Clémence, sors de ce corps !

De plus en plus de femmes préménopausées ou ménopausées se tournent vers les médecines alternatives pour un soulagement de leurs symptômes, avec ou sans l’accord de leur médecin... quand elles en ont un!
Photo: Agence Reuters Shannon Stapleton De plus en plus de femmes préménopausées ou ménopausées se tournent vers les médecines alternatives pour un soulagement de leurs symptômes, avec ou sans l’accord de leur médecin... quand elles en ont un!

«C'est quoi, la préménopause?», m'a demandé hier une amie dans la jeune trentaine, mère de trois filles, à des lieues de se sentir concernée par cet état qui vous met dans tous vos états. «C'est un peu comme être enceinte le neuvième mois... mais sans espoir d'accoucher à l'horizon.» Elle a compris, je n'ai pas eu besoin d'épiloguer sur les symptômes. (Traduction pour les hommes qui sont encore à l'écoute: être pris dans un bouchon sur le boulevard Métropolitain un vendredi après-midi à 35 °Celcius, sans clim dans l'auto.)

Y a des jours où je bénis Clémence DesRochers d'avoir tracé la voie, haussé la voix et mis les troubles hormonaux féminins sur la place publique, ou du moins sur la scène (J'ai show - De retour après la (méno)pause).

Le fait que Clémence ne soit pas dans des rapports de séduction intimes avec les hommes joue peut-être pour beaucoup. Elle n'en était pas à un coming out près. La ménopause et ses périphériques, pré ou post, sont encore un sujet tabou dont peu de femmes vont se vanter en public et même chez leur médecin. La honte d'être un raisin sec, de ne plus être apte à féconder, nous rattrape toutes un jour.

«C'est un signal que ton corps envoie pour te signifier que c'est le début de la fin», m'a dit un ami qui me veut du bien. D'accord, mais pourquoi le générique doit-il défiler pendant 10 ans, voire 20, et s'accompagner d'une panoplie de désagréments qui vous pourrissent l'existence au compte-gouttes? J'aurais compris en une semaine.

Y a des jours où je me demande s'il faut nécessairement passer par là après 12 ans de SPM sévère éliminé par une grossesse et une dépression ante-partum guérie par un accouchement.

À qui s'en plaindre, c'est la question à mille balles. Je ne crois pas en Dieu et la science hoquette encore quant aux soulagements à apporter aux femmes. Selon mon expérience, les médecins s'avèrent très calés pour me dire ce que j'ai eu après que je l'ai eu.

«Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, la fonction primaire de la femme — surtout catholique — était de procréer. En fait, son espérance de vie coïncidait avec l'âge moyen de la ménopause, alors que de nos jours, en Amérique du Nord, on a réussi à lui permettre de vivre, en moyenne, jusqu'à environ 80 ans. Malheureusement, la qualité de vie de la femme est souvent précaire à cause de l'impact systémique du déclin hormonal qu'elle expérimente. Les femmes se retrouvent souvent conditionnées à "tolérer" leur condition plutôt qu'à la traiter de façon saine», affirme la psychiatre Carole Gervais, citée dans Hormones au féminin de la Dre Sylvie Demers, ma lecture de chevet avec Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies de Christiane Singer. La préménopause fait partie des autres folies, je présume.

Folle? Non, femme.

Depuis deux mois, je fais un cours accéléré en endocrinologie avec mineure en médecines douces. Je me tape aussi des lectures très divertissantes intitulées Hormonothérapie substitutive à la ménopause: sa petite histoire et les interrelations entre les divers groupes d'acteurs (Les Cahiers du Geirso, décembre 2005). On y apprend que l'hormonothérapie existe depuis le début du XXe siècle et qu'on l'appelait organothéraphie (ingestion d'ovaires d'animaux de la ferme) à ses débuts. Sans surprise, elle était peu répandue.

Sinon, les femmes avaient recours à l'alcool, aux herbes, aux produits du soya, aux crèmes à base de progestérone. Durant les années 50, les médecins encourageaient les femmes ménopausées à s'engager dans le travail communautaire, le bénévolat, et les plus subversifs dans un travail rémunéré...

Avant les années 60, la ménopause était perçue comme un problème psychologique, tout simplement. C'est probablement pourquoi on internait ma grand-mère tous les trois mois à Saint-Jean-de-Dieu. Quant à mon arrière-grand-mère, elle est morte de tuberculose au début de la quarantaine, après avoir enfanté 12 fois et avant d'avoir eu la chance de connaître les monologues de Clémence.

Dans les années 60, avec le mouvement de libération des femmes, les ventes d'hormones quadruplent. Les médecins les prescrivent, parfois à contrecoeur. Puis — et c'est là que ça recommence à se gâter — une étude, la WHI (Women's Health Initiative, en 2002), reprécipite les femmes et leur médecin dans le doute et les errements. On attribue toutes sortes de maux à l'hormonothérapie de remplacement (HTR) et les médias publicisent l'augmentation de cancers du sein (deux cas additionnels par 1000 femmes après cinq ans d'utilisation) sans beaucoup parler des dangers liés à la consommation d'alcool (deux verres par jour = 27 cas additionnels), au surplus de poids (20 kg = 45 cas additionnels) et au manque d'exercice (moins de quatre heures d'exercice hebdomadaire = 27 cas), largement supérieurs, au final (et en combiné!), que la prise d'hormones.

