Ça sent la coupe - Au pays des vuvuzelas

Le match d’hier qui opposait le Mexique à l’Afrique du Sud s’est terminé par «une nulle».
Photo: Agence Reuters Omar Torres Le match d’hier qui opposait le Mexique à l’Afrique du Sud s’est terminé par «une nulle».

Il allait de soi que la Coupe du monde Afrique du Sud 2010 s'ouvrît par un verdict nul. Le foot est un sport jaloux de ses traditions, et tant pis pour un certain courant postmoderne qui voudrait qu'il faille que tout match qui se respecte prenne fin avec un gagnant et un perdant, comme si la vie ne comportait pas sa part de zones grises et comme si le monde n'était pas déjà assez inégal comme ça.

Traditions: pas de prolongation à moins que ce ne soit absolument nécessaire, pas de reprises vidéo, pas de pauses publicitaires, ajout de temps à la mitaine, un seul arbitre pour administrer un terrain encore plus grand que Matthew Booth. L'arbitre qui, à l'ère de l'iPad, du BlackBerry et de toutes sortes de trucs à pitons qui accomplissent des prodiges, sort son calepin et son petit crayon à mine de sa poche-poitrine et prend des notes pour consultation ultérieure lorsqu'il inflige un carton.

On aime ça. Les joueurs aussi, on dirait, qui ont critiqué la configuration du ballon, sans doute trop contemporaine.

De même, il était tout à fait approprié que le premier but du tournoi survînt à Soccer City, fût inscrit au profit de l'équipe hôtesse et provînt d'un gars de la place, né à Soweto et répondant au nom résolument poétique de Siphiwe Tshabalala. Un but superbe, du reste, une violente frappe de la gauche qui a trouvé la lucarne droite, aucune chance en mille ans pour le gardien, impossible de se faire plus précis que cela. Les Bafana Bafana l'auraient d'ailleurs emporté si, vers la fin, le coup de Katlego Mphela n'avait abouti précisément... sur le poteau.

Un résultat nul, donc. (À cet égard, il convient de souligner sans trop s'étendre qu'une incertitude perdure quant au sexe de la nullité, puisqu'en France vous entendrez «un nul» alors qu'en nos contrées on parlera plutôt d'«une nulle». Ce n'est toutefois pas bien grave.) Deux, même. Car la France et l'Uruguay nous ont offert un 0-0 en ce vendredi. Zéro zéro, direz-vous, que voilà le summum de l'ennui, mais ce n'est pas si sûr. Raymond Domenech, qui s'y connaît en la matière, a dit après la joute: «C'était presque un beau 0-0.» Si on peut s'en approcher, un beau 0-0 existe forcément.

Mais les vedettes incontestées de cette journée initiale auront été, pour ceux qui n'avaient pas encore fait leur connaissance, les vuvuzelas. (Admirez ici l'art du contournement: utiliser le pluriel parce qu'à l'instar du nul/de la nulle, on ignore si les vuvuzelas sont féminins ou masculines, ou vice-versa. Même le site de la FIFA emploie tantôt la, tantôt le. Écrire est un long combat.) Les vuvuzelas, ces espèces de trompettes qu'utilisent les partisans sud-africains, qui émettent plus de décibels qu'un marteau-piqueur et qui donnent au sujet observant une très nette sensation d'apiculture.

Car à ce qu'on raconte, les vuvuzelas, lorsque pris(es) individuellement, produisent un son s'apparentant au cri de l'éléphant. Mettez-les en groupe de 84 000, cependant, et se dégage aussitôt l'impression qu'un sérieux essaim d'abeilles est en train de vous taquiner le tympan, y compris à la télé. Hé, Tourisme Afrique du Sud soi-même en personne reconnaît que le bruit que font les vuvuzelas est «ridiculement fort».

Selon des tests effectués en laboratoire sous la surveillance de vérificateurs externes, ne joue pas correctement du/de la vuvuzela — l'origine exacte du mot zoulou n'est pas claire — qui veut. Il appert que le tout requiert une certaine puissance du poumon doublée d'une grande virtuosité de la lèvre. En tout cas, dans les stades, ça n'arrête pas. Aucune seconde de répit.

Et l'instrument suscite bien des commentaires. Dans les sites de réseautage social, sur Twitter notamment, les opinions sur les mérites et les inconvénients des vuvuzelas défilent à un rythme d'enfer. Partisans et détracteurs s'affrontent. Encore un débat de société dont on ne pourra faire l'économie, même si, avec tout ce vacarme, on ne s'entend plus parler.

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2 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 12 juin 2010 07 h 55

    M. D

    Y vont pas nous diffuser 62 matches au son des trompettes du carnaval?
    Deux minutes, c'est drôle. Deux heures, c'est l'enfer.

  • jacques noel - Inscrit 13 juin 2010 09 h 20

    On m'a entendu!!

    http://news.bbc.co.uk/sport2/hi/football/world_cup

    «South Africa's World Cup organising chief Danny Jordaan may ban vuvuzelas from inside stadiums after complaints from broadcasters and supporters.