Perspectives - Leap/E2020

La crise financière et la Grande Récession ont donné naissance à la crise de l'endettement public, sur risque d'éclatement de la zone euro. Leap/E2020 aurait tout prédit! Petit retour sur une trame apocalyptique.

Les marchés poursuivaient leur chute hier, sous la faiblesse persistante de l'euro. On retenait cette fois que sous la décision soudaine de l'Allemagne d'interdire la vente à découvert sur certains produits financiers spéculatifs pouvait se cacher un geste désespéré laissant entrevoir que la crise de la dette en Europe pourrait encore s'aggraver.

Mais au-delà de l'affolement, les marchés se demandent encore où se trouve la solidarité politique européenne, avec une Allemagne toujours plus isolée dans sa maladresse. Et ils craignent que cette reprise embryonnaire dans les pays industrialisés ne soit qu'un feu de paille.

Les adeptes d'une économie mondiale aimeraient pourtant que le modèle européen puisse s'imposer et par la suite inspirer l'émergence d'un gouvernement mondial sans quoi, la Dépression perpétuelle nous guette. Malheureusement pour eux, l'actualité ne se veut pas très convaincante. Donc...

Leap/E2020 s'est réjoui du «coup d'État de l'eurozone» au sein de l'Union européenne survenu les 8-9 mai, qui prenait la forme d'une prise en main des leviers économiques et budgétaires de l'UE par les 16 de la zone euro. «Sans le savoir et sans qu'on leur ait demandé leur avis, 440 millions d'Européens environ viennent d'entrer dans un nouveau pays, l'Euroland», peut-on lire dans un communiqué du groupe. On associe à ce think tank européen l'idéologie prônant l'émergence d'un gouvernement d'abord européen puis mondial, avec l'abandon des souverainetés nationales. Et l'ébauche d'un scénario catastrophe dans le cas contraire.

Au début de 2008 nous disions que déjà, depuis plus d'un an, et bien avant l'éclatement de la bulle des subprimes, Leap/E2020 nous parle de la Très Grande Dépression américaine de 2008-2018. Ce groupe de chercheurs voyait, dès 2006, l'émergence d'une crise financière systémique et retenait alors que, pour les États-Unis, 2007 a marqué l'entrée «dans une crise socio-économique sans précédent». Il nous proposait «les sept séquences de la phase d'impact de la crise systémique globale», qui doivent «atteindre simultanément leur pic au cours de 2008»:

- Séquence 1: l'infection financière mondiale par l'endettement américain (100 ans après les «emprunts russes», les «dettes américaines»);

- Séquence 2: l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux États-Unis (de -50 % à -20 % en un an, pour les Bourses, selon les régions du monde);

- Séquence 3: l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales (Royaume-Uni, Espagne, France et pays émergents);

- Séquence 4: tempête monétaire (la volatilité au plus haut sur fond de dollar américain au plus bas);

- Séquence 5: stagflation de l'économie globale (récess-flation aux États-Unis, croissance molle en Europe, récession mondiale);

- Séquence 6: Très Grande Dépression aux États-Unis, crise sociale et montée en puissance des militaires dans la gestion du pays;

- Séquence 7: accélération brutale de la recomposition stratégique globale, attaque sur l'Iran, Israël au bord du gouffre, chaos moyen-oriental, crise énergétique.

Qu'en penser?

Ces chercheurs, qui se définissent comme étant indépendants de tout gouvernement ou de tout groupe d'intérêts, ont ajouté, pour la fin de 2008, la déroute des fonds de retraite à son scénario de crise systémique mondiale. Et le plongeon des États-Unis et du Royaume-Uni dans une possible situation de défaut de paiement au troisième trimestre de 2009.

Dans l'intervalle, on a pourtant vu les banques centrales et la Réserve fédérale manoeuvrer de manière chirurgicale sur tous les fronts. Mais pour Europe 2020, cette action de la Fed ne faisait que préparer la prochaine explosion du marché des produits financiers dérivés, qui représente une grosse bulle de 500 000 milliards $US.

Toujours dans les projections du début de 2008, on ne voyait pas encore apparaître dans cette dramatique apocalyptique la crise grecque, et les risques d'explosion de la zone euro. On prend donc soin d'ajouter depuis à la séquence initiale une dislocation géopolitique mondiale avec un risque de guerre civile. Et l'on met en exergue l'«isolement tragique» d'un Royaume-Uni affaibli politiquement, la présence d'un gouvernement de coalition répondant difficilement aux défis que pose la gravité de l'endettement public de cette économie durement frappée par la crise.

Pour l'équipe de Leap/E2020, le Royaume-Uni devra se débattre dans une crise historique à partir de l'été prochain, isolé. Et l'on met en garde contre la faiblesse de l'euro. Certes, elle apporte un énorme avantage compétitif pour les exportations de la zone euro, «mais elle handicape au contraire les tentatives américaines de réduire le déficit commercial du pays».

Que peut-on croire?
1 commentaire
  • gaetanfo - Inscrit 20 mai 2010 14 h 35

    Solidarité...

    Peut-être s'agissait-il de conserver le mérite de l'initiative, et l'effet de surprise.
    Imaginez si Sarko avait été mis au courant : l'affaire aurait été rapidement
    ébruitée, et Sarko se serait empressé de faire valoir à quel point il y avait joué
    un rôle important Adieu l'effet de surprise.