Les vaches sacrées

Depuis des années, les grands serviteurs de l'économie nous rebattent les oreilles sur l'urgence de sabrer les «vaches sacrées» que le Québec s'est donné et qui sont, selon eux, devenues ingérables parce que trop coûteuses. Régulièrement, les Montmarquette, Castonguay, Fortin et autres grands spécialistes nous ont tapé sur les doigts en nous disant que le moment était venu de regarder les choses en face et de remettre en question les acquis de la Révolution tranquille.

Plus récemment, les «lucides» se sont mis de la partie. Ils nous ont proposé de défoncer le mur de soutien de cette société originale d'Amérique du Nord que nous avons bâtie et de renoncer au filet de protection que nous nous étions donné.

Le déficit du Québec se creusait de plus en plus depuis 2003 et notre prétention à ne renoncer à rien de ce que nous considérions comme notre richesse collective a fait rager plus d'un défenseur de la lucidité.

Nous aurions trouvé plus juste une démarche qui aurait consisté à bien déterminer pourquoi le déficit ne cessait d'augmenter et la dette devenait monstrueuse. Nous aurions surtout aimé que le gouvernement fasse le vrai ménage qui s'impose depuis que nous savons que notre argent sert à enrichir des voleurs de grand chemin qui rient de nous et n'en font qu'à leur tête.

Comment un gouvernement peut-il se ficher de ce dossier qui sent si mauvais et continuer de défendre ses propres («propre» est un bien grand mot) méthodes d'administration? Comment peut-on accepter qu'un gouvernement se conduise comme un voyou et qu'il arrive à camoufler un gaspillage éhonté des fonds publics sans avoir à en assumer la responsabilité?

Le budget présenté cette semaine par le ministre Raymond Bachand cotise les Québécois pour 31 % du déficit. Le gouvernement prétend assumer autour de 60 % du même déficit en s'imposant des diminutions de dépenses qui, forcément, se feront dans les services qui nous touchent.

La vraie vache sacrée qu'on assassine, c'est la social-démocratie qui permettait l'éducation de toute la jeunesse, l'accès aux soins de santé et une certaine répartition de la richesse.

La droite — celle qui préfère le privé au public, celle qui préfère la réussite personnelle plutôt que l'avancement d'une société —, cette droite vient de reprendre le pouvoir. Le budget gèle le salaire des députés et des ministres... Ils veulent donner l'exemple, mais... seulement pour deux ans. Le premier ministre pourra toujours négocier une augmentation de la partie de son salaire qui lui vient du Parti libéral! Il faut ce qu'il faut.

Si j'ai bien compris, il y aura aussi une taxe spéciale dont on affirme qu'elle sera dédiée à l'entretien du système routier. Je n'ai pas pu m'empêcher d'en rire. Au Québec, on va finir par avoir des routes pavées d'or tellement on va les avoir payées souvent. Depuis trente ans, on est censé payer l'entretien du réseau routier avec une part des coûts de l'assurance automobile... Souvenez-vous... dès qu'il y a eu de l'argent dans cette caisse-là, le gouvernement a fait un véritable hold-up pour récupérer l'argent disponible et le dépenser autrement. À quoi? Personne ne peut le dire vraiment. C'est à ce moment-là que la SAAQ a commencé à avoir des problèmes. Trente ans plus tard, nous allons payer une autre fois pour des routes comme si on venait de découvrir qu'elles ont besoin d'être entretenues.

Le pire, c'est quand on réalise que l'effort qu'on nous demande de faire ne va servir qu'à combler le déficit. Que la dette va rester entière...

Vous trouvez que le service de santé ne donne pas son plein rendement? Rassurez-vous, il n'y aura rien de changé. Il va rester exactement comme il est. On ne va pas assister à des transformations des services, à une réorganisation des soins, on va juste payer les déficits. Si au moins, en échange des 200 dollars qu'on nous forcera à payer plus tard, on nous assurait que dorénavant, quand une personne est malade, elle pourrait voir un médecin à domicile au lieu de se traîner jusqu'au bureau du médecin, jusqu'au CLSC ou jusqu'à l'urgence d'un hôpital.

Tous les parents québécois ont rêvé d'études pour leurs enfants. Ceux de ma génération qui ont dû renoncer aux études faute d'argent voulaient un monde meilleur pour ceux qui les suivent. Il leur faudra encore se battre pour que les familles qui ont moins d'argent ne fassent pas instruire seulement un garçon en mettant les filles de côté. C'est trop souvent la tentation quand le prix des études augmente.

Si le premier ministre était vraiment courageux, il déclencherait des élections pour faire approuver son budget. Il aura certainement tous les votes des brillants économistes qui ont toujours le nez collé sur les chiffres. Et peut-être qu'on découvrirait qu'il y a moyen d'arriver au déficit zéro en prenant d'autres voies, en prolongeant le délai ou en retrouvant le sens de la social-démocratie...
20 commentaires
  • André Loiseau - Abonné 2 avril 2010 02 h 50

    Les vaches sacrées


    Les vaches sacrées, ce sont les privilèges des biens nantis. Ce sont à ces sacrées vaches là qu'il faut s'attaquer. Mais ils se protègent bien en faisant chanter le peuple avec leurs menaces d'aller exploiter d'autre travailleurs ailleurs, de nous mettre en chômage etc.
    Avec les travailleurs privilégiés qui ont le gun sur la fesse ou le bistouri à la main, ils font du chantage. C'est une petite dictature en sourdine au profit des puissants que le gouvernement a le "courage" de protéger.
    Je n'en reviens pas encore des sourires et courbettes de Charette et Bachand devant le patronat et les chambres de commerce qui jubilent. Et le gouvernement n'est même pas foutu de payer le système de santé, que libéraux et péquistes ont saboté, de colmater les fuites en se servant de l'impôt sur le revenu.
    La voie est ouverte pour le privé.
    Joyeuses Pâques!

