Ça sent la coupe - Désordre mondial

Si vous aviez cherché quelqu'un pour parier contre la Nationalmannschaft à la Coupe du monde de soccer Afrique du Sud 2010 hier, vous auriez sans doute cherché longtemps. Non pas que la Serbie ne soit pas un client à prendre avec tout le sérieux requis dans les circonstances même si elle avait perdu sa joute initiale, mais les Allemands étaient entrés dans le tournoi avec un tel panache qu'il était à peu près impensable de voir la Mercedes du football dérailler soudain. (C'est une image.)

Mais voilà, dans la vie, il y a des cartons, et Klose s'en est pris deux, forçant les siens à jouer près des deux tiers du match à 10. Il y a aussi des gardiens qui plongent du bon côté sur un penalty, comme Stojkovic face à Podolski. Comme disait le poète de la FIFA, «les plus grosses cylindrées ont aussi des ratés [et] le puissant moteur allemand a calé sur le dos d'âne serbe». (C'est aussi une image.)

De même, si vous aviez cherché quelqu'un pour parier que l'Angleterre ne marquerait pas un traître but et devrait se contenter d'un 0-0 face à l'Algérie, vous auriez sans doute cherché moins longtemps que dans le cas de l'Allemagne, mais un peu longtemps quand même. Bien qu'ils montrent une certaine propension à décevoir l'amateur moyen dans les grands rendez-vous internationaux, les Anglais se présentaient en favoris théoriques.

Mais voilà, le foot peut se jouer sur des cartons, mais par un paradoxe assez puissant, il ne se joue pas sur papier. Et sur la pelouse, cela n'a point fonctionné. Et ils sont sortis sous les huées de leurs propres partisans, qui comptent parmi les plus loyaux de la planète.

Pas question de vous faire peur, messieurs dames, mais nous sommes peut-être en train d'assister à un bouleversement de l'ordre mondial. Profitez-en donc pour chercher quelqu'un pour parier sur l'Italie, qui affronte la Nouvelle-Zélande demain. La tendance est lourde.

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Vous êtes fâchés contre Canadien parce qu'il a échangé Jaroslav Halak sans vous demander préalablement votre avis? Imaginez ce que ressent la France, qui a vu son équipe livrer une nulle monotone de 0-0 face à l'Uruguay et se désintégrer au rythme d'un revers de 2-0 devant le Mexique. Les Bleus n'ont plus désormais qu'une chance extramince de se qualifier pour le tour suivant, et la presse de l'Hexagone s'est déchaînée à leurs dépens.

Des exemples? Voici la substantifique moelle de la critique amassée par l'Agence France-Presse.

L'Équipe n'hésite pas à les qualifier en gros titre à la une d'«imposteurs». «La nullité de l'équipe de France dément tous les discours tenus par Raymond Domenech et ses joueurs sur leur force de caractère et leur capacité de réaction», peut-on lire. «Ce matin, la France contemple un champ de ruines: son équipe nationale.»

Et ce n'est pas tout. «Pas de tristesse, pas de désolation, surtout pas de colère. Ce serait trop donner à ces hommes qui ne savent rien offrir. Le je-m'en-foutisme est la seule bannière sous laquelle cette équipe est capable de rassembler. L'équipe de France va très probablement prendre la porte et sceller une faillite immense, celle d'un sélectionneur, d'un système fédéral et d'une génération de faux cadres.»

De son côté, Le Figaro titre «Les Bleus au fond du gouffre» et écrit qu'«on ne voit pas comment cette équipe sans moelle ni âme peut espérer un miracle. Il faudrait que les dieux du football soient tombés sur la tête pour sauver une sélection française qui ne mérite que l'opprobre».

France-Soir parle pour sa part de joueurs qui «ont fait honte à leur maillot» et de «fiasco retentissant». Libération évoque un «cauchemar bleu» et un «nettoyage aztèque» (excusez-la).

