La vraie réingénierie

Notre bon gouvernement, celui des urgences qui débordent dans les hôpitaux, celui du décrochage généralisé dans les écoles, celui de la vente des places en garderie, notre formidable gouvernement, a besoin d'aide. Son incroyable réserve de bonnes idées est à plat. J'en veux pour preuve le budget du ministre Raymond Bachand qui va devoir être refait entièrement tant il est à des années-lumière de ce que les citoyens réclament.

Quand on pense que l'équipe de Jean Charest a dû se montrer en public, un beau dimanche de printemps, en jeans et col ouvert pour faire la démonstration de sa capacité à travailler sept jours par semaine pour son bon peuple et pour réaffirmer son total dévouement à la cause du Parti libéral, on sait qu'on ne peut pas tomber plus bas.

Encroûté dans ses vieilles habitudes, le premier ministre aura du mal à remplir ses promesses. 62 %, c'est pas de la tarte. Le citoyen doit collaborer. La citoyenne aussi. Si on part du principe qu'il faut fournir au gouvernement des solutions afin qu'il arrive à faire ses compressions sans fouiller encore dans nos poches comme il n'hésite pas à le faire chaque fois qu'il est en difficulté, il faut faire travailler notre imagination collective.

Ma modeste contribution

Je pourrais suggérer au gouvernement de supprimer totalement ses dépenses en publicité. Les deux bras me sont tombés quand j'ai appris que pour réduire ses dépenses, il se proposait d'en couper 25 % seulement pour l'an prochain. S'il a quelque chose à nous dire, le gouvernement, au lieu de faire faire le message par des agences, il n'aura qu'à nous parler directement. Je rêve d'un premier ministre qui viendrait chaque jour vers 18h me raconter: voici ce que j'ai fait aujourd'hui. Pas d'intermédiaire, la vérité, et en direct. Ce serait une petite économie d'argent, mais une grosse opération de relations publiques efficace, enfin.

Je sais bien, malgré tout, que les petites sommes que le gouvernement offre de sacrifier sont bien trop minimes pour changer réellement les choses dans les budgets. J'ai donc poussé ma réflexion encore plus loin.

Ma proposition est tout à fait originale et n'a jamais été envisagée auparavant. Et pourtant... elle est tellement tentante.

Il va m'être impossible de la chiffrer comme je l'aurais souhaité, car les chiffres disponibles ne représentent probablement pas la réalité, comme c'est souvent le cas dans les affaires gouvernementales.

Tout le monde reconnaît que pour faire de vraies économies, sortir le Québec du rouge, repartir à neuf, il faut avoir le courage de couper gros. Je pense avoir trouvé la solution.

Je suggère qu'on coupe complètement et totalement le ministère de l'Éducation, ce monstre dont tout le monde a perdu le contrôle, y compris la ministre responsable. Autant ce ministère paraissait essentiel dans les années 1960, autant il est devenu un poids qui empêche le monde de l'éducation d'avancer. Ça fait déjà plusieurs générations que ce ministère assassine les jeunes avec tous ses brillants fonctionnaires qui ont le pied sur le tuyau d'oxygène. Avides de pouvoir, bien décidés à ne pas en céder une parcelle aux autorités des écoles, les fonctionnaires du MELS imposent leur formidable prétention du haut de leurs certitudes.

De réforme en réforme, on aura réussi à bousiller plusieurs générations sans jamais rien proposer qui redonne l'envie d'apprendre, la curiosité de découvrir et le besoin de bien s'équiper pour affronter la vie qui vient devant. Il y a longtemps que plus personne ne parle de hausser la barre. On se contente de la descendre pour faire croire que tout baigne. On s'est d'abord assuré d'«écoeurer» à tout jamais une armée complète d'enseignants chez qui on a éteint toute velléité d'éveiller des jeunes à la connaissance, puis on a «écoeuré» les jeunes avec des éteignoirs de rêves qu'on a multipliés à profusion.

C'est sûr qu'il y aurait de belles économies à faire de ce côté. Fermer un ministère. Mettre la clef sur la porte. On peut imaginer qu'un nombre important de fonctionnaires rentreraient à la maison, car il faudrait éviter de les recaser ailleurs où ils ne manqueraient pas de refaire le même dommage que ce qu'ils ont réussi à faire à l'éducation. Le résultat immédiat serait une augmentation du taux de chômage dans la belle ville de Québec, mais comme il n'est actuellement que de 4 %, on ne sentirait pratiquement pas l'augmentation.

Qu'est-ce qu'on ferait des écoles? On les laisserait s'administrer, une par une. Ce qui permettrait de savoir rapidement lesquelles vont bien et où il faut faire des changements.

Un ministère en moins! Une ministre en moins, et un chauffeur et une voiture... Beaucoup d'économies. Un vrai coup d'air pur.

Je sens que je suis à la veille de me réveiller... mais pendant que je dors encore, qu'est-ce qui m'empêche de fermer un autre ministère? Que diriez-vous qu'on voie s'il est possible de faire la même chose à la santé... Complètement fou? Pas tant que ça. Pensez-y.
69 commentaires
  • André Bussière - Inscrit 30 avril 2010 03 h 23

    PAS PLUS DE 100 PERSONNES PAR MINISTÈRE

    Mme Payette, je me reconnais dans vos propos.
    L'Éducation transformée en agence avec pas plus de 100 fonctionnaires.
    Les programmes, les examens de ""L'AGENCE"" préparés par les meilleurs profs de leur spécialité.
    Les budgets: le ministère des finances transfère les fonds à chaque école par informatique à chaque mois.
    La même chose à la ""SANTÉ""
    Les budgets: le ministère des finances transfère les fonds à chaque établissement de santé par informatique à chaque mois.

