Médias - De la télé partout, cela reste de la télé

Plus de 2,4 millions de téléspectateurs en moyenne pendant trois heures, avec une pointe de 3,45 millions. Une part de marché moyenne de 58,5 %.

Ce sont là les cotes d'écoute de RDS, stupéfiantes, pour le septième match Canadien-Pittsburgh de mercredi dernier. Le réseau spécialisé bat des records d'auditoire, et tous les autres réseaux s'écrasent.

En soi, ces chiffres témoignent de la force du média télévisuel. À moins que l'on ne veuille considérer qu'il s'agit là d'une situation exceptionnelle, et que la passion pour le Canadien de Montréal (j'allais écrire la folie) brouille les cartes.

Car ces derniers temps, l'écoute de la télévision fait l'objet d'analyses contradictoires. Le 1er mai, The Economist publiait un dossier qui soutenait que la télévision demeure une valeur sûre, alors que les journaux sont «à l'agonie», que l'industrie de la musique n'a pas fini d'absorber les bouleversements amorcés il y a dix ans, et que les éditeurs de livres seront les prochains frappés par la révolution numérique.

Accros aux chaînes


La publication rappelait que les Américains passent encore 37 heures par semaine à regarder la télévision. L'écoute de la télévision demeure une activité plus sociale que l'on ne le croyait, écrit-elle, puisque les téléspectateurs aiment regarder les mêmes émissions que tout le monde, en même temps que les autres.

The Economist écrit même qu'une fois que les gens ont commencé à payer pour obtenir des dizaines de chaînes, ils ne peuvent plus s'en passer.

Curieusement, une firme de Boston, Yankee Group, publiait en même temps un sondage qui voulait prouver le contraire: selon ce sondage, un Américain sur huit prévoit annuler son abonnement à un service payant de télévision l'année prochaine (câble ou satellite), parce que ça coûte de plus en plus cher. Les «protestataires» préfèrent maintenant regarder les émissions sur Internet... ou revenir aux bonnes vieilles oreilles de lapin.

Le 2 mai, le New York Times publiait un article qui voulait prouver que, contrairement à ce que l'on croyait encore récemment, les consommateurs aiment regarder des émissions et même des films complets sur de tout petits écrans, comme les écrans des appareils mobiles et des cellulaires.

Les propriétaires des grands groupes télévisuels ont donc toute la difficulté du monde à prévoir les tendances de l'avenir.

Écoute éclatée

On peut toutefois avancer ceci: l'écoute de la télévision, dans le sens traditionnel du terme, demeure élevée (toutes les enquêtes, y compris au Québec et au Canada, montrent d'ailleurs que la télévision demeure, et de loin, la principale source d'information, devant Internet, les journaux et la radio).

Mais c'est aussi une écoute qui éclate sur plusieurs supports. L'industrie télévisuelle cherche donc les meilleures façons de suivre les consommateurs sur ces nouveaux supports.

Le contenu diffusé sur les cellulaires et les mobiles est devenu «l'équivalent sans fil de la ruée vers l'or», écrit le New York Times.

Tout le monde cherche comment profiter de la manne qui s'en vient. Le mois dernier, les plus grands propriétaires de chaînes de télévision locales aux États-Unis ont annoncé une entente leur permettant de diffuser par voie des airs leurs signaux vers les cellulaires.

Une entreprise, Flo TV, a investi des centaines de millions pour mettre en place une distribution mobile par voie des airs de chaînes comme ESPN, Fox News et MTV.

Tout le monde cherche le meilleur modèle financier possible. BlockBuster, l'empire de locations de films, a pour sa part commencé le mois dernier à offrir des films pour les cellulaires (The Hurt Locker, le gagnant des Oscars, était offert à 3,99 $ pour une location de 24 heures).

Il y a plus. En début d'année, un consortium d'une cinquantaine d'entreprises a annoncé la création du Digital Entertainment Content Ecosysteme (DECE), un projet qui veut mettre en place un «écosystème» numérique. Le projet permettrait au consommateur abonné à DECE d'écouter sur n'importe quel support — télévision, Internet, lecteur DVD, lecteur Blu-ray, mobile — un produit qu'il aurait acheté (film, émission de télévision), en utilisant un format technique commun géré par DECE. Parmi les membres du consortium, on retrouve des géants comme Microsoft, Paramount Pictures, Sony, Warner Bros, Fox, Comcast, Intel, Nokia et autres. Bref, du beau monde qui voudra vous faire dépenser encore plus...

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pcauchon@ledevoir.com
1 commentaire
  • jacques noel - Inscrit 17 mai 2010 10 h 39

    Le cout de l'abonnement

    Un an chez Vidéotron va vous couter en moyenne 500$. C'est presque le prix d'une télé!
    Même principe avec l'ordi et l'abonnement internet. Un an d'abonnement chez Sympathico va couter le prix de votre laptop.

    On fait fabriquer le bidule à bas prix en Asie et on encaisse les profits avec le monopole de l'abonnement en Occident. Business 101 en 2010. Fallait juste y penser.