Et l'AFP note que si 15 millions de Français ont regardé le match contre le Mexique jeudi, 7,7 millions, un record, sont demeurés à l'antenne pour le magazine sportif qui suivait. C'est qu'ils étaient «prostrés», mentionne une dépêche, «incapables de trouver la télécommande»...

Enfin, chez les Irlandais, on a trouvé matière à réjouissance. On se souviendra pour mémoire que l'Irlande avait été éliminée au dernier match des qualifications par un but marqué à la suite d'une passe avec la main de Thierry Henry, que l'arbitre n'avait pas sanctionnée. Sentence du Irish Times: «C'est tout ce que la France méritait.»

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Remarquez, ce qui précède n'a guère d'importance, car il est de notoriété publique et parapublique que les gens qui oeuvrent dans le merveilleux monde du sport™ ne lisent pas les journaux, n'écoutent pas la radio, ne regardent pas la télévision et ne fréquentent pas les internets.

C'est notamment le cas du sélectionneur de l'Australie Pim Verbeek, dont la formation a essuyé une raclée de 4-0 aux mains de l'Allemagne en lever de rideau. Depuis, plusieurs médias ont rapporté que la pagaille régnait au sein de l'équipe, que des joueurs avaient critiqué l'entraîneur et que celui-ci avait eu une violente dispute avec son milieu de terrain Vince Grella.

Réaction de Verbeek: «La presse australienne a beaucoup d'imagination. Elle est fantastique. J'ai beaucoup entendu mes joueurs utiliser le mot "rubbish" [n'importe quoi]. J'aime bien ce mot. Mais nous vivons dans le monde libre et vous pouvez bien écrire ce que vous voulez. Moi, je suis un professionnel. Si les journalistes écrivent ce genre de conneries, je m'en fous.»

C'est dit.

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4 commentaires
  • François Caron - Abonné 19 juin 2010 00 h 27

    En queiques mots choisis...

    Pour les Français, et pour Domenec'h en particulier, on peut maintenant dire que ça sent la croupe...

  • Gabriel RACLE - Inscrit 19 juin 2010 07 h 48

    Intéressant

    Intéressante coupe de fruits que celle que nous a préparée Jean Dion. Mais tous les fruits de sa salade n’entrent pas dans la même catégorie. Il y a, c’est vrai et à la surprise générale, les petits qui mettent les grands en échec ou les battent. Et Jean Dion a fait un oubli de taille, il a oublié la petite Suisse, donnée perdante, qui a battu les Grands d’Espagne, chapeau bas, même si les Grands pouvaient le garder sur leur tête devant Sa Majesté le roi. Que l’Allemagne s’incline, que l’Angleterre patine, que les États-Unis s’en sortent, que l’Espagne soit défaite, c’est bien la coupe à l’envers et les fruits qui s’éparpillent. Ce n’était pas vraiment prévu.
    Mais la France ne rentre pas dans cette catégorie, elle traîne de la patte depuis des années, avec son équipe qui n’a d’équipe que le nom. Elle est hors jeu depuis le début et les sondages, comme celui du Figaro de ce jour, montrent que les Français eux-mêmes soudainetés que le groupe rentre à la maison au plus vite. Le spectacle est pitoyable. Et la coupe sans la France ne s’en portera que mieux.

  • Denis Hébert - Inscrit 19 juin 2010 23 h 07

    Santé !!!

    Je lêve ma Guiness à la santé de Domenech!

  • Alain Deloin - Inscrit 20 juin 2010 22 h 29

    Tiens, chez moi on dit "ça sent le sapin"


    Référence au parfum de la bière, pas la Guiness, mais celle qu'on met en terre... le cercueil en sapin quoi.

    Et demain M. Jean Dion va pouvoir donner libre cours à son talent, parce qu’il s’en est passé des choses ce week-end. Un déballage infect. L’esprit sportif là-dedans? Finalement oui, ça sent peut-être la croupe.
    J’ai honte d’être Français, demain je rase les murs.