Le jardin des Lungarotti

Chiara Lungarotti
Photo: Jean Aubry Chiara Lungarotti

Si tous les jardins ont une fleur, alors les Lungarotti ont la leur: Chiara Lungarotti. C'est en quittant l'université, diplômée en génie agricole en 1992, qu'elle tige et commence à laisser entrevoir auprès de son père Giorgio, déjà à l'œuvre en Ombrie, au domaine familial de Torgiano depuis 1962, l'inflorescence de son savoir «pollinisé» sur les bancs d'école. Visiblement, la densité de plantation ainsi que la taille double Guyot sur deux étages qui a cours dans la région et au vignoble sont dépassées.

Le paternel finit par se laisser convaincre par sa fille et s'emploie déjà, avant sa mort en 1999, à procéder à l'arrachage du vignoble de 250 hectares à raison de 15 à 20 hectares par an.

Direction? Le choix approprié du bon porte-greffe et des clones correspondants, une densité de plantation plus serrée, mais surtout une taille en Guyot double avec deux sarments de 54 centimètres de chaque côté répartissant la charge et assurant un pied de vigne plus balancé.

C'est à la même époque que le Bordelais Denis Dubourdieu se joint à la maison à titre d'oenologue conseil auprès de Teresa Severini (en place depuis 1979), demi-soeur de Chiara et diplômée de l'Institut d'oenologie de Bordeaux. Dubourdieu est depuis un ami de la famille. Une solide équipe est en place.

Ce qui fait aujourd'hui l'âme même du jardin des Lungarotti, véritable «coeur vert» situé à proximité de Pérouse et d'Assise, relève de cette espèce de lieu serein, hors du temps, où abondent l'olivier, l'hôtellerie de charme, la gastronomie (somptueux Relais Le Tre Vasselle) et les vestiges archéologiques. Un lieu où le temps glisse au rythme de l'escargot — emblème du mouvement Slow Food sur lequel la famille Lungarotti ancre ses convictions profondes.

Les nombreux vins vinifiés sur place en témoignent. Principalement sangiovese et canaiolo auxquels s'ajoutent cabernet sauvignon, syrah et le fameux sagrantino en appellation Montefalco pour les rouges, et trebbiano, grechetto, chardonnay et vermentino pour les blancs. Le style? Authentique, jamais démonstratif ni grossier, seulement profondément révélateur d'une «atmosphère» locale et d'un savoir-faire qui, à la façon des grands, ne succombe ni aux effets de mode ni aux sirènes compulsives des scores attribués par la presse du vin aux États-Unis. Riche et charmeur Chardonnay Aurente 2007 (31,25 $ - 11155631 - ***1/2, 2 ©); profond et harmonieux Rubesco Vigna Monticchio 2004 (42,25 $ - 10295789 - ****, 2 ©), magnifique lieu-dit maison, ainsi que sa version 1977 chez Signature (299,50 - 10976269 - ****1/2, 1), fondu, multidimensionnel, d'une longueur éternelle; et vigoureux, racé et étoffé San Giorgio 2003 qui interprète le cabernet comme un virtuose du genre (****, 2 ©) Que du bonheur.

Nouvel arrivage Cellier du 13 mai

Au moment d'écrire ces lignes, la Doriane de Guigal et l'Hermitage blanc de J. L. Chave auront trouvé preneurs. J'aurai fait de même. Mais il y a d'autres perles dans le lot:

-Via Diagonalis 2007, Thracian Lowlands, Bulgarie (18,75 $ - 11200585): c'est rouge et ça fonce, richement, avec de beaux tannins fruités mûrs. Très bon sur l'onglet grillé. ***, 1.

-Syrah Persona 2008, Thracian Valley, Bulgarie (13,40 $ - 11200850): on commence à peine à entrevoir le potentiel bulgare. Ici, c'est souple, de corps moyen, de belle étoffe, bref, savoureux. **1/2, 1.

-La Source 2006, Saint-Joseph, Ferraton (27,70 $ - 10258953): ce qui frappe, c'est la pureté du fruit, sa délicatesse même, sur trame fondante, de jolie densité. ***, 2. ©

-Domaine Combier 2007, Crozes-Hermitage (33 $ - 11154890): reconnaissable, le style charme avec ses tonalités florales de violette à l'anis, son fruité luxuriant, sa vivacité. ***, 2. ©

-Côte Rôtie «Le Gallet Blanc», F. Villard (83,50 $ - 11198841 - S): finesse évidente mais tout de même discret, construit sur un écho minéral pas très large mais tout de même structurant. Longueur et style. ****, 3. ©

-Arène Sauvage 2007, Cornas, Cave de Tain l'Hermitage (50 $ - 11099552 - S): tout y est, mais il y manque ce surcroît d'inspiration, de «sueur», qui transporte. Prêt à boire. Pas donné. ***, 1.

