L'exemple d'en haut

Certaines évidences méritent parfois d'être rappelées. C'est ce que l'ancien chef du Reform Party, Preston Manning, a fait cette semaine dans le Globe and Mail: «On peut légiférer sur l'éthique, mais pas sur l'intégrité.»

Après les manquements répétés aux règles d'éthique les plus élémentaires auxquels on a assisté depuis un an et demi, il est certainement désolant que l'adoption d'un code de déontologie et la nomination d'un commissaire soient toujours bloquées à l'Assemblée nationale parce que le premier ministre Charest ne veut pas renoncer aux 75 000 $ que lui verse le PLQ en sus de son salaire.

Ces garde-fous peuvent être très utiles, mais ils ont leurs limites. À Ottawa, ils ne semblent pas avoir empêché l'ex-ministre d'État à la Condition féminine, Helena Guergis, de confondre l'intérêt public avec celui de son mari.

M. Manning soulignait qu'il n'existe aucun substitut légal à l'intégrité personnelle des gouvernants et à leur détermination à mettre le système politique à l'abri du favoritisme et de la corruption.

Cela n'a manifestement pas été un sujet de préoccupation pour le ministre de la Famille, Tony Tomassi. Sa soudaine volte-face sur le processus d'attribution des nouvelles places en garderie était clairement un aveu de culpabilité.

Que l'opposition exige la démission d'un ministre fait partie des figures imposées dans notre système. Cela peut arriver trois ou quatre fois par année. C'est une autre affaire quand ceux qui sont normalement ses alliés réclament aussi son départ.

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Les réactions du président de l'Association des garderies privées, Sylvain Lévesque, laissent parfois perplexes, mais sa condamnation de M. Tomassi a été sans appel: «C'est lui qui est responsable du scandale actuel.»

On peut comprendre la colère de M. Lévesque. Depuis des années, son association tente avec plus ou moins de succès de défendre la réputation des garderies privées, qui sont régulièrement accusées de rogner sur la qualité pour gonfler leurs profits, quand elles ne surfacturent pas de façon illégale en effectuant un odieux chantage auprès des parents.

Les centres de la petite enfance ont sans doute leurs défauts, mais le comportement de M. Tomassi vient renforcer les arguments de ceux qui se demandent pourquoi on ne leur confie pas les services de garde en exclusivité.

Depuis des mois, le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, somme le député péquiste de Gouin, Nicolas Girard, de répéter ses accusations en dehors de l'Assemblée nationale. M. Lévesque, lui, ne bénéficie d'aucune immunité. Va-t-il être poursuivi pour diffamation?

À l'en croire, le député de Lafontaine jouait un rôle dans l'attribution des places depuis 2003, bien avant son entrée au cabinet. «Comment peut-on expliquer qu'autant de gens proches de lui ont obtenu des permis même s'il n'était pas ministre? Pensez-vous qu'il n'a pas d'influence? C'est un des ministres qui vont chercher le plus de fonds dans leur comté», a-t-il déclaré au Devoir. «C'est lui qui est responsable du scandale actuel», a-t-il renchéri dans La Presse.

Maintenant que M. Tomassi a perdu toute crédibilité, toutes les allégations seront prises pour argent comptant. Même si c'en était un, qui va croire à un hasard si d'anciens membres de son exécutif de comté, qui ont obtenu 178 places pour trois garderies depuis 2003, ont confié la construction de l'une d'elles à un entrepreneur qui a aussi contribué à la caisse du PLQ? Ou si des membres de la famille de M. Tomassi ont aussi obtenu des contrats de construction de garderies?

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M. Charest a déclaré hier que son ministre avait toute sa confiance. Il fut un temps où il était plus rapide sur la gâchette. En mai 2003, il avait expulsé Julie Boulet du Conseil des ministres, moins d'un mois après l'avoir nommée ministre déléguée à la Santé, parce qu'elle avait accepté des distributeurs de pilules d'une compagnie pharmaceutique à l'époque où elle exerçait sa profession de pharmacienne.

Soit, elle avait réintégré le cabinet quatre mois plus tard, mais c'était dans une autre fonction, celle de ministre déléguée aux Transports. Le bilan de M. Tomassi à la Famille justifierait à tout le moins un purgatoire. À moins de vouloir ternir encore davantage l'image de son gouvernement, M. Charest aurait même intérêt à ce que ce purgatoire s'éternise.

Il est vrai que l'exemple vient de haut. Le Devoir rapportait dans son édition de mardi que bon nombre de tribunaux administratifs, qui échapperont à l'examen de la commission Bastarache, demeurent des endroits privilégiés où caser les amis du régime et que «le boss n'est pas du tout intéressé à ce que le mode de nomination soit changé».

Il n'y a là rien de nouveau. Un rapport publié en... 1987, qui s'est rapidement retrouvé sur les tablettes, concluait déjà que les tribunaux administratifs constituaient un véritable nid de favoritisme, auquel aucun gouvernement n'a voulu renoncer depuis.

Si on peut distribuer des postes de juge aux amis, comment ce pauvre M. Tomassi pouvait-il savoir qu'il était répréhensible de faire la même chose avec les places en garderie?