  • Roger Lapointe - Inscrit 2 avril 2010 06 h 22

    Les vaches sacrées du PLQ : INTOUCHABLES!

    Les vraies vaches sacrées du PLQ au pouvoir sous le nom FABULEUX/FABULOUS de gouvernement Charest,ce sont tous ces privilèges et contrats accordés aux zamis du PLQ, généreux contributeurs à la caisse électorale à même notre argent.Ce sont tous ces contrats dans le domaine de la construction de routes et autres travaux de voirie exécutés à grand frais sous surveillance des zamis du PLQ qui se protègent entre eux pour leur plus grand bien. Ce sont aussi les mêmes individus ou entreprises qui profitent largement de lois fiscales pleines de trous pour cacher à l'étranger des milliards de dollars que nous paierons en nouvelles taxes et impôts qu'ils auront ainsi évité de payer par toutes ces entourloupettes.Ce sont finalement ,oh quelle horreur, toutes ces faveurs accordées aux zamis du parti sous forme de permis d'exploiter des garderies à chaine comme si tout le reste ne suffisait pas. Sommes nous tannés de payer pour toutes ces malversations bande de caves que nous sommes! Est ce pour se venger du peuple francophone qui ne vote pas majoritairement pour lui que ce gouvernement accorde tous ces privilèges indus aux groupes culturels minoritaires de notre Québec qui forment sa base électorale indéfectible? Il est assez scandaleux et révoltant de voir les associations patronales applaudir sans aucunes retenues les beaux discours de Bachand sur sa supposée RÉVOLUTION CULTURELLE.
    LA VRAIE LUCIDITÉ NE FAIT SUREMENT PAS PARTIE DE LEUR BAGAGE CULTUREL.

  • Alysse - Inscrit 2 avril 2010 07 h 28

    Bravo

    Merci madame Payette! Même les "moins lucides" ont été incapables d'utiliser vos lunettes en analysant le budget Charest, comme si il y avait de la complaisance dans l'air... On oublie bien vite la corruption de ce gouvernement...

  • pierre savard - Inscrit 2 avril 2010 07 h 35

    Révolution tranquille

    La révolution tranquille est morte sous le poids des dettes et de l'égoisme de classe des baby-boomers de la fonction publique. La révolution tranquille fait maintenant partie de l'histoire. C'est le temps de la révolution culturelle. Il faut jeter à bas tout cet édifice chambranlant, ne laisser que l'essentiel, faire place au privé, abolir des programmes sociaux ou faire payer ceux qui se servent des services. On devrait faire un référendum sur certaines questions: voulez-vous garder les garderies, voulez-vous abolir l'assurance-parental, voulez-vous abolir l'assurance-médicaments, voulez-vous privatiser la SAQ, etc. ? Je suis persuadé que le Peuple voudrait abolir ces "patentes" étatiques ruineuses.

  • Christian Montmarquette - Abonné 2 avril 2010 07 h 48

    La trahison politique

    LES NÉOLIBÉRAUX REPRÉSENTENT LES ENTREPRISES ET NON LES CITOYENS

    - Bachand défend son budget devant la Chambre de commerce

    C'était complètement répugnant de voir Raymond Bachand aller «se faire applaudir le budget» devant chambre de commerce pendant que le p'tit peup', lui, rageait à l'extérieur !

    La parfaite illustration de ce que je dénonce depuis 10 ans !

    - L'État allié et représentant les entreprises et non des citoyens !

    Dans cette foutue de pseudo démocratie les néolibéraux se font les représentants et les défenseurs de l'entreprise privée !

    Une véritable trahison politique !



    _______________________

    Christian Montmarquette
    Membre et militant de Québec Solidaire


    Références :


    Bachand défend son budget devant la Chambre de commerce :

    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/qu

    Finances publiques :

    «Attaquons-nous aux véritables vaches sacrées» - Françoise David

    http://www.quebecsolidaire.net/actualite-nationale


    * * *


    PQ ou Libéral… Libéral ou PQ… ? :

    Bonnets rouges … Rouges bonnets…

    Voici ce qu’écrivait Josée Legault sur son blogue :

    «Vaches à lait» ou «dindons de la farce» ?

    «RÉTABLIR L'ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE… »

    - Et tout ça pour faire quoi ?

    - Bien voyons !

    - Pour rétablir l'équilibre budgétaire !

    - Et qui l'a déséquilibré, le budget ?

    «(…) Souvenez-vous. Lorsque le gouvernement Charest a commencé à baisser les impôts - il l'a fait pour plus de $ 5 MILLIARDS seulement pour les particuliers - dans les médias et la classe politique, on s'étonnait de voir les sondages montrer que la majorité des Québécois n'en voulaient pas. C'est que déjà les gens avaient saisi ce qui arriverait si on déshabillait trop l'État... » - Josée Legault.

    - Baisser les impôts de $ 5 MILLIARDS !!! ..pour venir ensuite se plaindre que le gouvernement manque d’argent et taxer la santé ???

    – Franchement… Faut le faire !

    Mais précisions que le PQ avait fait exactement la même chose quand il avait baissé les impôts de $ 4.5 MILLIARDS ! entre 1998 et 2001 pour ensuite couper sans la santé, l'éducation et l’aide sociale…

    Ça aussi ! …Il fallait le faire !!

    Moi ! «Je me souviens»



    _________________________

    «L'autre»... Montmarquette
    Membre et militant de Québec Solidaire

    Référence :

    «Les vaches à lait» - Josée Legault : http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2010

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