Jean Charest, Gordon Campbell, même combat?

Jean Charest n'est pas le seul premier ministre à éprouver des difficultés ces jours-ci. Sur la côte ouest, les Britanno-Colombiens discutent ouvertement de la retraite du premier ministre Gordon Campbell.

M. Campbell traîne de l'arrière par 18 points par rapport à ses adversaires néo-démocrates (29 % contre 47 %). Et l'opposition officielle a gagné cinq points depuis le dernier sondage Angus Reid, une progression qui pousse de plus en plus de Britanno-Colombiens à envisager sérieusement la possibilité d'un gouvernement néo-démocrate après les élections de 2012.

M. Campbell dirige un gouvernement libéral comme M. Charest. Et comme pour ce dernier, cette étiquette est trompeuse. À une nuance près: le premier ministre Campbell n'a jamais été membre du Parti conservateur. Il n'en demeure pas moins un politicien de centre droit.

À Ottawa, où le gouvernement conservateur est minoritaire, M. Harper n'a aucun intérêt à s'attaquer au déficit. À Victoria toutefois, M. Campbell est à la tête d'un gouvernement majoritaire, comme l'est son homologue québécois. Fort, lui aussi, de trois victoires électorales successives, M. Campbell a décidé de s'attaquer de front à la détérioration de la situation financière de sa province. Très peu pour lui l'approche timide du premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, un vrai libéral, qui n'en est qu'à son deuxième mandat et en vise un troisième.

L'insatisfaction à l'égard de M. Campbell provient d'abord de sa décision d'harmoniser la taxe de vente provinciale avec la TPS fédérale. La TPS — qui a contribué à la destruction du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney — est toujours très impopulaire au Canada, ce qu'a très bien compris le premier ministre McGuinty. En Colombie-Britannique, 82 % de la population s'est opposée à la décision de M. Campbell d'harmoniser la taxe de vente provinciale avec celle du fédéral.

Il faut le rappeler, M. Campbell a sciemment trompé les électeurs. Tout au long de ses deux premiers mandats, lui et ses ministres ont constamment rejeté la possibilité d'harmoniser la taxe de vente provinciale. Ils ont maintenu cette position pendant la dernière campagne électorale.

Cela n'a pas empêché M. Campbell de changer son fusil d'épaule de manière à obtenir le 1,6 milliard de dollars de compensation fédérale nécessaire pour se protéger des attaques de l'opposition portant sur la taille du déficit. Aujourd'hui, une majorité de Britanno-Colombiens pense que lui et son parti sont arrogants et malhonnêtes.

Comme au Québec, tout n'est pas pour autant rose pour l'opposition officielle. Même avec cinq points de plus qu'aux dernières élections, plus du tiers des Britanno-Colombiens pensent que la chef du NPD, Carole James, est faible et inefficace.

Beaucoup de gens pensent que M. Campbell, comme M. Charest, ne briguera pas les suffrages de nouveau, même s'il dit aujourd'hui le souhaiter. Aux yeux des gens d'affaires, le rôle de son parti est d'abord d'empêcher la formation d'un gouvernement néo-démocrate. S'il apparaît que M. Campbell ne peut plus s'acquitter de cette mission, ils cesseront leurs contributions financières jusqu'à ce que le Parti libéral se choisisse un nouveau chef.

L'attaque contre la taxe de vente harmonisée étant dirigée par l'ancien premier ministre Bill Vander Zalm, des rumeurs annonçant la formation d'un nouveau parti politique sur la scène provinciale, avec M. Vander Zalm à sa tête, ont commencé à circuler. Pour le NPD, un fractionnement de la droite serait idéal pour décrocher une victoire aux prochaines élections.

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À Vancouver la semaine dernière, Gilles Duceppe a dû expliquer pourquoi il a voté pour la loi qui a permis à M. Campbell d'harmoniser sa taxe de vente avec la TPS. Le chef du Bloc a répondu que son but était d'appuyer le Québec, qui souhaite être indemnisé pour l'accord qu'il a signé avec Ottawa il y a presque vingt ans. Quand l'animateur a rappelé à M. Duceppe que 82 % des Britanno-Colombiens s'opposent à cette taxe, il a répondu que les députés de la côte ouest votent régulièrement des lois que les Québécois n'aiment pas. Heureusement pour lui, M. Duceppe reste le seul chef des Communes qui n'ait pas à courir les votes a mari usque ad mare.

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail

nspector@globeandmail.ca