    Désolé pour vous chers fonctionnaires de l'Éducation et de la ""SANTÉ""

    ANDRÉ BUSSIÈRE B.S.A.
    Montréal

  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 30 avril 2010 04 h 20

    Rafraîchissant, pour une fois!

    Bien sûr on a eu droit au sempiternel "Charest bashing", mais la sortie contre ce monstrueux ministère est bien sentie et d'autant plus remarquable sous la plume de la vieille dame, qu'une bonne proportion de ce qui a généré la monstruosité de ce pseudo système d'éducation, puise ses racines dans l'idéologie péquiste. Il n'est pas inutile de rappeler que c'est le dogmatisme étroit d'un Jacques Yvan Morin ou d'un Yves Bérubé qui ont massacré tant le système scolaire pour le premier que les universités pour le second.
    Et pourtant, leurs idées partaient comme on dit d'un bon sentiment. Par exemple il fallait bien féminiser la langue des manuels scolaires mais en contrepartie, outre le fait d'engager les trop nombreux policiers de la langue scolaire qui ont retardé indûment leur publication les fonds investis sont allés au mauvais endroit.
    Il fallait parait-il, innover, apprendre à communiquer sans se soucier de la langue, brûler les classiques, et ne penser ou écrire qu'en Québécois. Il fallait " le dire dans ses mots"! Et pour cela on a eu recours à tous les Clothaire Rapaille éducationnels du temps pour se précipiter dans toutes les modes les plus farfelues dont " apprendre en s'amusant", avec la création de nouveaux services au ministère, et l'ajout des la myriade de "petits chefs" qui ont effectivement pourri le système et dont il faudrait se débarrasser pour pouvoir effectivement économiser tant en termes d'argent du reste, qu'en termes de déclin intellectuel.
    Cette mode du jeu a tellement infecté le système que la plupart des manuels sont bourrés de petits dessins et qu'ils ressemblent de plus en plus à des bandes dessinées.
    C'est sous la gouverne péquiste qu'il y a eu ces fameuses mises en disponibilité des enseignants qui ont fait que le prof d'Édu pouvait devenir spécialiste en maths du jour au lendemain.
    C'est aussi sous la gouverne péquiste qu'on a infligé la présence de la psychologie et des psychologues, ces songe-creux nébuleux dans toutes les facultés d'Éducation pour propager des niaiseries comme "l'apprentissage est un changement de comportement" et pire encore pour former des enseignants non pas en tant que dispensateurs et facilitateurs de l'acquisition d'un savoir disciplinaire, mais comme des "spécialistes" de la "gestion de classe"! Et cela prend quatre années pour former des incapables, et en plus, syndicalisme oblige, sans "brevet" du ministère, pas question d'entrer dans les classes, jusques et y compris pour les immigrants qualifiés et solidement formés ailleurs, et à qui une fois attirés ici, on dit qu'ils doivent ingurgiter les 4 années de blabla psycho-débile.

    Et on passera rapidement sur la prétendue nécessité des ordinateurs pour les enfants dont on questionne aujourd'hui l'obésité! Par contre la pléthore de fonctionnaires "spécialistes" de l'ordinatique, des didacticiels, ou de l'achat d'équipements a augmenté au fil des années.
    Le Ministère ressemble à la Grenouille de la Fable. Il s'est enflé au point où son obésité le paralyse. Il est grand temps qu'il pète et que de ce fait il permette enfin de faire des économies.
    Il fallait s'amuser qu'ils disaient!
    Par conséquent, bravo et merci Mme Payette pour cette démonstration de courage et de lucidité. Comme vous écrivez bien quand vous sortez du sectarisme politisé!

  • Andrew Savage - Inscrit 30 avril 2010 05 h 13

    LE MINISTÈRE DE L’IGNORANCE


    Vous avez bien raison de pointer ce ministère dont on a pas encore fait le décompte des dégâts qu’il a causés depuis plusieurs décennies. Le vérificateur général peut toujours fouiller les comptes, mais il ne peut pas mesurer les effets nocifs d’une instruction ratée.

    Un scandale permanent. Mais le mot scandale est banni du vocabulaire de l’assemblée nationale. Chut !

    Une chose est certaine : c’est pas demain la veille. On ne touchera à rien. Pourquoi ? Parce que la caisse de dépôt a besoin de la contribution financière de ceux qui travaillent dans ce bordel. Des milliards annuellement. Un revenu assuré, une sorte de rente sur l'ignorance qui tombe directement dans les coffres.

    Intouchable pour cause de spéculation. Le fric avant l’enfant. Le désordre éducatif on s’en fout. La vache à lait se suffit à elle même. Une vache sacrée. Il y a de l’hindouisme dans l’air…

  • Denis Paquette - Abonné 30 avril 2010 07 h 38

    quand les récoltes se font attendres

    Mme Payette votre chronique provocation de ce matin est tres rafraichissante meme si elle oblitere des aspects importants de la vie, bon il est vraie que nous sommes dans une période peut etre de dormance, mais les périodes ne se succedent-elles pas et ce depuis toujours, entre la récolte et les semences, il y a beaucoup d'efforts a déployer Enfin je comprend votre impatience, peut etre est-ce votre caractere, merci

  • Gilles Bousquet - Inscrit 30 avril 2010 07 h 42

    Bonne idée Mme Payette pour les économies mais...

    Nous allons faire quoi avec tous ces fonctionnaires excédentaires ? Les recycler dans le privé ? Qui va en vouloir ? Faudrait fermer la Ville de Québec ? M. Labeaume ne serait pas content.