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mdavid@ledevoir.com
11 commentaires
  • jacques gelineau - Abonné 29 avril 2010 06 h 38

    ils savent que c'est terminé

    En effet, le refus de ce gouvernement de faire la lumière sur les scandales, les allégations de corruptions, les apparences de trafic d'influence en disent long sur leur implications et l'intérêt de démontrer pattes blanches sur leur administration. Le pire c'est que l'on est tous coupable d'avoir soit voté pour ce gouvernement ou de ne pas s'avoir déplacer pour aller apposer notre X sur le bulletin de vote. Voilà ce qui arrive a toute une société quand elle décide de laisser les opportunistes prendre le pouvoir faute d'intérêt pour la politique.
    En passant avis au libéraux, voila ce qui arrive quand l'on mise sur un candidat en fonction de son apparence plutot que de ses compétence pour représenter un parti. Ce conservateur fédéral qu'est Charest ne passait pas le test dans son propre parti au fédéral, Alors pourquoi l'avoir choisi comme chef libéral ici

  • Normand Carrier - Inscrit 29 avril 2010 06 h 50

    Jean Charest a atteint le fond du baril........

    Michel David décrit très bien le niveau de corruption et de patronage atteint sous le règne du roi Jean et des bas-fonds de l'éthique atteint ! Avec tous ce qui survient dans l'industrie de la construction , des garderies , les nominations de libéraux a tous les postes gouvernementaux et para-gouvernementaux et de l'ajustement du code d'éthique pour plaire a ses ministres , il apparait maintenant évident que Jean Charest a perverti la machine gouvernementale pour la mettre au service du PLQ et des amis de Jean Charest comme réconpense dans l'obtention de contrats ou de nominations .....On se souvient que Jean Charest et Thierry Vandal se servaient a même la petite caisse de l'Hydro-Québec pour accorder de forts montants a leur Alma maters .......

    Durant dix ans , ce premier ministre de la grande transparance a caché aux contribuables qu'il recevait un salaire de $75,000. de son parti donc de la caisse électorale du PLQ , donc des namis libéraux qui s'assurent d'un retour d'ascenceur et dont Jean Charest est redevable ! Il nous prive d'un code d'éthique car , Jean Charest refuse de renoncer a ce salaire ..... Cela démontre que l'intérêt commun lui importe peu et que sous sa gouverne seul l'intérêt des namis libéraux lui importe !

    Il ne faut pas être devin pour voir qu'une enquête publique et indépendante crée chez Jean Charest une peur terrible car il connait tous les squelettes cachés dans le placard ..... Mais la situation de suspicion , de cynisme et de perte de confiance envers son gouvernement aura des effets dévastateurs ! En prime Pauline Marois affirmait que de toutes facons , une enquête publique sera effectuée dès qu'elle sera au pouvoir car il faudra nettoyer ce système pourri et assainir le climat et raffermir toutes les lois qui touchent a l'éthique et au lobbying ......

    L'héritage de Jean Charest sera bien mince et se résumera a celui qui a le mieux récompensé ses namis et lors de son règne tout y a passé , magouilles , collusions , corruptions et le championnat des nominations partisannes ! C'est un bien triste spectacle et les dégats prendront du temps a réparer .....

  • Nunu - Inscrite 29 avril 2010 07 h 48

    Bravo.

    Bravo Mr. Gélineu,je suis tellement d'accord avec vous.Tous les journalistes devraient le répéter sur toute les tribunes,peut-être que ça réveillerait le monde qui dorme au gas depuis trop longtemps.Bravo.

  • Paul Verreault - Inscrit 29 avril 2010 08 h 20

    Accusé choyé

    La Commission Bastarache n'est qu'un écran de fumée et le "Juge" a manqué de jugement en acceptant ce mandat, une Commission pour faire diversion. Le cas ne fut pas assez dénoncé, il s'agissait d'un accusé (John-James) qui non seulement choisit son Juge mais aussi sur quoi on va enquêter...

  • Andrew Savage - Inscrit 29 avril 2010 08 h 33

    DORMIR



    Il est vrai qu’il y a quelque chose d’odieux dans l’utilisation du trésor public à des fins personnelles ou partisanes. Le politicien se présente devant l’électorat comme un représentant des intérêts de l’ensemble des électeurs. Vainqueur, il a la possibilité unique de transférer une portion des fond publics directement dans ses poches.

    L’électeur se fait prendre à chaque fois. Et si le gouvernement est majoritaire, il devra subir ce gouvernement pendant 5 ans. Ce qui est évidemment trop long à l’ère électronique.

    Collusion, péculat, malversation, prévarication, forfaiture et déprédation sont autant de termes qui décrivent les actions criminelles possibles de ceux qui ont accès au trésor de l’état.

    Ces gestes, en plus d’être difficiles et coûteux à prouver devant un tribunal compéten ; voilà qu’on doute aujourd’hui de la neutralité des juges.

    Proposer comme remède un commissaire à la déontologie, ou à l’éthique, pour corriger la situation est ridicule et faiblard. C’est le code criminel qui devrait être révisé, et le peines ajustées à la gravité de ces crimes. Et encore là…

    Quand le trésor public est dilapidé arbitrairement, et que les juges perdent de leur crédibilité, on a là des signes sûrs que les mœurs sont atteintes ; la moelle de l’os.

    Et là, quand on en est rendu là, seuls des moyens radicaux peuvent arriver à changer, pour un temps, le mauvais esprit qui traverse toutes les couches sociales. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

    Les méchants peuvent dormir en paix ; les bons dorment même quand ils sont éveillés.
    Le courage de la liberté semble appartenir à la mythologie des siècles passés, sûrement pas au temps présent. Dommage.

    L'exemple ne vient pas seulement de haut, mais aussi de loin, des profonduers de la nature humaine.