Nappy Funky Baby à tendance Marie-Chantal

 Le bling-bling: du tape-à-l’œil assuré et de l’art à revendre. Métro Snowdon.
Photo: - Le Devoir Le bling-bling: du tape-à-l’œil assuré et de l’art à revendre. Métro Snowdon.

Le printemps me donne toujours des envies de relooking. À peine extirpée du vison recyclé de ma grand-mère, j'ai envie de me lisser le pelage au soleil, envie de nouvelles fringues, de me donner un genre ou d'en essayer un autre. J'aime pas la mode. Par contre, je ne résiste pas aux looks d'enfer.

Dans une autre vie, j'ai déjà été hyppie chic ascendant lolita grano (robes indiennes et bottes de construction sur bas de laine de bûcherons), me suis déguisée tous les jours pour aller au cégep en enfant de choeur ou en clocharde céleste (le looké-décalé: soutane et souliers chinois), suis devenue Bobo (bourgeoise bohémienne) par sens pratique et pour passer inaperçue dans mon milieu.

Mais y a des matins de printemps où j'abuse du thé vert et me mets à envier les gothic lolita du Plateau avec leurs longs cheveux noirs, style famille Addams, et leur petit côté victorien urbain tout à fait seyant et rigolo.

J'aime aussi les bimbos à gros lolos du centre-ville, pour la provoc cheap, les robes rouges et les talons aiguilles. J'adore les fashionistas à vélo (émules de Sarah Jessica Parker qui lisent Loulou en cachette) qu'on croise dans les lancements, leur passe-temps favori pour exhiber leurs chickissimes trouvailles. Je les admire comme des tableaux, ne me lasse pas des agencements et du soin maniaque qu'elles portent à leurs compositions vespérales.

Disons que ça change de la «bècebeige» (BCBG, bon chic bon genre, prout ma chère) d'Outremont, de la JAP (Jewish American Princess) de Westmount et du no look en vigueur chez le Québécois moyen de toutes les strates de la société. De ce côté, c'est t-shirt noir, noir t-shirt.

Pas difficile pour un mec qui vit ici de se distinguer de la meute. J'en connais un (j'ai dit un!) qui s'habille franchement cool à l'école de mon fils. Arty sans insister, un poil mode, un chouïa Bobo, pas gai, mâle qui s'assume dans sa créativité; sexy en plus, habillé pour vous donner envie de le déshabiller, même en hiver. Rare comme un pape qui milite pour l'avortement, je sais.

C'est pas à lui que j'offrirais le Dictionnaire du look, ma nouvelle bible. Je ne m'en sépare plus, je fais passer le test «Chui où, moi?» à tous mes amis pour qu'ils sachent où se situer dans la chaine vestimentaire. Ils s'en sortent avec toutes sortes d'étiquettes qui valent probablement moins que celles qu'ils ont sur le dos. Dans ma «banlieue» perso: beaucoup de Bobos, aucun métalleux ni skateur, pas même un spécimen gym queen; par contre, une hippy chic qui s'accroche à sa jeunesse et un clobo (pique-assiette qui a raté le train de la boboïtude) qui vient prendre sa douche chez nous.

Tiens, ma jolie Caro, 26 ans, s'en est tirée à son grand dam avec un «BCBG/Marie-Chantal à tendance Nappy/Funky Baby». La honte. Son chum, c'est pire, «No look/Nerd»... On les aime bien quand même.

Bling bling ou CPCH


Dans mon quartier, aucun «punk à chien», ils ne survivraient pas 30 secondes. Le look qui s'impose du côté métro Snowdon, c'est le bling-bling (tape-à-l'oeil rappeur couvert d'or, vaguement gangsta), le Rn'B (sexy créole style ghetto) et l'Oversized (look hip hop, pusher à capuche XXL). Ces modes favorisent toutes sortes de commerces autour du réputé métro. Par exemple, le nettoyeur, Jean-Émile, rachète l'or. Vous arrachez votre dent, il vous la prend comptant, rubis sur l'ongle, pas de chichis sur les caries. Je le surnomme «la fée des dents» et il roule en Harley vintage jaune banane avec sacoches western, l'idole de mon B, je vous raconte pas.

Son voisin de vitrine vend des forfaits de téléphones cellulaires pas chers, un autre des tatouages, une boutique de baskets (la plupart blancs) vient d'ouvrir, les Chinoises font des affaires d'or avec les nails salons et la coiffeuse jette ses rallonges de cheveux synthétiques dans la poubelle en face, sur le trottoir.

