Stupid Money

Il y a des films conçus pour un auditoire adulte. D'autres pour les adolescents, ou pour les enfants. Furry Vengeance (Petite vengeance poilue), qui prend l'affiche aujourd'hui, a été conçu pour des demeurés de tous âges.

Je ne perdrais pas votre temps à vous en parler si cette sottise abyssale réalisée par le tâcheron Robert Krumble (Cruel Intentions, College Road Trip) sortait du cloaque habituel de la série B hollywoodienne. Sous ses dehors «all american», Furry Vengeance est, pour moitié, une production des Émirats arabes unis, financée par la compagnie Imagenation Abu Dhabi FZ. L'argent n'a pas d'odeur? Il n'a jamais senti aussi fort, croyez-moi. Ni causé autant de dégâts à l'écran.

De fait, Furry Vengeance est sans doute le film le plus raciste de la décennie. Le patron du héros, qui pilote la construction d'un projet domiciliaire en pleine forêt de l'Oregon, est un Chinois autoritaire, cynique et dépourvu de tout sens moral, qui envisage avec un sourire machiavélique la destruction complète d'un écosystème. L'investisseur principal est pour sa part un Indien de Mumbai qui, écoutant les protestations des citoyens du patelin désireux de faire cesser le chantier et la destruction de leur forêt, déclare par défi et par mépris qu'il va de l'avant.

Et vlan! dans les gencives des rivaux économiques des émirs d'Abu Dhabi. Dans le rôle du pauvre bougre assailli par tous les animaux velus de la forêt qui voient en lui l'objet de leur malheur, le blanc crème Brendan Fraser n'est pas en reste. L'acteur à un cheveu de l'obésité est l'objet, pour un chèque sans doute proportionnel à l'humiliation subie, de tous les gags, scatologiques ou pas, dont l'éventail va du mauvais goût au pire que pire. À ses côtés, les yeux au ciel pour des raisons qu'on imagine sans difficulté, Brooke Shields, qui n'a jamais été aussi mal filmée, surjoue en roue libre.

Brendan Fraser? Brooke Shields? Vous avez raison, ce débile Furry Vengeance semble avoir été produit en 1985 par des gens qui, sur le plan des idées et de la notion de qui est in et qui est démodé, y sont encore. J'essaie d'imaginer le groupe de réflexion, à Abu Dhabi, duquel ces deux noms sont sortis. Quelqu'un avait sûrement drogué le café. Ou a accidentellement assommé ses membres avec une grue du chantier voisin.

Jusqu'à la crise économique mondiale, il arrivait fréquemment que des banques ou sociétés fiduciaires européennes investissent dans des productions américaines ou anglo-saxonnes. On appelait ces fonds «stupid money» parce que, sourds et aveugles à la qualité des projets, ils s'intéressent uniquement à leur potentiel commercial. Outre les enveloppes à la performance de Téléfilm Canada, l'exemple le plus récent, de mémoire, est Basic Instinct 2, qui est une production allemande. L'argent, sur la boule, s'est déplacé. Mais comme la bêtise est universelle...

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L'argent, toujours l'argent. Hollywood fut autrefois un terreau fertile, où des patrons de studios cinéphiles employaient des réalisateurs talentueux afin qu'ils repoussent les frontières du faisable. Ces patrons ont cédé leur place à des comptables et des investisseurs pour qui l'argent est le fin mot de l'histoire. La nouvelle mode, nous apprend un texte paru récemment dans le journal anglais The Independent? Le remake de films qui dans le passé ont échoué, au plan artistique et/ou public, afin d'apprendre à bas prix des erreurs commises à gros prix. Dans le collimateur, on retrouve Dune, film de science-fiction d'après le roman de Frank Herbert, sur lequel David Lynch s'était cassé les dents en 1984. Également en attente d'une cure de jouvence: Red Sonjia, la production ratée de Dino De Laurentiis datant de 1985. Aussi, The Shadow, méga four de l'été 1994 avec Alec Baldwin, d'après les comic books, et Overboard, pochade ratée de Goldie Hawn dont on dit qu'elle sera relevée par Jennifer Lopez. Comme quoi l'argent stupide n'a pas fini de faire des heureux.
1 commentaire
  • Khayman - Inscrit 1 mai 2010 11 h 16

    Dune et Red Sonja

    J'ai vu Dune de David Lynch avant et après avoir lu le livre de Frank Herbert. Je crois qu'il faut avoir lu le livre pour apprécier l'adaptation de Lynch.

    J'ai aussi apprécié Red Sonja, où on essaie d'imprégner un certain public de l'idée d'une égalité homme-femme, notamment dans le combat d'épée entre Kalidor (qui est d'ailleurs le titre du film en français) et Sonja (peut-être un autre acteur qu'Arnold, au sommet de sa forme physique à l'époque, aurait pu nous y faire croire).

    Je rejoins cependant votre conclusion : ces œuvres n'ont pas besoin d'une autre adaptation au cinéma.