sauvages ou qui sont nés dans la nature, soit de véritables chats sauvages. Et ce sont des chasseurs aussi impénitents que redoutables.

Un lecteur m'a fait parvenir une présentation PowerPoint de Mark Stabb, le responsable des programmes de conservation de l'Ontario Wetland Habitat Fund. Ce dernier s'est penché sur le phénomène de la présence croissante des versions sauvages et domestiques de Felis catus dans la nature. Son air dolent et ses ronrons nous font souvent oublier à quel point ce petit carnassier est équipé pour la chasse. Ceux que j'ai eus, et que j'ai adorés, m'ont appris à quel point le chat est rapide comme l'éclair, plus silencieux que renards et coyotes, capable de bondir très haut et de grimper aux arbres à une vitesse étonnante, d'atterrir sur leurs pattes en toute situation et d'utiliser leurs griffes rétractables et acérées pour attraper une proie d'une seule patte.

Notre chat de maison, quand j'étais tout petit, allait narguer les hirondelles en s'installant sous leur nid. Les parents affolés lui plongeaient dessus. À chacune de leurs attaques simulées, il baissait la tête d'un cran. Les oiseaux s'enhardissaient jusqu'à ce que d'un seul coup de patte, il terrasse sa proie au sol.

Domestiqué il y a 2000 ans en Égypte, où on en a fait un dieu, le chat s'est répandu dans l'Europe et l'Afrique, puis chez les Grecs et les Romains pour envahir tout le reste de la planète dans le dernier millénaire en profitant de l'engouement des humains pour son affection et son efficacité à chasser la vermine.

Les études sur sa présence en Amérique du Nord indiquent que par 20 km2, on trouve en moyenne 1 lynx, 20 renards, environ 400 chats en milieu rural et entre 500 et 1000 en banlieue urbaine. Mieux nourri, le chat de ville vit plus longtemps que le chat des champs, ce qui ne l'empêche pas de chasser 24 heures sur 24 s'il est en liberté, car la satiété ne met pas en veilleuse son instinct de chasseur. Les biologistes expliquent le phénomène par le fait que la satiété et la prédation sont régies chez lui par deux secteurs différents de leur cerveau: chasser est un jeu comme courir après des bâtons pour un chien.

Une étude réalisée en Virginie a évalué à 26 millions le nombre d'oiseaux tués chaque année par les chats domestiques et sauvages. Une autre, réalisée dans le Wisconsin, estime à entre 1,4 et 2 millions la population de chats en liberté, y compris ceux qui se reproduisent en nature. Trente ont été équipés de colliers émetteurs: l'un d'eux a tué 1690 animaux en 18 mois, soit une moyenne de 3 par jour. Les oiseaux composaient 23 % de la diète des chats en liberté, pour un total de 19 millions tués en un an, portant à 140 000 le nombre d'oiseaux classés comme gibiers, comme les gelinottes, les bécasses et les canards.

Souris, tamias et campagnols représentaient 70 % des proies des chats. Un peu moins de 10 % de leur diète était composée de petits lièvres et d'écureuils, volants ou non.

Globalement, aux États-Unis, les chats pourraient tuer en milieu rural entre 10 et 219 millions d'oiseaux par année, selon les scénarios retenus. Dans le Maryland, une étude a démontré que les chats entreprenaient de chasser les oiseaux quand leurs proies favorites comme les tamias ou les écureuils se faisaient rares, ce qui a causé un déclin notable des espèces volantes. Dans l'Illinois, on estime que les chats capturent annuellement 5,5 millions de proies dans un territoire de 26 000 km2, une prédation si forte qu'elle y compromet les bases alimentaires de certains prédateurs qui doivent se nourrir en hiver.