Quant aux fringues, côté boutiques, on se croirait dans le film Dreamgirls en hommage aux Supremes: du strass, du lamé et des couleurs de reine du disco. Y a aussi le McDo qui fait partie du guide alimentaire bling-bling et rassemble tout ce beau monde.

L'autre jour, j'attendais le feu piéton avec une Bling-Bling-/Butch accompagnée d'une Rn'B très coquette toute de rouge vinyle, denim et blanc. On savait immédiatement qui ne pas niaiser dans le couple juste à la façon dont elle tenait sa cigarette entre le pouce et l'index. Je peux me tromper, mais je dirais que leur ennemie jurée, c'est la CPCH, collier de perle, carré Hermès. Tchador pour tchador, je ne vous dirai pas lequel je préfère.

Tout mais pas ça!

Si je reviens à mon Dictionnaire du look, il a été écrit et conçu par deux Bobos qui ne s'en cachent pas: la jeune journaliste parisienne Géraldine de Margerie et le photographe Olivier Marty. On apprend toutes sortes de choses sur le genre humain et on y balance tout juste ce qu'il faut d'ironie pour trouver ça franchement drôle. En plus, c'est bien écrit. Elle fait de la popsocio de terrain qui décape vraiment car Géraldine et sa particule sont allées se balader près des métros et dans les faubourgs où «ça craint», ont répertorié 39 looks mais auraient pu nous en fournir une centaine.

Robert Laffont (l'éditeur) n'avait pas les fonds, on a loupé les Rockabilly, les hipsters et la mémé spraynet de casino. Mais en fait, la journaliste s'intéresse surtout aux lookés de 15 à 40 ans, ces ados et adulescents qui composent la faune cosmopolite parisienne. Quelques modèles sont introuvables ici (jamais vu de Kawaii ou de néo-dandy à Montréal), mais en gros, ça y ressemble, du Jah-Jah bénévole au Santropol roulant ou au Jour de la Terre au Fluo kid (tout ce que vous n'osiez pas porter dans les années 80) de l'UdeM, au modasse façon Xavier Dolan.

Quant à mon fiancé, il a eu droit à l'appellation «vieubo», le genre qui ne regarde jamais la télé pour pouvoir relire Réelle présence de Georges Steiner, qui porte sur l'art du sens et le sens de l'art. Ajoutez-lui un ascendant biobo (tofu masala, baies de goji) à tendance tribo (triathlon-bobo).

Bien sûr, il refuse ca-té-go-ri-que-ment l'étiquette; typique des Bobos tout acabit. Mais depuis que j'ai trouvé dans un tiroir de sa table de chevet un cuissard en chamois (parce que ça sèche plus vite), qu'il porte pour le triathlon et dont le support à coquille orange intégré et labellisé indique le code très évocateur «120» (densité disponible de 60 à 180), je le tiens par les couilles et je peux le faire chanter.

Les Bobos de Renaud, tu connais le refrain?

cherejoblo@ledevoir.com

***

Consulté: l'Urban Dictionary pour la définition de hipster: 175 entrées (!) en tout genre pour ce hippy de l'an 2000 dont on trouve une foultitude de spécimens sur le Plateau, dans Villeray, le ghetto McGill, le Mile-End et chez Urban Outfitter. http://www.urbandictionary.com.

Écouté: sur YouTube Les Bobos de Renaud. Y a pas à dire, archi bien ciblé sur la bohème confortable. Mais il faut aussi lire Un samedi Bobo dans le Dictionnaire du look (Robert Laffont). Trop drôle. Et toutes les sous-catégories aussi. À noter que les modèles photographiés dans le livre sont de «vrais pratiquants» recrutés sur Facebook.

Consulté: le Guide du Montréal multiple (Boréal) de Jean-Christophe Laurence et Laura-Julie Perreault. Tous les Montréal y sont, toutes les tendances multiethniques, s'entend, des bals haïtiens aux épiceries iraniennes, des bouis-bouis cubains aux boubous africains. Tout, tout, tout sur tout et de quoi se relooker solide. Les nouvelles pages jaunes, version Bobo, hipsters, jah-jah et hippy chic. Seul bémol: une édition terne, quelques rares photos noir et blanc et aucune page blanche à la fin pour ajouter nos propres trouvailles. Ça reste un must. Pour les mises à jour, le blogue aussi: http://www.montrealmultiple.com.

Tripé: fort sur le magnifique livre Made in Banlieues (Éditions de La Martinière), un tour de banlieues parisiennes en 80 visites dans les antres de créateurs, ateliers cachés, showrooms stylés, lieux de culte pétés, cimetières cachés, musées oubliés, hôtels pas banals et collectionneurs patrimonieux d'objets fonctionnels ou d'art. Votre prochain séjour parisien risque d'être fort divertissant. Et si vous n'avez pas le pognon pour traverser, c'est seulement 65,95 $. Pour feuilleter le livre à l'oeil: http://www.madeinbanlieues.com.

