Le devoir de tourisme

Avant de constituer la véritable industrie qu'il est devenu aujourd'hui, le tourisme a connu des débuts bien modestes au début du siècle dernier au Québec. D'abord l'apanage de la bourgeoisie, qui trouvait là un excellent moyen — et qui avait les moyens — de s'adonner à des activités de villégiature, il s'est progressivement déployé en une pratique de masse, notamment à partir de l'après-deuxième-grande-guerre, pour finalement voir s'installer une offre de voyages maintenant sans limites.

Parmi les étapes majeures de cette évolution, notons le développement des routes et son corollaire, la multiplication des moyens de transport, particulièrement la popularité croissante de l'automobile. D'ailleurs, encore de nos jours, les voyagistes ne se débattent-ils pas férocement pour obtenir qui une voie d'accès, qui une ligne de train, qui un service de navette, voire une liaison aérienne vers quelque cité attrayante? Et pour cause, car voilà la clé de toute avancée pour une destination.

Mais au-delà du chemin parcouru au chapitre des modes de déplacement, un autre élément a contribué pour une large part à l'explosion de l'industrie touristique: l'instauration officielle de congés payés obligatoires pour tous les travailleurs québécois, à partir de 1946. Et s'il n'était question alors que d'une maigre semaine de vacances, on a peu à peu introduit cette notion aux négociations patronales-syndicales dans les entreprises régies par la Loi de la convention collective. On connaît la suite.

Cette politique, qui s'avéra cruciale, allait grandement participer à une formidable poussée de croissance du tourisme, qui sera bientôt alimenté par la création d'instances gouvernementales de promotion, tel l'Office du tourisme de la province de Québec en 1961, puis par l'intégration du tourisme à différents ministères, dont Loisir, Chasse et Pêche ou Industrie et Commerce, jusqu'à la naissance d'un ministère autonome en 1984.

En outre, il ne faudrait pas sous-estimer ici le rôle qu'a pu jouer la Voirie dès le début du XXe siècle: son mandat d'«ouvrir» des routes pour relier les villages aura notamment pour effet de susciter les déplacements de toute sorte, y compris pour visiter la parenté, et, dans la foulée, de stimuler l'essor des régions.

Quant au transport aérien, il a littéralement propulsé le secteur du voyage, qu'on parle de tourisme d'agrément, d'affaires ou de famille. Ainsi, le 1er avril 1951, l'ancêtre d'Air Canada, Trans-Canada Airlines (TCA), fondé en 1937, lançait son premier vol transatlantique Montréal-Paris, tandis que la compagnie Air France avait inauguré sa liaison entre le Québec et l'Hexagone le 5 octobre 1950.

À telle enseigne que, selon l'Organisation mondiale du tourisme, les recettes internationales de cette industrie ont atteint 856 milliards $US en 2007, soit 30 % des exportations mondiales de services, et l'organisme prévoit, pour 2020 au plus tard, 1,6 milliard d'arrivées de touristes internationaux pour le monde entier.

En couverture

On imagine aisément que les médias, en écho à de tels besoins naissants dans la population, ne pouvaient rester indifférents devant toute cette effervescence, touristique, oui, mais aussi économique et sociale. Le Devoir n'y fera pas exception, qui introduira dans les années 1960 quelques pages consacrées aux voyages dans son cahier culturel du week-end. Jean Francoeur, alors directeur de l'information, souligne «la volonté de l'administration de l'époque d'élargir les centres d'intérêt du quotidien, tout en lorgnant le potentiel publicitaire rattaché à la couverture touristique, d'abord assurée par des pigistes». Il faudra toutefois attendre la fin des années 1970 pour y voir l'affectatoin d'un journaliste spécifiquement au tourisme.

Septembre 1986. La première édition trimestrielle de ce qu'on avait baptisé Le Devoir Passeport voit le jour en format magazine. Imprimé en couleur, sur papier glacé, il était illustré de moult photos de ces destinations nouvellement courues, dont certaines sont aujourd'hui si fréquentées qu'elles sont considérées comme la porte à côté.

D'un chic, pour l'époque, ce supplément au journal régulier, lui-même tout de noir et blanc encré... Trop chic? Et donc trop cher, peut-être? En tout cas, le passeport viendra à échéance après seulement quatre numéros, à l'instar d'une flopée de revues qui se sont frottées au secteur du voyage au cours des dernières décennies.

Dans Le Devoir centenaire de 2010, la section touristique publiée dans ce cahier «Plaisirs» du samedi ouvre ses pages à une équipe de collaborateurs dont la qualité du travail et le sens critique n'ont d'égale que leur excellente réputation, au-delà même de nos frontières. Ces globe-trotters n'ont de cesse d'éplucher la planète à l'affût de nouveautés et de découvertes, et en ont fait une spécialité, ce qui est loin d'être le cas pour toutes les publications prétendant assurer une ouverture touristique.

Aussi, est-il besoin de le souligner, toute destination traitée dans la partie «Tourisme» du Devoir a fait l'objet d'un reportage sur place... et récent. Les sites de prédilection de nos journalistes voyageurs? Le monde entier, rien de moins, dont ils nous livrent des morceaux d'anthologie chaque semaine. Rien de moins.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.