Le début de la fin?

C'est un titre qui a été utilisé plusieurs fois en parlant du régime communiste à Cuba. Je me souviens être moi-même tombé dans le piège qui consistait à prédire la chute du castrisme, à l'époque (déjà lointaine) où, dans la foulée de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, s'effondraient, les uns après les autres, les régimes communistes honnis d'Europe centrale...

Facteur aggravant à l'époque: le régime cubain était soutenu — à coups de dizaines de milliards de dollars par année — par l'Union soviétique, jusqu'à son naufrage au début des années 1990: une aide essentielle qui s'est volatilisée avec l'arrivée au pouvoir de Boris Eltsine à Moscou.

Mais Fidel Castro — qui a vu défiler pas moins de dix présidents des États-Unis et six secrétaires généraux du PC de l'URSS — a déjoué tous les pronostics de ces brillants chroniqueurs qui avaient pensé qu'à des causes globalement semblables devaient forcément correspondre des issues semblables.

Un savant dosage, d'appui populaire plus ou moins consenti et de privations imposées — entre rationnements sévères et quadrillage impitoyable des «comités de défense de la révolution» —, a permis au régime Castro de traverser tant bien que mal ces dures années 90, rebaptisées «période spéciale en temps de paix».

Puis, à l'orée des années 2000, un nouveau bienfaiteur — lointain successeur de l'URSS — est tombé du Ciel: Hugo Chávez, avec son argent du pétrole, son prosélytisme régional et son idéologie de plus en plus proche de celle de «l'ami Fidel».

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Quels sont donc les éléments nouveaux qui ramènent en 2010 les prédictions sur la fin proche de ce régime de parti unique, régulièrement mis à l'index par Amnistie internationale, Human Rights Watch et Reporters sans frontières?

Cuba se trouve aujourd'hui dans une débâcle économique que les observateurs croient au moins aussi grave que celle du début des années 90: situation grosse de changement social et politique.

L'environnement agricole est très dégradé et la dépendance alimentaire envers l'étranger, énorme. Le régime a du mal à nourrir la population: il envisage par exemple d'abolir les cantines gratuites sur les lieux de travail. Les ouragans, la chute du cours du nickel, la baisse des revenus du tourisme en 2009 (après deux décennies de croissance), la diminution des transferts des «cousins» de Floride, et de ceux de l'État vénézuélien par l'entremise des fournitures de pétrole quasi gratuites: tous les indicateurs économiques sont au rouge à La Havane.

Depuis plus d'un an, l'État cubain a cessé de rembourser ses créditeurs étrangers.

Malgré tout cela, les velléités de réformes économiques libérales — le fameux «modèle» chinois ou vietnamien que l'on associait volontiers à la personne de Raul Castro — sont régulièrement inhibées, voire tuées dans l'oeuf, par les vitupérations périodiques de Fidel Castro publiées dans Granma (la «Pravda» cubaine): Fidel qui, même s'il ne gouverne plus au jour le jour, continue de jouer les «belles-mères» envahissantes...

Sur le terrain politique, quelques épisodes récents laissent penser que le régime se trouve aujourd'hui sur la défensive comme jamais.

Ce sont les grèves de la faim de plusieurs dissidents, avec un mort en février (Orlando Zapata), l'interruption violente d'une marche de protestation des «Dames en blanc» (conjointes de victimes de la grande rafle de 2003)... Et aussi, les accents critiques nouveaux de la hiérarchie religieuse: le 19 avril dans le feuillet catholique Palabra Nueva (l'unique publication non étatique qui soit légale sur le territoire cubain!), on parle d'une économie «au bord de l'effondrement». Dans un éditorial sans précédent, l'Église appelle solennellement l'État au dialogue social et à la libération de «l'initiative individuelle». Du jamais vu.

En août 1994, dans un épisode dont les Havanais se souviennent, Fidel Castro, en pleine crise des balseros (les fugitifs de la mer), était intervenu personnellement pour s'adresser, sur le Malecon — le célèbre front de mer de la capitale —, à une foule de mécontents qu'il avait «retournée» comme une crêpe, par la magie de son verbe... épaulée, il est vrai, par un imposant déploiement sécuritaire.