L'étude de Mark Stabb ne va pas jusqu'à envisager de désigner les chats sauvages comme des animaux nuisibles pour débarrasser la forêt de cette espèce étrangère à nos écosystèmes. Il recommande plutôt de garder les chats DANS la maison ou en laisse dans la cour et de ne jamais se fier à une clochette. Dégriffer un chat peut aider à réduire le nombre de proies sans décourager pour autant les attaques. La stérilisation est un autre moyen de combattre la croissance de cette population indésirable en milieu naturel.

Le Québec est lui aussi aux prises avec ce problème qui a pris des proportions insoupçonnées. Quand Québec a mis en place un système de capture des ratons laveurs là où des épidémies de rage menaçaient de se développer, la surprise a été de constater qu'on capturait dans les boisés de la Montérégie et d'Estrie quatre fois plus de chats que de mouffettes avec les appâts destinés aux ratons! Faut-il se surprendre si la Montérégie est aux prises avec une baisse radicale de petits gibiers?

Plusieurs ruraux et villégiateurs dénigrent la présence d'éoliennes en invoquant les morts d'oiseaux. Si la protection des espèces volantes leur tient à coeur, c'est le chat domestique qu'ils devraient cibler en priorité! Tout comme ils feraient mieux de ne pas laver leurs vitres, comme l'indique avec éloquence le tableau ci-dessous.

-Lecture: Oiseaux du Québec, Jean Paquin, éditions Michel Quintin, 431 pages. Sans aucun doute, un des plus beaux guides d'identification avec son millier de photos, sa classification facile à consulter et de commodes galeries aux fins de comparaisons entre espèces semblables. À ne pas donner au chat...
3 commentaires
  • André Rocque - Abonné 2 juillet 2010 13 h 51

    Le tableau

    Il manque à la version électronique le tableau sur le taux annuel de mortalité des oiseaux.

    André Rocque

  • Sylvain Deschênes - Abonné 3 juillet 2010 09 h 17

    Chat proie

    Ben oui, toé, dégriffer un chat et l'attacher dans la cour.
    On peut aussi lui apprendre à dire: BÈÈÈH.

  • Michelle Bergeron - Inscrit 14 juillet 2010 01 h 25

    Ma municipalité m'a averti de garder mon chat chez-moi.....

    si nom il s'occuperait de le capturer eux-même. C'est ty beau ce règlement car mon chat était un rescapé qu'un sauvage avait laisser en bordure de la route alors impossible de tenir à l'intérieur un chat qui à été laisser à lui-même. Il est possible de garder à l'intérieur un chat mais pas un règlement du jour au lendemain. C'est l'idéal ainsi il dérange personne.
    Chez-moi on vient d'aviser qu'il faut prendre conscience que certains propriétaires ont placés des capuchons sur les cheminées alors une sorte d'oiseux est en péril car son nid qui étaient dans les creux des arbres est remplacé par les cheminées. Vraiment voulez-vous que je loge un ours dans ma cour arrière pauvre petit il n'a plus de creux d'arbre...
    Au lieu de blâmer ceux qui détruisent les forêts, on continu le jeu de la culpabilité, ce qui commence à m'énervée royalement. Cela dit cette, folie de l'environnement du n'importe quoi, On nous organise et bientôt c'est la classe moyenne qui déboursera des coûts astronomiques pour les gros projets verts et encore une fois les Compagnies en mettront plein les poches.

    Mon voisin à de gros arbres érables très commun, à deux pieds de la ligne sur des terrains de 60 pieds de large. Pensez-vous que j'ai droit à un peu de soleil dans ma cour? Que mes plantes et arbustes ont peine à vivre parce que trop d'ombre. Impossible de couper un arbre sur ton terrain Voilà encore la folie. Qu'est ce les municipalités attendent pour interdire des arbres démesurés sur des petits terrains? De l'autre côté il y a un pommier et prunier à deux pieds aussi et les fruits tombent dans mon entrée de bitume. Un côté les branches sur mon cabanon et l'autre sur mon garage. Faut dire que les batiments ne sont pas vert peut-être que je vais loger dans un arbre....