-Hermitage «Farconnet» 2006, Sélection J.-L. Chave (64,75 $ - 11181636): la robe violacée pleine, les parfums de cerises noires, le grain et la mâche fruitée de belle fraîcheur laissent l'impression qu'il manque tout de même une dimension supplémentaire ici. Période creuse? ***1/2, 2. ©

-Cornas 2005, Cuvée Charlemagne, Dumazet (45 $ - 11154970): on aime ou pas, pour son fruité primeur où domine outrageusement le sirop de cassis, mais il y a aussi texture et ampleur, alors, question de goût... ***1/2, 3. ©

-Mezzek Chardonnay White Soil 2008, Thracian Valley, Katarzyna Estate (15,95 $ - 11200817): plutôt discret avec sa touche balsamique sur une structure peu acide, ce blanc sec demeure tout de même original. Mets libanais? **1/2, 1.

-Tamâioasa Româneasca 2007, Dealurile Olteniei, Prince Stirbey (17,80 $ - 11200892): allez au-delà du nom de ce vin car c'est à découvrir! Un blanc sec attractif, parfumé avec sa touche muscat-orange-melon, son croquant de bouche parfait. ***, 1.

-Saint-Joseph 2008, P. Gaillard (38,50 $ - 11219606): magnifique blanc ample et plein avec sa touche de massepain, son fruité vineux, fin et long. Vin de gastronomie. ***1/2, 2. ©

-Blanche 2006, Hermitage blanc, Sélection J.-L. Chave (65 $ - 11181610): tout est ici en retrait, comme retenu. Une histoire de textures, de plénitude, avec cette acidité tendre derrière... ***1/2, 3. ©

-La Doriane 2007, Condrieu, Guigal (104 $ - 866491 - S): glorieux! Mais que 18 bouteilles derrière! Netteté absolue, léger rancio sur trame d'une complexité, d'une grâce effarantes. Longueur d'anthologie. *****, 3. © Oui, 5 étoiles.

-Hermitage blanc 2006, Jean-Louis Chave (209,25 $ - 10956866 - S): comment commettre un infanticide? En débouchant ce monument, que dis-je, cet exploit de cohésion agrico-pédolo-méthaphysique-là-j'arrête-car-trop-c'est-peu. Un vin «transporteur», d'une vinosité impressionnante, où l'énergie pure alliée à une tension fruitée vive, lumineuse et pleinement moelleuse offre au palais comme à l'esprit une véritable leçon de terroir. La race et la manière du très grand vin. ****1/2, 3. ©

-Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

-Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

***

www.guide-aubry.com

***

Les vins de la semaine

***

La belle affaire

Sangiovese/Canaiolo 2006, Lungarotti, Ombrie (14,50 $ - 041947)

Élevage en foudre et repos de trois ans avant sa mise en marché, ce vin n'est pas pressé et offre, au-delà de cette impression de grillé, une texture de bouche qui s'étoffe en douceur, avec ce grain moelleux du fruit mais aussi cette vigueur naturelle qui l'invite sur un bon risotto. 1.

***

La belle bouteille

Coudoulet de Beaucastel 2007, Côtes du Rhône (29,45 $ - 973222)

Du grand Coudoulet ici, magnifiquement fourni, avec cette souplesse, ce moelleux, que dis-je, cette courbe dans le tanin qui évoquent la jeune feuille de vigne fraîchement débourrée. Fruité appétissant, mûr mais sans trop, avec une sève riche qui transporte le tout avec opulence. 2.

***

La primeur en blanc

Torre di Giano, Bianco di Torgiano 2009, Lungarotti, Ombrie (15,70 $ - 049205)

Pour la dégustation, je suggère d'être sous un pommier en fleur, un verre de ce blanc sec à la main, pour constater à quel point les flaveurs de melon et de fleurs sont de connivence avec le lieu. Blanc de charme, frais, subtil, sans une once de bois. 1.

***

La primeur en rouge

Nero d'Avola Morgante 2008, Sicile (16,55 $ - 10542946)

Ce nero d'avola ne demande pas la permission pour entrer, il pousse la porte et impose rapidement son style, avec cet accent paysan dans le ton et une franchise dans l'attitude qui invitent et rassurent. Un rouge corsé, fragrant, épicé et bien frais, délicieux sur du requin aux câpres-olives noires. 1.

***

Le vin plaisir

Château Revelette 2007, Coteaux d'Aix en Provence (19,10 $ - 10259737)

Peter Fisher dit que son vin naît du terroir. Ça se sent vite, dans un contexte qui oppose la roche dure et le fruit tendre, une discipline terrienne et une enveloppe charnelle qui conservent l'aspect coloré, sauvage, corsé et très pur des cépages. Vin vrai! 2.