Le potager, ce paradis perdu

Au jardin du Clos du Coudray, des barres de métal ont remplacé les gaulettes de châtaignier et les perches de coudrier, qui se font plus rares.
Photo: Jean-Claude Vigor Au jardin du Clos du Coudray, des barres de métal ont remplacé les gaulettes de châtaignier et les perches de coudrier, qui se font plus rares.

À la recherche du paradis perdu, l’hortus potager (hortellus: petit jardin), où des plessis d’osier tressé, des perches de coudrier, des treillis de brins de saule, voire des gaulettes de châtaignier entouraient, protégeaient, abritaient les petits carrés de culture de légumes, de plantes aromatiques, de simples et de fleurs.

Le jardin, à l’époque médiévale, est un espace clos d’abord utilitaire, qui deviendra plus tard un jardin d’agrément, comme le verger d’amour du Roman de la Rose. Les jardins médiévaux évoluent sur une double symbolique religieuse et profane, la nostalgie du paradis perdu et la quête de l’être aimé.
Comme vous le savez, je suis devenu un adepte inconditionnel du potager en carrés depuis 1982. Cette technique permet d’utiliser de façon optimale l’espace disponible et, ce qui n’est pas négligeable, de réduire considérablement le travail du jardinier. Les bacs peuvent être fabriqués à partir de plusieurs matériaux, selon votre budget et vos préférences esthétiques.
Ce printemps, je suis allé voir le nouveau potager du jardin du Clos du Coudray, superbe jardin et pépinière bien cachée en pays de Bray Normand. Des barres de métal pour armature de béton ont remplacé les gaulettes de châtaignier et perches de coudrier, qui se font plus rares. L’intérieur des boîtes est tapissé d’une toile géotextile imperméable afin de retenir l’eau. Un bon mélange de terre légère et de compost assurera les besoins nutritifs des plantes. Là, l’expérience du jardinier compte.

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Le parfum envoûtant des fleurs de mahonia
Originaire de la Colombie-Britannique, de la Californie et de l’Oregon, dont il est d’ailleurs la fleur officielle de l’État, le mahonia à feuilles de houx (Mahonia aquifolium) est un arbuste à feuilles semi-persistantes pour jardinier averti. Il est rustique dans la grande région de Montréal en milieu bien protégé, comme pour les houx. Pas difficile, il supporte les sols pauvres et la sécheresse, mais, comme les houx à feuilles persistantes, il doit être protégé des vents glacials. Bref, il se mérite. Mais quel parfum!
Ses printanières fleurs jaunes ont un parfum de miel, récompense ultime pour le jardinier téméraire. Allez le humer gratuitement dans un centre de jardinage... Que du bonheur!

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Il y a cèdre et cèdre...
Fraîchement débarqué en ce pays, je fus on ne peut plus surpris lorsqu’un propriétaire me demanda de tailler sa haie de cèdres. Bêtement, je l’informai que les cèdres ne se taillent pas, ou du moins difficilement, et qu’il était préférable de conserver leur forme unique. Malgré mes 25 ans d’existence, je n’avais encore jamais entendu parler de cette méprise: cèdre pour thuya. Mes maîtres faisaient bien l’éloge du cèdre, arbre admirable du Liban (Cedrus libani), mais ils ne m’avaient pas parlé du cèdre blanc canadien, le Thuya occidentalis.
Dans la première moitié du règne de Louis XV, la France ne possédait pas de Cedrus libani. L’Angleterre, plus chanceuse, en voyait plusieurs croître dans ses jardins. Bernard de Jussieu, professeur de botanique au Jardin du Roi (l’actuel Jardin des plantes), rapporta semble-t-il deux jeunes plants maladifs de cèdre offerts par Peter Collinson, un important marchand de tissu, amoureux de la science du jardinage. Grâce à ses relations d’affaires, il obtint des graines et des plantes du monde entier. Il fit planter l’un de ces deux cèdres au Jardin du Roi en 1734. Eh bien, il est encore là! N’est-ce pas fabuleux?
Notre thuya du Canada, Thuya occidentalis (cèdre blanc), a sans doute été le premier arbre nord-américain à être introduit en France, en 1534. Le roi François Ier en aurait reçu un plant. Mais sa carrière européenne est bien limitée, les jardiniers français lui préférant le Thuya atrovirens plicata, plus fourni et plus vert, ainsi que le Cupressocyparis leylandii (cyprès), espèces trop frileuses pour notre climat.
Si vous devez planter une haie de «cèdres», choisissez un cultivar en fonction de l’espace disponible. Trop souvent, pour une question de budget, sont plantés des thuyas indigènes, ou semi-cultivés, ou cultivés mais inadéquats pour de petits terrains. De magnifiques cultivars au développement plus compact sont disponibles dans les pépinières. Je vous invite à les découvrir, ils sont nombreux.

