Oui, je serai septuagénaire demain: alors, que dire d'une rente?

Je viens de lire votre chronique du 20 février dans Le Devoir, «Mes revenus réguliers à la retraite...», qui me laisse sur ma faim. Mais j'ai beaucoup appris de vous, dans Le Devoir et à Pro-Placement, et j'ai confiance en vous. Mais je ne suis pas un wiz kid de la finance comme vous.

Je vous ai déjà demandé un plan de match et vous m'avez répondu, bien que je n'aie pas beaucoup d'économies. Je travaille toujours à temps plein, je cotise le maximum à mon REER (Épargne Placements Québec, actuellement

90 000 $, et Disnat, 25 500 $, depuis que j'essaie de vous suivre...), à mon CELI (Disnat,

10 000 $ à compléter en 2010), j'ai réduit mon train de vie, j'ai de petits comptes chez Computershare et CIBC Mellon et un assez bon compte chez ING Direct. Je touche déjà mes prestations de la Sécurité de la vieillesse et ma rente du Québec. Grâce à vos bons conseils, j'ai découvert la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) et je suis inscrite sur une liste. Ce dont vous avez parlé, les résidences du réseau En harmonie, s'adresse aux personnes en légère perte d'autonomie et ne constitue pas une économie par rapport à ce que j'ai maintenant. Je voudrais prendre ma retraite l'été prochain et, tant que j'en aurai l'énergie et le goût, prendre un autre emploi à temps partiel (deux jours par semaine) pour sortir de chez moi et demeurer active. Je voudrais surtout m'organiser pour me SIMPLIFIER la vie (les calculs...) et gérer le petit budget mensuel dont je disposerai pour vivre. Je sais que, dans ma 71e année, je devrai convertir mon REER en FERR et décaisser progressivement à compter de 2011 (en commençant en début d'année (?) et décaisser le minimum chaque mois.

La grande demande... Comme je ne connais pas de planificateur financier indépendant (qui ne vend pas les produits de son employeur) et que, même avec les questions qu'on nous dit de poser à celui qu'on interroge avant de retenir les services de qui que ce soit, accepteriez-vous, moyennant rémunération forfaitaire, de me faire un plan SIMPLE à exécuter? Dans l'affirmative (dit-elle, optimiste), quelle serait cette rémunération? Et dans la négative, combien (une fourchette...) un planificateur financier peut-il exiger dans un tel cas?

Oui, je serai septuagénaire demain. Je suis en bonne santé et je n'ai aucune dette. J'ai besoin de précisions sur la rente viagère que vous «tassez» toujours du bout du pied. Je sais bien que, lorsque les taux d'intérêt sont faibles, les prestations de la rente seront moins élevées. Je ne sais pas s'il y a rajustement automatique lorsque les taux remontent ou si ce qu'on obtient à la signature de la rente est inscrit dans le ciment et ne change jamais.

Je ne sais pas non plus si un REER composé de nombreuses obligations à taux progressif chez Épargne Placements Québec, dont les montants et les échéances varient, peut se convertir en une rente viagère... sans trop de pénalité, il va sans dire.

Oui, il faut préserver son capital le plus possible et le plus longtemps possible, mais une personne seule (pas de parents, de frères, de soeurs, d'enfants) et sans caisse de retraite d'un employeur peut bien profiter de son REER-FERR ou (?) rente viagère sans solde de capital au décès, non? Un montant égal, chaque mois, sa vie durant, sans devoir renégocier et en payant moins d'impôt, me semble-t-il?

J'ai déjà écrit à Épargne Placements Québec pour demander comment on passe du REER au FERR et au décaissement. Non, je ne leur ai pas parlé de rente viagère... On m'a répondu et, le temps venu, je sais avec qui communiquer. Dans le plan à établir par EPQ et moi, je voudrais décaisser progressivement toutes les obligations, sauf une qui viendra à échéance en mai 2016 et qui totalisera alors près de 80 000 $ que je convertirai en rente viagère. Je voudrais toucher un montant égal chaque mois. Est-ce utopique?

Merci.

Sophie


Pour répondre à votre demande, et on me pose souvent la question, non, je ne donne pas de services de conseils en privé. Et je ne connais malheureusement pas de conseillers ni de planificateurs qui sont totalement indépendants, directement et indirectement, de la vente de valeurs mobilières dont les fonds communs d'investissement. Je vous invite toutefois à en rencontrer quelques-uns afin de prendre note de leurs avis et propositions. Mais ce sera à vous de trancher et de prendre les bonnes décisions.

Je suis heureux que vous soyez maintenant inscrite sur la liste pour la location d'un logement à l'une ou l'autre des résidences pour personnes âgées exploitées par la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM). Les loyers mensuels des logements de ces immeubles sont très abordables et sont au besoin ajustés à un pourcentage de vos revenus. Et je peux vous dire que ces immeubles sont généralement très bien construits.

