Retour en zone émotive

La semaine précédente, le marché manifestait sonon inquiétude par rapport au niveau élevé de la dette souveraine et des risques de défaut afférents, pour exiger l'austérité budgétaire. La semaine dernière, le marché manifestait son inquiétude quant à cette austérité et à son impact sur la reprise économique encore balbutiante. En deux semaines, le marché a quitté le niveau de rationalité pour entrer dans une zone dite de l'émotion, qui précède celle de la terreur. Petit air de déjà-vu!

Ceux qui spéculent sur la volatilité des marchés ont réalisé un rendement de 20 % uniquement hier. Du moins, ce pourcentage représente l'augmentation de l'indice VIX, qui mesure la volatilité de l'indice S&P 500. La semaine précédente, alors que la crise grecque montrait des signes de contagion dans la zone euro, le VIX a touché momentanément et rapidement une pointe à 40 points. Il est redescendu depuis pour ensuite remonter hier au-dessus des 30 points, avançant de 5 points ou de quelque 20 % en une séance.

Cet indice de volatilité, appelé aussi «indice de la terreur» par certains analystes, évolue généralement entre 10 et 30 points. Au-dessus de 30, nous entrons en territoire émotif. L'émotivité prend alors le dessus sur le rationnel. À 45 et plus, c'est la crise, la grosse crise. La peur. Plus haut encore, c'est la terreur. À titre d'illustration, le VIX a atteint son niveau culminant à 80,06 le 27 octobre 2008 au zénith de la crise financière, au nadir de l'effondrement boursier, dans le sillon de la faillite de Lehman Brothers.

À titre de comparaison, lors de la récession de 1990-1992, le VIX a fluctué entre 10 et 30, donc dans la zone du rationnel. Il est remonté dans l'intervalle des 25-45 points lors de la crise monétaire asiatique de 1997-1998. Il a bondi momentanément au-dessus des 40 dans le sillon du 11-Septembre, alors que la forte correction boursière ayant accompagné l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques a forcé l'indice à se maintenir longtemps entre 30 et 40.

On retient également qu'en entrant ainsi dans l'émotivité, on perce l'univers de la neuroéconomie. Cette branche de recherche relativement nouvelle, qui retient plus d'attention depuis que le Nobel 2002 a été remis au psychologue Daniel Kahneman, tente de rapprocher l'économie et les neurosciences cognitives. Elle tente de mesurer, souvent par imagerie du cerveau, l'influence des facteurs cognitifs et émotionnels sur les prises de décision de nature économique.

Il a déjà été démontré qu'une grande volatilité provoquait chez les négociateurs en Bourse la sécrétion d'hormones qui, telle la testostérone, induisaient des comportements irrationnels, euphoriques ou encore incitait une prise de risques disproportionnée. Ainsi, il faut conclure que la volatilité, forte ou extrême, induit des décisions irrationnelles. Sans toutefois perdre de vue qu'une perspective de perte peut provoquer chez l'investisseur une douleur deux fois plus grande que la satisfaction que procure un gain.

Lorsque l'adrénaline et la testostérone côtoient le masochisme... Dans une telle zone, il devient plus efficace de confier les boutons de la Bourse à des singes.

Le VIX en tant qu'indice a été introduit en 1993. La Bourse de Chicago a développé des options sur l'indice en 2006, donnant aux investisseurs un instrument de diversification de portefeuille. Cet outil entre également dans des stratégies de couverture et de spéculation. Le VIX est aimé parce qu'il isole la volatilité. Autrement, les stratégies font appel directement à l'indice boursier sous-jacent, ici le S&P 500. De telles options deviennent alors sensibles au mouvement des cours du sous-jacent, qui peut traduire les jeux d'anticipations, de dividende, de taux d'intérêt et d'effet lié aux dates d'expiration.

Un autre avantage du VIX est sa corrélation négative avec le S&P 500, ce qui en fait un élément recherché de diversification et de protection des portefeuilles. Selon les données de la Bourse de Chicago, depuis 1990, le VIX a bougé dans le sens opposé au S&P 500 88 % du temps. L'on retient également que le comportement euphorique mentionné précédemment se manifeste de façon plus disproportionnée lorsque la tendance boursière est baissière, ce qui confère à l'indice VIX un biais à la baisse.

S'ajoute l'amplification. En moyenne, le VIX a progressé de 16,8 % les jours où l'indice S&P 500 a chuté de 3 % ou plus.

Le spéculateur va également apprécier la volatilité de l'option sur le VIX. Toujours selon les observations de la Bourse de Chicago, la volatilité du VIX était de 80 % en 2005, comparativement à 10 % pour le S&P 500 ou à 14 % pour l'indice Nasdaq 100.

