Le scandale de la pédophilie et son impact sur les finances de l'Église

Devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre hier, Benoît XVI a fait part de sa gratitude à une organisation italienne luttant contre la pédophilie, Meter, dirigée par le père Don Noto, ainsi qu’à tous ceux qui se battent contre les sévices sexuels visant les enfants.
Photo: Agence Reuters Alessia Pierdomenico Devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre hier, Benoît XVI a fait part de sa gratitude à une organisation italienne luttant contre la pédophilie, Meter, dirigée par le père Don Noto, ainsi qu’à tous ceux qui se battent contre les sévices sexuels visant les enfants.

Les dons des fidèles comptent parmi les rares pouvoirs que la hiérarchie catholique n'a pas monopolisés. Choqués du scandale de la pédophilie cléricale, les catholiques vont-ils bouder les quêtes traditionnelles? D'après l'agence Bloomberg, rien de tel ne s'annonce. Au contraire, les catholiques n'ont jamais été, semble-t-il, aussi généreux.

Les journalistes Flavia Krause-Jackson et Gadi Dechter ont recueilli à ce sujet des données intéressantes aux États-Unis, en Irlande, en Allemagne et en Italie, pays fort secoués par les révélations sur le traitement donné par les autorités religieuses aux prêtres pédophiles et aux enfants qui en furent les victimes.

Aux États-Unis, les paroisses, les écoles catholiques et les évêchés dépendent en grande partie des dons des fidèles, bien que des mécènes d'autres confessions, y compris des athées, contribuent au soutien de certaines oeuvres, notamment éducatives. Depuis les révélations qui ont éclaté dans le pays, les quêtes et autres dons n'ont pas baissé, d'après un spécialiste des finances catholiques. Ils auraient même crû.

«Durant la période où les choses allaient fort mal, révèle Joseph C. Harris, les quêtes aux messes et les collectes annuelles ont augmenté.» D'après les données récentes de l'International Catholic Stewardship Council, un organisme épiscopal basé à Washington, dans les quatre années qui ont suivi les scandales du diocèse de Boston (en 2002), les dons ont augmenté de 18,8 %, atteignant 7,7 milliards de dollars.

Les fidèles des États-Unis sont parmi les plus généreux de l'Église catholique. Quelque 22 millions de familles et de ménages affiliés à cette confession ont — en 2006 — donné en moyenne 317 $, selon les calculs de Harris. Pareille fidélité à l'Église ne signifie pas, pour autant, que la pédophilie ou le sort des victimes soient minimisés par les donateurs.

L'Église américaine a versé des milliards en compensation. Un boycottage généralisé de la quête n'aurait en rien aidé les victimes. Cela aurait, par contre, gravement miné nombre d'oeuvres telles que les écoles catholiques, fort importantes en milieu défavorisé de grandes villes.

En somme, les fidèles ne donnent pas d'abord à l'institution, mais à ses services. Telle est du moins l'interprétation qu'en donne à Bloomberg le directeur du Survivors Network of those Abused by Priest (SNAP), David Clohessy, qui reste toutefois sévère à l'endroit de la hiérarchie.

«Pas un seul évêque catholique sur la planète ne conduit une plus petite auto, ne lave lui-même son linge, ne prend moins de vacances ou n'a subi de conséquences tangibles», dit-il, évoquant l'existence souvent tragique que des victimes ont menée jusqu'à l'âge adulte. (Quelques dignitaires ecclésiastiques, avouant une conduite fautive dans leur vie personnelle, ont cependant démissionné. Le plus récent cas vient de survenir en Belgique.)

Ailleurs dans le monde

En Allemagne, pays où l'État remet une taxe d'Église, les paroissiens ont augmenté leur contribution de 21,6 % en dix ans, pour atteindre 5,1 milliards d'euros en 2008. Une controverse y continue, cependant, à propos de la gestion, en 1980, d'un cas de prêtre récidiviste par l'archevêque de Munich, Joseph Ratzinger, l'actuel pape. En Italie, d'après les statistiques officielles, les dons ont augmenté de 32 % en dix ans, pour atteindre 1 milliard d'euros en 2008.

En Irlande, pays encore très catholique où le même scandale secoue aussi le gouvernement et toute la société, on note également une progression des dons. Ainsi dans le diocèse de Dublin, qui compte plus de 200 paroisses, ils ont été de 61,4 millions d'euros en 2009, par rapport à 61,1 l'année d'avant et à 47,6 en 2003.

Des poursuites contre le Vatican?

