Perspectives - Une accusation qui tombe à point

Les accusations déposées contre Goldman Sachs sont tombées à point. Avec le président Obama déplaçant jusqu'à Wall Street son pèlerinage visant à promouvoir son plan de régulation des institutions financières, le geste rapide de la SEC apporte des munitions aux démocrates.

Les médias américains font leur manchette de ces accusations portées contre Goldman Sachs et un vice-président. Les commentaires ont rapidement pris une teinte politique tellement la Securities and Exchange Commission (SEC) a pris tout Wall Street par surprise en déviant de son modus operandi traditionnel. Celle que l'on surnomme le «gendarme de la Bourse», critiquée pour son laxisme durant la crise et pour sa timidité par rapport à la spéculation, a tapé du poing avec une force qu'on ne lui connaissait pas.

Le président Obama a fait de la régulation du système financier sa nouvelle priorité. Et il ne cesse de marquer des points depuis le dépôt des accusations contre la banque d'affaires et son «fabuleux Fab». Il appert que la réforme proposée aurait permis de déjouer les plans de Fabrice Tourre qui, en substance, a concocté un produit dérivé structuré avec l'aide d'un client institutionnel jouant ce produit à la baisse, et sans que cette information sur les positions de ventes à découvert soit divulguée. Le vice-président et la banque d'affaires sont accusés d'avoir fourni de l'information trompeuse et d'avoir omis de divulguer des renseignements clés. En résumé, on offrait à la vente des produits complexes tout en pariant sur leur baisse. Goldman Sachs s'en est défendue et a réfuté les accusations.

Ce seul élément permet au clan Obama de gagner des points et des appuis, même chez les républicains. Dès mercredi, le Sénat attaquait de front le marché des produits dérivés en adoptant un texte visant à renforcer le contrôle des dérivés. À rendre totalement transparent ce vaste marché.

Mais il faut se rappeler que cet enthousiasme survient 15 ans après l'effondrement de la Barings sous l'action d'un jeune féru de l'ingénierie financière laissé sans surveillance. Ou encore sept après les pertes colossales d'Allfirst accumulées par de mauvais calculs d'un cambiste. Et deux ans après l'affaire Jérôme Kerviel, à la Société générale.

Peu de choses ont donc été faites. Et derrière les manchettes sur Goldman Sachs et les applaudissements, le projet de réforme concocté par Washington ne va pas très loin. Il ne vise pas tant à éliminer les pratiques douteuses et à rendre les institutions imputables de leur prise de risque excessive, qu'à favoriser la transparence et la divulgation.

En résumé, le projet de loi que doit défendre M. Obama aujourd'hui, dans la cour de Wall Street, prévoit la création d'une agence pour la protection du consommateur financier au sein de la Réserve fédérale. Il propose une meilleure supervision de l'immense marché des produits dérivés. Et il vise à mettre fin au sauvetage des grandes institutions financières en difficulté aux frais des contribuables. Rien d'inspirant. Tout au plus vise-t-il à doter le système financier américain d'un cadre réglementaire qui lui faisait grandement défaut.

Les banques commerciales et les autres

Pendant ce temps ailleurs, et sans endosser de facto le projet de doubles taxes évoqué par le Fonds monétaire international, les banques se préparent à l'idée d'un fonds de prévoyance visant à soutenir les institutions en difficultés. Elles s'attendent, certes, à un renforcement de la régulation et de la supervision, mais aussi à un durcissement des exigences en matière de capitalisation. Mais cela vaut essentiellement pour les banques commerciales. Quant aux autres, quant à ces banques d'affaires devenues plus grosses, à la Goldman Sachs, dont la nature des affaires consiste à recourir au levier et à adopter une attitude spéculative empruntant abondamment aux produits dérivés complexes...

Des voix s'élèvent aux États-Unis pour que l'on fasse la différence entre la taille et la réglementation. Que ce n'est peut-être pas tant la taille que la nature des opérations, la qualité du passif et la transparence du bilan qui doivent préoccuper. Mais l'on se bute au fait qu'il est question de mieux sécuriser l'épargne, par des ratios de capitalisation et par des leviers financiers plus prudents. Lorsque vient la question des banques d'affaires, d'une économie financière déconnectée de l'économie commerciale, réelle, les limites de la régulation sont vite atteintes.

On l'a vu durant les années 1990. Les régulateurs ont été pris de vertige devant toutes ces écritures hors bilan dans les finances des banques. Pour certaines banques commerciales, le hors bilan, constitué de contrats à terme, d'options et autres produits hybrides, pouvait compter jusqu'à huit fois l'actif réel, tout en échappant aux calculs des ratios et des normes de capitalisation. Le tout a été resserré. Cela a donné naissance au vaste marché de titrisation des années 2000, qui nous a montré ses ratés de manière violente.

Nous sommes condamnés à évoluer de crise en crise, disait Alan Greenspan... Tant que Wall Street aura préséance sur Main Street.
1 commentaire
  • Lucien - Inscrit 22 avril 2010 09 h 34

    mr

    federal reserve?
    Nothing is federal and nothing is reserve.
    It is a make beleive,
    It is an institution that create money out of nothing and lend it to our government when needed.
    With interest please.
    What a musical chair>
    .