Aujourd'hui, cette magie n'opère plus. Même les partisans jusqu'au-boutistes de Fidel Castro reconnaissent que ce régime, tel qu'il est, se trouve en fin de course. Les Cubains croisent les doigts et espèrent simplement que le changement nécessaire sera rapide, et le moins douloureux possible.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
10 commentaires
  • Leroux,Philippe - Inscrit 26 avril 2010 08 h 29

    Les rêves de François Brousseau, cauchemars pour les cubains, sont loin de la réalité

    Monsieur Brousseau devrait lire le journal dans lequel il écrit. Il y aurait appris qu'à Cuba l'attente maximum pour une urgence est de ... 2 heures.

    S'il regardait le pays en face, il y saurait que chaque cubain a un toit, un accès totalement gratuit au système d'éducation et que pas un cubain ne souffre de la faim. Une situation qui fait rêver le demi-milliard de pauvres des Amériques, y compris du Québec ou 20% des enfants ne mangent pas à leur faim, on l'on meure à attendre sur des civières et ou l'université est en passe de devenir un jouet de luxe pour riches. Pour un pays pauvre soumis à un blocus illégal et génocidaire, on fait pire comme échec. Comme dit le diction, on voit la paille dans l'oeil du vois mais pas la poutre dans le sien.

    Maintenant pour ce qui est de la répression, quand on regarde la manifestation des dames en blancs (douzaine de femmes qui reçoivent des millions de $ des États-Unis, pays se considérant en guerre avec Cuba) et qu'on la compare avec la manifestation contre la brutalité policière qui se tenait le même jour à Montréal on voit d'un coté, à Cuba, des manifestantes arrêtées par des policières sans casque, sans bouclier et sans arme (http://www.youtube.com/watch?v=hHcY4K2cImo) et de l'autre, chez nous, des robocops qui charge la foule (http://www.youtube.com/watch?v=K3-LQRYooRc).

    Est-ce qu'à la vue de ces deux vidéos, monsieur Brousseau est prêt à qualifier Montréal de dictature violente comme il le fait avec Cuba malgré le fait que les policiers y sont beaucoup moins violents ?

    Et pendant qu'on y est, à quelques kilomètres de Cuba, se situe un pays, le Honduras, ou plusieurs journalistes ont été assassinés dans les dernières semaines parce qu'ils dénonçaient les abus du pouvoir issu d'une élection bidon tenue en plein coup d'État militaire. Et monsieur Brousseau n'en a pas dit un mot dans Le Devoir pas plus qu'à Radio-Canada ou il oriente le travaille des journalistes internationaux.

    Comment se fait-il que monsieur Brousseau s'acharne sur Cuba, seul pays de l'Amérique Latine ou jamais un journaliste n'a été assassiné depuis 1959, et n'ait pas un mot pour le Honduras ? Se peut-il qu'il s'intéresse plus à ramener Cuba dans le giron capitaliste que de la vie et les libertés de ses collègues ?

  • Pierre Rousseau - Abonné 26 avril 2010 11 h 21

    Oeillères

    Il serait peut-être temps d'être un peu plus objectif quand on parle de l'Amérique latine de gauche. D'abord, il est vrai que Cuba souffre d'un déficit démocratique assez important mais ce pays a fait des progrès considérables pour sa population dans les « vraies affaires » comme la santé, l'éducation et le logement, comme le mentionne M. Leroux. Mais il y a plus grave. La désinformation vient souvent d'agences de presse comme l'Agence France-Presse (AFP) qui parle toujours de la « gauche radicale » d'Amérique latine quand ils parlent des pays comme l'Équateur, la Bolivie et plusieurs autres pays d'Amérique du Sud. Par contre quand ils parlaient des États-Unis de GW, ils ne mentionnaient jamais la « droite religieuse radicale ».

    Je conviens qu'un éditorial peut être plus tendancieux qu'une nouvelle car il s'agit d'une opinion, mais il faudrait quand même respecter un peu le lecteur et donner les deux côtés de la médaille. Pour en revenir à Cuba, le déficit démocratique doit se discuter dans l'espoir que la situation s'améliore dans l'avenir mais il y a beaucoup d'autres pays qui ont un problème semblable ou pire. M. Leroux parle du Honduras, qui est un excellent exemple de déficit démocratique causé par un coup d'état de la droite, mais on peut aussi parler du Mexique où la guerre contre le narco-trafique cause des milliers de morts chaque année et où la corruption est un obstacle à toute tentative d'améliorer la situation. On pourrait donner beaucoup d'exemples à droite comme à gauche du spectre politique mais ce que nous avons besoin c'est d'une information claire, objective, équilibrée et surtout, pas biaisée.

  • Charles Dubois - Inscrit 26 avril 2010 14 h 39

    La défense du totalitarisme de M. Leroux

    On aura tout lu..