Lorsque les nuages s'amoncellent...
3 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 15 mai 2010 07 h 16

    Merci de nous révéler les vertus d'un VIX caché...


    Vous avez oublié de mentionner que le VIX, c’est aussi très efficace pour débloquer les congestions nasales. L’économie, n’est-elle pas cette science du «pif» qui puise son inspiration dans la cupidité dont la fin n’hésite pas à justifier les moyens de façon très souvent arbitraire au détriment même de la démocratie?
    Quand parole d’experts devient parole d’évangile, est-il légitime de se demander à quoi sert le vote?... surtout lorsque les médias n’ont d’oreilles que pour les dogmes de l’église néolibérale dont le saint des saints réside dans l’opaque secret bancaire des paradis fiascaux aux services de Spéculateurs Sans Frontières (SSF)?... et comme en témoigne la crise de 2008, les marchés sont manipulés par des agences de coterie qui continuent encore aujourd’hui à jouer du courant d’air dans les diagrammes des bourses.
    Comment rétablir la confiance des sans-abris fiscaux envers les mafias et les transnationales qui siègent socialement dans les paradis fiascaux que, l’économiste de la revue Alternative Économique, Christian Chavagneux qualifie de pilliers du capitalisme?
    Lorsque l’on parle de reprises, de quoi parle-t-on au juste?
    Quand on joue au Monopoly, il serait plus attrayant pour les joueurs qu’il y aie des règles et qu’elles soient les mêmes pour tout le monde. Un système qui privilégie une classe d’arnaqueurs à cravate que l’on qualifie d’élite financière est voué à l’échec et mat. La confiance, c’est comme un magasin de porcelaine…mieux vaut laisser son éléphant à la porte.

  • Andrew Savage - Inscrit 15 mai 2010 10 h 27

    de L'ÉMOCONOMIE…


    Faut-il le répéter, l’économie n’est pas une science exacte. Et ceux qui parlent en son nom pour conseiller les gouvernements ou faire des prévisions ne sont que des charlatans. L’économiste moderne a remplacé le théologien, mais ses dieux ne sont guère mieux.

    Il ne faudrait pas parler d’un retour à la zone émotive, mais d’une continuité. Le marché omniscient et omniprésent devait suffire à assurer l’équilibre de la société, et une juste redistribution de la richesse. Tout le monde aura compris que la farce a assez duré.

    La bourse est le temple de la subjectivité et de l’irrationnalité. Les dadaïstes et les pataphysiciens étaient, et de loin, plus rationnels et logiques que les acteurs sur le parquet.

    Les investisseurs n’achètent pas nécessairement les titres des compagnies les plus rentables potentiellement, mais ceux des compagnies que tout le monde croient être potentiellement les plus profitables.

    Ce qui faisait dit à Keynes que la bourse était un concours de beauté. Les investisseurs misent sur une croyance. Ainsi, l’opinion est au fondement de l’activité boursière. Il s’agit d’une action foncièrement non-logique.

    Ceux qui essaient de rationaliser les actions des acteurs sur les marchés sont des trompeurs.

    Le modèle mathématique de la marche au hasard est sans doute celui qui conviendrait le mieux pour décrire ce qui se passe sur le parquet de la bourse.

    Quand vous dites qu’il y a des périodes où la bourse est conduite par des singes, votre jugement sonne juste. Reste à souhaiter que ce soit au moins des chimpanzés. Reste maintenant à surveiller un singes particulièrement important : Hanuman …

    En est-il de même du reste de l’économie ? La question se pose avec une certaine urgence.

    Les sentiments et le intérêts ont plus de poids dans le train-train de la vie, et de la vie économique en particulier, que la raison. Ça prend pas un dictionnaire pour comprendre ça.

    Les économistes peuvent aller se cacher avec leurs théories et leurs équations artificielles, et commencer à reconnaître que leur discipline n’est qu’un appendice malade de la faculté des lettres. Que la faculté des lettres excusent cette intrusion... et qu'elle fasse contre mauvaise fortune bon coeur.

    L’ère des grand craquements approche. Souhaitons que le peuple aura le courage politique de faire la promotion de ses véritables intérêts : il y va de sa survie. Le retour de la raison est à ce prix.

  • Catherine Paquet - Abonnée 16 mai 2010 06 h 22

    L'économie et la politique mijotent dans la même marmite...

    En économie comme en politique, ce sont les journalistes, quelque fois qualifiés d'analystes, qui attrappent et emplifient la meilleure rumeur, qui font la manchette et qui ont du succès. Ainsi, la cote des politiciens comme celle de certaines société monte ou baisse au gré des émotions partagées par les gens de la rue, des couloirs des parlements ou des paquets de la bourse. La vérité viendra plus tard. Trop tard, pour certains.