Pour ceux qui sont à la recherche d'un condo en ville, situé près des transports en commun et autres services, les projets en cours de la SHDM peuvent être également très intéressants. Ces immeubles sont construits en béton et comprennent plusieurs condos de trois chambres, ce qui peut convenir aux jeunes familles. La Ville de Montréal est consciente qu'elle doit tout faire afin de retenir les jeunes familles qui, trop souvent, choisissent de migrer vers les banlieues. C'est ainsi qu'elle accorde un crédit de 10 % du prix d'achat des condos offerts par la SHDM. Ce crédit n'est remboursable qu'à la revente de la propriété ou au gré du propriétaire. En plus de rembourser le montant du crédit, le propriétaire devra aussi céder à la SHDM 10 % de la plus-value réalisée au moment de la vente. Autrement dit, la SHDM devient partenaire avec vous à l'achat du condo. Et elle le restera tant que vous demeurerez dans votre condo ou jusqu'à ce que vous décidiez de le vendre ou simplement de retourner ledit crédit à la SHDM. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter le site Web de la SHDM à l'adresse suivante: http://www.shdm.org/shdm/fr/.

Par ailleurs, je vois que vous vous préoccupez de vos économies inscrites dans le REER et investies dans les obligations de Placements Québec. Vous vous demandez comment obtenir de cet argent (près de 125 000 $ globalement) des revenus réguliers afin de maintenir un niveau de vie acceptable à votre retraite partielle. Pour ce faire, vous pensez décaisser progressivement les obligations à terme à taux progressifs de Placement Québec au fur et à mesure qu'elles viennent à échéance. Si ces obligations sont inscrites dans le FERR, les liquidités provenant de leur décaissement vous permettront d'effectuer les retraits annuels dudit régime soit selon le montant minimum exigé par la loi (pour le FERR), soit à un montant que vous jugerez opportun pour répondre à vos besoins personnels (ici, il faut planifier vos retraits de sorte que vous n'épuisiez pas trop vite votre capital).

En 2016, vous étudiez la possibilité d'utiliser les obligations d'une valeur de 80 000 $ qui viennent à échéance pour acheter une rente viagère. Il est vrai que je ne suis pas très chaud envers les rentes, vu que les taux d'intérêt sont encore très faibles. Acheter une rente équivaut dans le contexte actuel à acheter une obligation négociable à très long terme à un taux d'intérêt annuel généralement maigrichon (une fois la rente acquise, les termes ne peuvent plus être modifiés, et ce, pour la vie durant). Mais qui sait? En 2016, peut-être que les taux d'intérêt seront beaucoup plus élevés, ce qui rendrait les rentes plus attrayantes.

Par ailleurs, il y a des gens qui se sentent incapables de gérer eux-mêmes leur pécule. Aussi, acheter une rente peut très bien être une option à considérer. Dans votre cas, si vous estimez vos revenus actuels et futurs trop justes pour vous permettre de vivre à un niveau de vie adéquat, il vous faudra alors opter pour la rente la plus élevée. Cela signifie que vous devrez choisir une rente sans aucune garantie ni autre avantage. C'est le type de rente offrant la plus forte mensualité pour un montant à investir donné. Une telle rente peut très bien vous convenir puisque vous n'avez pas d'héritiers.

Cela dit, seules les compagnies d'assurance-vie offrent des rentes viagères. Placements Québec n'offre pas ce produit. Vous devrez donc encaisser les obligations chez cette dernière pour ensuite utiliser le produit pour acheter une rente auprès d'une compagnie d'assurance-vie. Notez que, dans le cas des obligations à terme à taux progressifs, vous pouvez les encaisser une fois l'an, à leur date d'anniversaire, sans aucune pénalité.

Enfin, vous devrez prendre le temps de bien magasiner auprès de plusieurs compagnies d'assurance-vie, car les rentes offertes peuvent varier passablement entre elles. Un courtier en rentes, s'il fait bien son travail, devrait être en mesure de vous dénicher la compagnie d'assurance-vie offrant la rente la plus attrayante.

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Précision

La semaine dernière, j'ai traité le cas d'une personne de 32 ans qui envisageait de quitter son employeur et qui avait le choix d'encaisser la valeur actuelle de son régime de retraite de 125 963 $ (dont 101 060 $ versés dans un CRI) ou de laisser fructifier ladite somme dans le régime de l'employeur pour pouvoir encaisser une rente annuelle de 6879 $ à partir de 50 ans ou de 13 758 $ à partir de 60 ans.

Par inadvertance, j'ai mal interprété les intentions de la personne en pensant qu'elle prévoyait de quitter son employeur dans neuf ans, soit à 41 ans, alors qu'elle disait bien dans le texte qu'elle allait le faire dans six mois.

Aussi, dans ma réponse, plutôt que d'actualiser les rentes à 41 ans, il aurait fallu le faire à l'âge de 32 ans. Ce faisant, la conclusion reste la même. C'est-à-dire qu'il est préférable pour cette personne d'encaisser la valeur de la rente, soit près de 115 000 $ (je tiens compte ici du fait que la différence de 24 903 $ non versée dans le CRI sera probablement imposable au taux marginal d'impôt) pour l'investir elle-même, probablement dans les actions de grandes entreprises et/ou dans l'immobilier, vu son jeune âge. Cela est d'autant plus vrai que les rendements composés annuels à battre (en gérant soi-même son argent) pour obtenir des rentes à 50 et 60 ans plus élevées que celles offertes par son employeur sont encore plus faibles selon les nouveaux calculs, soit 1,8 % l'an pour la rente à partir de 50 ans et 2,4 % l'an pour celle à partir de 60 ans, contre 2,5 % et 3 % respectivement auparavant.

Mes excuses.