    Il y a encore des individus sans scrupules prenant la défense de l'indéfendable..

    La liberté d'expression et de pensée n'est pas une valeur importante pour quelques idéologues de l'extrème gauche et ils sont prêts à critiquer ceux et celles qui ne désirent qu'un petit vent de liberté..

    Félicitations pour votre compassion avec les Cubains épris de liberté...

    Pour ces idéologues.. la lutte des classes prime et s'il faut brimer les libertés civiques et les droits de la personne..pas de problème!

    Bravo M. Leroux! Vive le totalitarisme au nom de la lutte des classes..

    Pendant ce temps à Cuba, les apparatchiks vivent dans de belles demeures et rigolent...

    Les dirigeants cubains décident ce qui est bien pour le petit peuple et privent celui-ci de leur droit le plus élémentaire!

    Le plus loufoque est le fait qu'il y a un parti politique au Québec ( QS) prenant parfois Cuba comme modèle..

  • Leroux,Philippe - Inscrit 26 avril 2010 15 h 41

    Monsieur Dubois

    Il est toujours facile de monter sur ses grands chevaux et de s'offusquer d'absolus.

    Ceci dit, je me suis permis d'apporter une contre opinion à celle de monsieur Brousseau et d'appuyer mon opinion avec des éléments factuels.

    Je n'en retrouve aucun dans votre message, beaucoup de croyances mais pas de faits.

    Je sens même poindre une certaine aspiration à effacer une bonne fois pour toutes toutes ces idées gauchisantes, en toute liberté, j'imagine.

    J'ai vécu des années à Cuba et vous seriez surpris d'apprendre que par beaucoup de points, Cuba est plus démocratique que le Québec. Savez-vous que chaque élu doit se présenter aux 6 mois devant la population qui peut le démettre sur une majorité simple lors de ces assemblées de citoyens ?

    Chiche qu'on fasse la même chose avec nos députés...

    Savez-vous également que selon Amnistie Internationale, Cuba a un meilleur bilan en terme de Droits de l'homme que tout le reste de l'Amérique Latine mais également un meilleur bilan que le Canada.

    Peut-être que votre haine de la gauche vous aveugle un peu trop...

  • elgoyabero - Inscrit 26 avril 2010 16 h 29

    REPONSE A CES MESSIEURS

    Cette réponse s'adresse aussi bien a Mr Dubois qu'à son ami Rousseau, 2 compères parmis tant d'autres vivant gracement depuis leur plus tendre enfance dans l'opulence et l'abondance de tout. De quel droit vous donnez votre avis et jugez un pays qui au demeurant est très beau et sa manière de vivre, sa politique et ses conditions de vie. Vous, capitalistes insidus dont le seul vrai problème consiste a avoir un barbecue plus gros de celui de votre voisin!!! Que connaissez vous du système médical cubain? vvous étrangers aui avec vos dollars bénéf9icier de passe droit qu'aucun cubain ne peut espérer? Et vous, l'anticommuniste qui critique ouvertement la politique de la famille Castro. Vous qui visiblement du haut de votre compte en banque cossus critiquez sans vergogne. N'avez que si peu d'argent que vous ne pouvez vous offrir une autre destination que Cuba? Ni toi le capitaliste honteux, ni toi le faux communiste ne connaissez la vie à Cuba des cubains, Alors de grace messieurs les abonnés du tout inclus dans un environnement paradisiaque continuez à visiter ce beau pays si le coeur vous en dit ou cassez votre tirelire pour une autre destination latine mais gardez pour vous ces jugements superflus et tout à fait subjectifs. laissez aux cubains le soin de choisir leur vie et leur avenir. Si à tout hasard vous étiez interessés à connaitre de façon plus objectives les conditions de vie là bas, adressez vous à des cubains ou continuez à vous disputer la grandeur de votre barbecue de votre gazebo et la prix de vente de vos voiture.
    Aucun de vous chers capitalistes cossus n'a l'idée de la lutte des classes, la lutte pour la liberté, la défense du drapeau national.....
    Petits bourgeois dont les uns se font défendeurs d'une cause qui leur inconnue et que à aucun moment ils ne pourraient donner leur compte en banque bien garni ou leur vie à la lutte d'une cause juste et les autres qui se permettent de critiquer ouvertement la politique mais qui continuent à profiter des tout inclus et s'imposent que des rois (des cons) devant le peuple cubains......
    DEe grace messieurs retournez à vos barbecue madame vous attend!!!!!