Théâtre - Jamais entendu, jamais vu: Jamais Lu!

Au téléphone, la voix de Marcelle Dubois résonne avec assurance. Elle en est aux derniers préparatifs de la neuvième édition de ce Festival du Jamais Lu qu'elle tient à bout de bras depuis les tout débuts... et elle a tout à fait raison d'être fière du travail accompli. À compter de 20h vendredi soir, et jusqu'au 8 mai, 20 dramaturges d'ici et d'ailleurs servis par plus de 100 comédiens-lecteurs viendront témoigner par leurs textes encore jamais lus des changements profonds qui agitent la société québécoise.

«Ce qui me frappe, cette année, explique Marcelle Dubois, c'est de voir à quel point le territoire imaginaire s'est considérablement élargi depuis les débuts du festival alors qu'il nous fallait solliciter des textes un peu partout. C'est le contraire maintenant: nous en recevons tellement qu'il nous faut choisir... Tous les textes que nous avons reçus cette année redéfinissent en quelque sorte la question identitaire et la société en général. Ils font la preuve que nous sommes face à une nouvelle génération d'auteurs et que leurs préoccupations ne sont plus tout à fait les mêmes. Dans la très grande majorité des histoires qu'ils nous proposent, on parle de personnages en déplacement et d'immigrants qui cherchent à s'intégrer ici et à définir un nouveau noyau social.»

Il faut dire aussi que le Jamais Lu s'est beaucoup transformé au fil des années trouvant les moyens d'enrichir sa programmation en habitant de nouveaux lieux et en lançant, toujours autour de la lecture de textes inédits, de nouveaux types d'événements. Les premières éditions avaient lieu, rappelons-nous, dans un petit café vite bondé, rue Saint-Denis, face à l'École nationale de théâtre. Lorsque le festival est passé en plein coeur du Plateau, à l'O Patro Vys avenue du Mont-Royal, il est venu s'inscrire dans un milieu fertile qui l'attendait; à partir de ce moment, le Jamais Lu est devenu un événement très couru.

La chose est encore plus évidente depuis quelques années maintenant que la salle du TNM fait partie du réseau du festival avec, aussi, le tout nouveau lieu des Écuries qui accueillera de nouveau les lectures jeunes publics et les «projets spéciaux» avec la communauté. Au TNM, l'exercice des Confessions publiques, construit cette année à partir de textes de Suzanne Lebeau, Reynald Robinson et Lise Vaillancourt, d'une part, et de Fanny Britt, Étienne Lepage et Emmanuel Schwartz, de l'autre, connaît un succès boeuf. David Savard anime cette soirée kitsch où l'on est convié, d'entrée de jeu à un affrontement public-artiste et, en finale, à un coup de foudre dramatique.

Le Jamais Lu a également trouvé le moyen de créer des liens avec les jeunes auteurs de la relève en s'associant au Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec (RIASQ) et à déborder intelligemment de son cadre en proposant des débats avec le public après chaque lecture et aussi des tables rondes fort animées sur des sujets souvent trop brûlants pour que l'on en parle ailleurs. Cette année, par exemple, Paul Lefebvre invitera cinq auteurs à s'expliquer sur leurs motivations à l'écriture dans le cadre de «Écrire: rencontrer ou confronter».

Depuis quelques années aussi, le festival invite un auteur étranger: cette année, c'est le dramaturge chilien Ramón Griffero qui viendra parler du Chili qu'il a trouvé à son retour d'exil à la fin de la dictature de Pinochet. Avec une équipe de comédiens d'ici, il orchestrera une soirée construite d'extraits de textes permettant de saisir les grandes tendances de la nouvelle dramaturgie chilienne.

«Il aura fallu cinq ans avant que nous recevions le soutien des gouvernements, mais maintenant ça y est, reprend Marcelle Dubois: le festival roule sur un budget de 100 000 $ qui nous permet d'inviter 108 artistes. Le CAC, le CALQ, Patrimoine Canada et le Conseil des arts de Montréal nous aident tous, et ça tombe fort bien puisque nous cherchons encore la façon d'aller plus loin pour notre dixième anniversaire, l'an prochain... puisque nous n'avons surtout pas l'idée de faire une rétrospective du chemin parcouru. Remarquez que ça pourrait être intéressant — Évelyne de la Chenelière, Francis Monty et Fanny Britt étaient des premières éditions —, mais nous voulons inscrire encore plus la relève dans le paysage culturel montréalais élargi. Trouver de nouveaux alliés aussi. Et peut-être, qui sait, aller voir à l'autre bout de la 20 pour notre 10e et, pourquoi pas, essaimer dans les régions pour notre 20e!»

On souhaite être encore là pour voir ça prendre forme!

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En vrac

- Les finissants de l'École nationale de théâtre présentent, à compter de ce soir et jusqu'au 1er mai, leur tout dernier exercice public: Kliniken du Suédois Lars Norén, un texte qui se passe dans la salle commune d'un hôpital psychiatrique. Gill Champagne signe la mise en scène de cette pièce qui pose une question grave: qui décide qui est malade et qui est sain? Comme le veut la tradition, les représentations sont données dans un lieu non théâtral; cette fois-ci, dans un loft situé dans l'est de la ville et plus précisément au 2055-A, rue Desjardins (métro Pie IX). On se renseigne au 1 866 844-2172.

- Ce soir et demain seulement, à 19h30, la Salle Fred-Barry du TDP propose la reprise, pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, de Slague - L'histoire d'un mineur de Mansel Robinson, une production marquante du Théâtre du Nouvel-Ontario. C'est Jean-Marc Dalpé qui a traduit le texte et qui joue ce solo «sympathique à la classe ouvrière, mais sans lunettes roses». Geneviève Pineault est à la mise en scène.