Il est vrai que le bénévolat n'a jamais été étudié comme pouvant être une des causes du cancer du sein... Ça reste à vérifier.

Et les bio-identiques ?


La dernière mode depuis cette étude controversée en plus de 140 caractères? Les hormones bio-identiques, semblables à celles que sécrète le corps de la femme. On les dit «naturelles». Elles ont bonne presse auprès de certains médecins et praticiens en médecine douce. Pas tous, on s'entend. Certains ne les connaissent pas, n'ont pas lu le livre de la Dre Demers et ces hormones ne sont pas remboursées par l'assurance-médicaments, contrairement aux antidépresseurs. On les trouve en vente libre aux États-Unis.

Pour en obtenir, je suis allée consulter une gynécologue dans le privé récemment. Dans le public, j'ai le temps d'être ménopausée avant d'en voir une. Après avoir fondu en larmes à mon arrivée dans le bureau de la spécialiste, déballé la liste des 25 symptômes liés aux fluctuations hormonales et pris une grande respiration, j'ai demandé à la gynéco des causes perdues de me prescrire ces hormones: «Je ne prescris que des médicaments testés scientifiquement, m'a-t-elle répondu fermement. Je vous propose plutôt des anovulants, le stérilet Mirena qui libère de la progestérone et vous enlèvera vos règles, et des antidépresseurs.» Pourquoi pas un plâtre avec ça?

Ça m'apprendra à pleurer devant un médecin sans même ôter ma petite culotte. Je lui ai rétorqué que mon père prenait des antidépresseurs testés scientifiquement au moment où il s'est suicidé, mais qu'il ne portait pas de stérilet Mirena, lequel est réputé flanquer des douleurs dorsales selon les observations empiriques de mon osthéo. Elle m'a souhaité «bonne chance» sur l'air d'Acropolis Adieu. Ça m'a coûté 300 $ pour une ordo d'anovulants et un Kleenex.

Finalement, c'est un acupuncteur qui m'a sauvé partiellement la peau («seulement» 75 $ la séance!). Je ne fais presque plus d'insomnie, mais j'ai encore des montées de lait. Lorsque je lui ai demandé ce qu'il pensait des hormones bio-identiques, il a sagement répondu: «Tu sais, on ne parle plus beaucoup des irrigations coloniques. C'est peut-être une mode, ça aussi.»

J'imagine que ce ne sera pas la dernière non plus. On ne naît pas ménopausée, on le devient.

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«Je suis de plus en plus persuadée que le comportement et l'humeur sont d'ordre hormonal.» - Dre Marie-Andrée Champagne.

«Mais toi ma petite tu marches tout droit, vers ce que tu n'vois pas. Très sournois s'approchent, la ride véloce, la pesante graisse, le muscle avachi.» - Si tu t'imagines, Raymond Queneau

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Consulté: plusieurs articles fort bien vulgarisés sur PasseportSanté.net au sujet de la préménopause, les hormones classiques et bio-identiques. Un excellent site qui remet ses infos à jour régulièrement. Tout sur les approches classiques et naturelles. Des questions/réponses avec des médecins de différentes religions. Depuis janvier 2009, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada inclut les produits bio-identiques dans la liste de tous les traitements hormonaux. On recommande aussi aux femmes avec des symptômes légers ou modérés d'avoir recours aux traitements non pharmacologiques et à l'acupuncture en plus de modifications du mode de vie (alimentation, exercice, alcool). Bien sûr, on ne rembourse pas les choix de vie et les approches alternatives qui ne sont pas couvertes par le régime public. Un autre débat.

Lu: L'Hormone du désir et celles de notre plaisir de la Dre Marie-Andrée Champagne (Libre Expression, 1999). La médecin était déjà une avant-gardiste au sujet des hormones bio-identiques avant qu'elles ne soient au goût du jour depuis 2002. Son livre peut aider à mettre le doigt sur plusieurs symptômes. C'est pas sexy de parler de plancher pelvien, mais reste que l'anatomie, quand on s'y met, est un sujet fascinant.

Parcouru: Hormones au féminin de la Dre Sylvie Demers (Les Éditions de l'Homme, 2008), qui a fondé le Centre ménopause-andropause Outaouais en 2005. Un must pour toutes celles qui veulent en apprendre davantage sur les hormones bio-identiques et renseigner leur médecin...

Aimé: le livre Les Hormones (Vigot). Moins aride que les précédents mais l'ouvrage est allemand. On y met notamment les lecteurs en garde contre les hormones bio-identiques en vente libre aux États-Unis (facilement accessibles via Internet et envoyées par la poste). À vous de juger.

Feuilleté: le dernier Vita (été 2010), le magazine de la femme de 40 ans ou plus. La robe de Chantal Fontaine (rose bonbon) est affreuse mais la fille a du chien. Pour le reste, un dossier sur la beauté et un article sur l'été mollo au boulot... Le plus déprimant, ce sont les pubs, très abondantes: incontinence urinaire, crèmes de Jouvence et de remplissage dermique, lunettes, laxatifs, lait de soya et... chocolat, la meilleure drogue qui soit. J'aimerais suivre une représentante publicitaire de Vita durant une journée et connaître ses arguments de vente. La vérité est là, derrière les pubs destinées à ce marché lucratif parce que désespéré et honteux.

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cherejoblo@ledevoir.com

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