Taux sous pression

Le message est on ne peut plus clair. Le prochain geste de la Banque du Canada sera une hausse du taux cible à un jour. Ce mouvement était attendu, et déjà anticipé sur les intervalles de plus long terme, si l'on se fie aux ajustements apportés dernièrement à la grille de taux hypothécaires. Dans les prochains mois, l'essentiel du mouvement haussier qui se dessine se fera ressentir sur les taux à la consommation, dont les prêts et les marges de crédit arrimées au taux préférentiel. Il faut espérer que les banques ne s'emballeront pas trop vite avec cette reprise, certes plus forte que prévu dans sa phase initiale, mais largement nourrie par les stimulants gouvernementaux.

Pressenties depuis plusieurs mois, les pressions haussières sur les taux d'intérêt prennent désormais forme. Mardi, en maintenant son taux directeur inchangé à 0,25 %, la Banque du Canada a clairement annoncé ses couleurs en déclarant la fin de la détente monétaire. L'ampleur et l'étendue du resserrement seront désormais fonction des prévisions concernant l'activité économique et l'inflation.

Évidemment, les regards sont naturellement portés vers les taux hypothécaires. Or ces taux, dans leur version fixe, sont plutôt influencés par le marché obligataire. Et rappelons que les banques ont déjà ajusté plus que nécessaire les échéances de plus long terme, par «mesure préventive» en cette haute saison immobilière, en gonflant notamment l'échéance de cinq ans, la plus prisée auprès des acheteurs immobiliers désirant geler leur taux dans un environnement haussier.

Il a été dit il y a moins de deux semaines que les établissements financiers jouaient à plein le jeu des anticipations avec leur grille de taux hypothécaires. Deux hausses de l'ensemble de leurs taux en moins d'un mois, dont une poussée en deux temps de 85 points de base, à 6,1 %, pour la populaire échéance de cinq ans, ne trouvent aucune explication sur le marché obligataire, où les rendements sont plutôt stables depuis la fin de 2009. Et où le rendement de référence à cinq ans (selon l'univers DEX) oscille autour de 5,2 % depuis quatre mois, soit 200 points de plus que l'obligation du gouvernement du Canada de même échéance. Il faut donc trouver la justification dans les projections des marchés qui, au Canada, incorporent déjà un scénario de hausse du loyer de l'argent.

Selon la dernière mise à jour du Groupe financier Banque Nationale, il y a très peu de mouvement à prévoir dans les échéances de cinq ans et plus. Le taux sur une obligation du gouvernement du Canada à cinq ans, à 3,1 % présentement, devrait être de 70 points plus élevé dans un an. Celui à dix ans augmentera d'à peine 30 points dans un an et celui de 30 ans, de 25 points dans l'intervalle. Pour reprendre le jargon obligataire, un aplatissement de la courbe de rendement est à prévoir.

Le prochain coup d'assommoir va être asséné aux taux à la consommation, dont l'impact se fait sentir sur les prêts à la consommation, les marges de crédit et les taux hypothécaires variables. Selon le scénario le plus répandu, le taux cible à un jour de la Banque du Canada devrait se situer à 1,5 % au début de 2011 et s'y maintenir pendant une partie de l'année. La Nationale a proposé hier une projection situant le taux cible à 2,25 % au début de l'an prochain, puis à 2,75 % à la fin de 2011. Avec un taux préférentiel présentement à 2,25 % conservant un écart de 200 points, on obtient un taux de base cible dans un an oscillant entre 3,5 % et 4,25 % selon le scénario retenu.

Cet emballement du loyer du crédit, hypothécaire et à la consommation, apparaît pourtant prématuré à la lumière des prévisions et dans un contexte de parité entre les dollars canadien et américain. La Banque du Canada se montre la plus optimiste des prévisionnistes, avec une croissance attendue du PIB de 3,7 % en 2010. La banque centrale s'est dite surprise par la poussée plus forte de la phase initiale de la reprise, une poussée, faut-il le rappeler, nourrie par les stimulants gouvernementaux. La banque centrale parle d'une croissance de 3,1 % pour 2011, et de seulement 1,9 % en 2012.

Partout ailleurs, on parle de risque encore élevés. L'incertitude est grande en Europe. Aux États-Unis, on déplore encore une reprise avec lente amélioration du marché de l'emploi, pendant que la Chine est menacée de dérapage.

Les bulles apparaissent ici et là, avec un marché immobilier montrant des signes de surchauffe tant en Chine qu'au Canada. Sans oublier l'inquiétude concernant la dette souveraine et les déboires contagieux de la Grèce risquant d'embraser l'ensemble de la zone euro. Sans oublier la flambée du cours des matières premières, attisée tant par la soif de la Chine que par la spéculation. Par exemple, on observe une multiplication par 2,5 du prix du pétrole depuis la fin de 2008, et une multiplication par 2 du prix du fer et d'autres métaux de base.

Et dire qu'à l'exception de l'Asie et, peut-être, du Canada, la reprise se veut particulièrement hésitante et plutôt molle.

Bonne chance à tous!