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Pour votre bibliothèque
«Les pas à pas», de Larousse, est une collection de guides résolument visuels pour découvrir le plaisir de «faire soi-même», pour apprendre les gestes «pas à pas» et trouver des idées afin de réaliser de belles choses. Parmi les nombreux titres offerts, je vous suggère:
- Jardin bio facile, de Catherine Delvaux. Une nouvelle approche écoresponsable: prendre en compte les changements du climat, penser global, redécouvrir le jardin dans sa biodiversité... avec des encadrés et des tableaux pour mieux comprendre pourquoi ce n’est pas si difficile de s’y mettre! Des techniques simples: pailler, récupérer l’eau, etc.
- Herbes médicinales et aromatiques au jardin, de William Denne. Une description de 180 plantes aromatiques et médicinales pour enrichir son jardin et parfumer sa cuisine. Les techniques de culture expliquées en photo, pas à pas, pour faire le bon geste au bon moment: semer, bouturer, récolter... Des projets simples à réaliser soi-même.
«Les pas à pas», Larousse, 2010, 144 pages, 16,95 $.

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La semaine du jardinier
- Samedi 15 mai – Sainte-Denise. Il y a 100 ans, la compagnie de semences Benary commercialisait son premier hybride de bégonia. Pour fêter ce 100e anniversaire, elle nous offre le spectaculaire et florifère Begonia x benariensis «Big Red with Bronze Leaf». Une Exceptionnelle 2010.
- Dimanche 16 mai – Saint-Honoré. Pour garantir le succès des bégonias, remplissez le fond de vos contenants avec du charbon de bois naturel d’érable. Qu’il soit récupéré de votre foyer ou acheté en gros sac pour le barbecue, fragmentez-le en morceaux de 1 cm3 . La quantité? Un cinquième de la hauteur du contenant, préalablement troué.
- Lundi 17 mai – Saint-Pascal. Si vous avez un petit bassin ou une zone humide, optez pour un Papyrus. Spectaculaire, il atteindra votre taille s’il ne manque pas d’eau. Il se nomme Cyperus papyrus «Graceful Grass King Tut». Une autre Exceptionnelle 2010. Faute de bassin, je vais en transplanter un dans une grosse poubelle sans drainage, que je vais enterrer près d’un abreuvoir à oiseaux..
- Mardi 18 mai – Saint-Éric. La barbe-de-bouc, grande vivace, est une plante dioïque (Aruncus dioïcus), on retrouve donc des spécimens soit mâles, soit femelles. Ils sont parfois envahissant, avec des semis qui poussent un peu partout. Il n’est pas facile d’identifier le sexe des fleurs… Pour limiter l’invasion, éliminez donc les hampes florales portant des graines.
- Mercredi 19 mai – Saint-Yves. Bonne fête à tous les Bretons du Québec. Il n’est pas toujours facile de trouver de beaux plants d’artichauts, mais en fouillant un peu, vous trouverez du petit violet issu de semis: «Tempo F1», plus productif que l’«Imperial Star». Que cela soit pour le décor ou pour la cuisine, la plante est superbe et sa floraison, magnifique.
- Jeudi 20 mai – Saint-Bernardin. «Et voilà la vie, la vie, la vie, la vie chérie, ah! ah! Et voilà la vie que tous les moines de la Saint-Bernardin font.» Il y a beaucoup de points communs entre la vie d’un jardinier et celle d’un moine… Passion, ténacité, silence, calme, embonpoint… et le plaisir des digestifs. Mes coucous (Primula veris) primevères officinales commencent à fleurir; les moines m’ont appris à en parfumer le vin...
- Vendredi 21 mai – Saint-Constantin. Enfin! de nouveaux cultivars de Kiwi (Actinidia) sont disponibles dans certaines jardineries, comme «September Sun», un cultivar de l’Actinidia kolomikta, très rustique, portant des fruits très sucrés. Assurez-vous d’avoir ce plant aux fleurs femelles et que votre voisin ait un plant d’A. kolomikta aux fleurs mâles!