Cette crise aura-t-elle un effet sur les finances du Vatican? La papauté ne vit pas que des dons en provenance des Églises nationales. Elle finance aussi son gouvernement, la curie romaine, à même les revenus qu'elle tire de son patrimoine. Ces revenus ont baissé avec la récession mondiale. Mais le «denier de saint Pierre», qui vient des fidèles, a lui aussi régressé.

Au dernier rapport paru en juillet, le Vatican n'a obtenu de cette source-là que 76 millions de dollars (US) en 2008, alors qu'il en avait reçu 102 millions deux ans plus tôt. Or, Benoît XVI, moins charismatique que son prédécesseur Jean-Paul II, fait maintenant l'objet non seulement d'attaques dans les médias, mais aussi d'une spectaculaire poursuite aux États-Unis.

L'affaire instruite à Milwaukee met en cause des enfants qui auraient été molestés dans un orphelinat pour sourds. Leur avocat prétend que les autorités du Vatican ont failli à leur devoir de sanctionner les auteurs de ces crimes. Il allègue que les prêtres et les évêques sont des employés du Vatican et qu'à ce titre leurs fautes sont aussi imputables à leurs supérieurs romains.

Rome reconnaît que les prêtres fautifs et leurs diocèses sont comptables devant la justice civile. Mais l'avocat du pape et des cardinaux visés dans cette poursuite plaide que le Vatican, État souverain reconnu par plus de 170 pays, jouit de l'immunité diplomatique, et qu'il échappe donc aux poursuites à l'étranger.

Il n'est pas impossible que la justice américaine donne raison au Vatican. Toutefois, Rome ayant longtemps prétendu que ces crimes relevaient de la justice ecclésiastique, sa crédibilité ne sera pas grandie en invoquant, pour échapper à sa responsabilité, le privilège de l'immunité des États civils. Si le pape seul peut sanctionner un prêtre ou un évêque, comment pourrait-il échapper à la responsabilité qui découle d'un tel pouvoir?

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Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
5 commentaires
  • Democrite101 - Inscrit 26 avril 2010 07 h 54

    Que l'Église rembourse ses victimes

    Si l'argent rentre encore, alors l'Église peut rembourser ses victimes.

    En plus, si l'argent rentre, les catholiques devraient seuls financer leur instruction religieuse, dans les lieux de culte, et non dans des écoles subventionnées. Le cours «Éthique et culture religieuse» est une subvention déguisée aux croyants. Inadmissible.

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique

  • Marie-France Legault - Inscrit 26 avril 2010 08 h 53

    Aider les victimes.

    Toutes les victimes des prêtres pédophiles ont besoin d'aide psychologique. Pour s'en sortir, elles ont besoin de psychologues et d'une thérapie. Et cette thérapie n'est pas gratuite. Les services d'un psychologue ça se paye. La compétence et les qualifications d'un intervenant, peuvent aller jusqu'à $100. pour une heure. Cependant, c'est bien peu, pour tout le mal qui a été fait à ces enfants devenus adultes. Certains adultes ont été blessés à "mort"....ils sont parmi nous, souvent dans l'anonyat le plus total. La culpabilité et la honte les empêchent parfois de démasquer, dénoncer les prédateurs. Ceux-ci ont bénéficié du silence coupable des autorités qui les excusaient et préféraient ignorer le problème pour sauver la RÉPUTATION de l'Église. Un comportement anti-chrétien, anti-évangélique....
    On peut mentir un certain temps mais pas toujours...

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 26 avril 2010 09 h 42

    Charitter bien ordonner commence par soi même le peuple

    Charité bien ordonner commence par soi même le peuple
    Que l’Église Catholique Romaine remettre l’or, les galions remplient d’or, les galions remplient de statuettes d’or païennes, les trésors volés par les siècles passé au nouveau monde au nom de la conversion de ses indiens, de ses païens! L’Allemagne suite à la deuxième guerre mondiale a été obligée de remettre les trésors volés à d’autre pays d’Europe? L’Église catholique Romaine ainsi que le Vatican ne sont pas au dessus des Hommes, de la justice Internationale surtout qu’elle a le culot de dire au monde que voler est un péché! L’église Catholique Romaine deux millénaires d’obscurantisme envers l’homme avec un grand H! Le Vatican est un système hypocrite un ou le plus riche sur la planète et il on le culot de nous quêter!

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 26 avril 2010 11 h 18

    Ton Dieu de dit l'Église Remet à César ce qui appartient à César

    Ton Dieu de dit Remet à César ce qui appartient à César l’Église Catholique Romaine

  • pierre m de ruelle - Inscrit 26 avril 2010 17 h 40

    l'argent n'achete pas tout!

    il n'y a pas d'argent qui peut reparer ce que les victimes ont subi. on devrait pendre ces abuseurs par la ou ils ont peche...