***

Joblog - L'été est arrivé, on ferme les fenêtres !

Le projet s'intitule Écologie sonore, un documentaire Web sur la pollution sonore et notre incapacité à soutenir le silence. Un petit bijou de site! Trois volets à date: la ville, la banlieue et la nature, l'ermitage s'en vient pour la mi-juin.

Les 12 courts-métrages intégrés au projet sont signés Alexandra Guité, une jeune scénariste/réalisatrice qui planche là-dessus depuis plusieurs mois.

Vous pensez peut-être que la nature n'est pas bruyante? Détrompez-vous. Quant à la ville, c'est devenu très difficile d'y vivre pour les oreilles sensibles. Au moment où j'écris ces lignes, les fenêtres de mon bureau sont fermées et j'ai des bouchons dans les oreilles. Ma tension artérielle doit avoir grimpé, je rêve de massacre à la tronçonneuse. 80 décibels? Cette fois, c'est le service des égouts qui mène le boucan. Hier, c'était la construction chez les voisins. Demain...

Le bruit est devenu une source de pollution absolument invasive et négligée par nos élus. Et elle s'amplifie d'année en année. Un site à diffuser partout, sans faire de bruit. Et ce n'est pas militant. Mais le miroir a des oreilles, et il entend. http://ecologiesonore.onf.ca..

***

« Même si je conjugue ma vie à tous les temps, sur toutes les modes, manquera toujours le mode d'emploi. » - Soigne ta chute, Flora Balzano,

***

« La mode est ce que l'on porte. Ce qui est démodé, c'est ce que portent les autres. » - Oscar Wilde

***

« Par certains côtés, j'imagine, que je fais aussi partie du lot. » - Les Bobos, Renaud
2 commentaires
  • Jeanne Guyon - Inscrite 21 mai 2010 08 h 51

    Look négresse à peau d'hermine!

    Look négresse à peau d’hermine!

    J’ai bien ri en lisant votre chronique! Pas très accommodante au demeurant.

    Ô combien spirituelle!

    D’après moi, tous, nous nous déguisons selon les humeurs de nos escales au cours de notre pèlerinage terrestre et maritime.

    Le mot mode désigne, entre autres, des goûts collectifs passagers imposés par d’autres que la personne individuelle. Autre sens du mot mode, modération, façon de faire, mesure.

    L’apparence symbolise le statut social.

    Je me demande bien pourquoi presque tout le monde porte des jeans, c’est vrai, pour certains, griffés, de nos jours!

    Une personne est personne.

    Apparaît alors l’egomode. L’egomanie se substitue à la quête personnelle menant à l’unité.

    À défaut d’essayer d’être, on se fabrique un look, un paraître.

    Depuis mon adolescence j’ai oscillé entre le look négresse à peau d’hermine,
    et le style carré Hermès, (de contrefaçon quand même) Hermès étant un DIEU, je pavane à son bras assez souvent.

    Au cours d’une récente escale merditerranéenne, (pas d’erreur de frappe) à Napoli, précisément, j’ai porté un immense foulard de lin cheap jaune moutarde de Dijon, qui m’allait comme un gant et accompagnait ma robe gitane, sibylle, négresse, couleurs bigarrées, look, vraie nature de Bernadette, et mon Chopin, le regard tournant au rouge taureau, m’a prévenu que les beaux Napolitains m’observaient avec mépris.

    En plus, mes yeux se cachaient sous de grosses lunettes noires, branches à damiers, le symbolisme à tout prix, tout le temps!

    On s’assoit à une terrasse, j’enlève mon tchad, la gelato se savoure mieux cheveux au vent, et ô surprise, que les sourires des beaux Napolitains sont extravagants. Presque des applaudissements!

    Ma peau est translucide, mes cheveux blonds surnaturels striés d’un peu de gris se laissaient admirer sous mon foulard. Non?

    Aie!, mon reflet semble dicté par les projections d’autrui, mon look c’est personnel!

    Ma tenue me confère de la tenue!

    Et comme le disait mon psy adoré, la plus grande faim
    de l’être humain, c’est d’être vu!

    Vu et moi y compris!

  • Rironie - Inscrit 21 mai 2010 10 h 26

    Bravo

    Je crois que pour écrire un article sur toute la panoplie des "M'a-tu vu" sans utiliser une seule fois le mot "narsicisme", qu'il s'agit bel et bien d'un exploit.