Ça passe ou ça casse

La responsabilité de vendre un budget relève normalement du ministre des Finances. Pourtant, dès huit heures hier matin, le premier ministre Charest s'est présenté lui-même devant les membres de la Chambre de commerce de Québec pour expliquer comment il allait «changer la trajectoire du Québec».

L'avenir dira dans quelle mesure il en sera réellement transformé. En attendant, ce qui semblait surtout préoccuper les partis représentés à l'Assemblée nationale était plutôt l'effet que ce budget «fondateur» aura sur la dynamique politique québécoise.

On surestime souvent l'effet qu'un budget peut avoir sur l'opinion publique. La plupart du temps, il s'estompe après quelques semaines, sinon quelques jours. Il y a cependant des exceptions et celui de mardi en sera certainement une.

Même si la plupart des mesures annoncées n'entrent en vigueur que progressivement, il ne faudra que quelques jours à la population pour se faire une opinion. Après cela, il deviendra très difficilement de modifier les perceptions. Ça passe ou ça casse.

Si les Québécois acceptent l'idée qu'il faut «casser le moule», sans quoi le Québec va tout droit à la catastrophe, comme les «lucides» le martèlent depuis des années, le budget pourrait relancer le PLQ, dont le lien de confiance avec la population a été durement ébranlé par les égarements éthiques du gouvernement et le parfum de corruption qui flotte dans l'air.

Il est cependant loin d'être évident que le fruit soit mûr. Si les contribuables ont plutôt l'impression qu'ils doivent faire les frais de sept ans de mauvaise gestion libérale, comme le prétend le PQ, la descente aux enfers va s'accélérer sans grand espoir de redressement.

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Au lendemain d'un discours sur le budget, les partis se livrent toujours à un exercice de spin pour imposer leur lecture à la population, mais celui auquel on a eu droit hier était particulièrement intense.

Le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau, est sans doute un économiste compétent. Son apprentissage politique est cependant loin d'être complété. Ses calculs sur le partage des efforts imposés au gouvernement et aux contribuables sont peut-être exacts, mais ils ne passent pas la rampe.

M. Marceau a appris hier qu'il ne faut jamais envoyer une balle à circuit à un aussi redoutable frappeur que Jean Charest, que l'enjeu du débat semble avoir sorti de sa torpeur des derniers mois. Il est bien possible que les conclusions d'une étude américaine sur les coûts de la collusion dans l'industrie de la construction soient applicables au Québec, mais on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace.

Son collègue de Marie-Victorin, Bernard Drainville, est en voie de se tailler une solide réputation de cow-boy, et n'hésite pas à tourner les coins ronds. À ce stade-ci, il est trop tôt pour affirmer de façon aussi péremptoire que la future franchise santé pénalisera systématiquement les femmes enceintes et les malades chroniques.

Le PQ a cependant bien pointé les mesures touchant la santé comme le point le plus faible du budget. Les hausses de taxes ou de tarifs sont certainement désagréables, mais elles ne remettent pas directement en question le modèle hérité de la Révolution tranquille.

Si même Claude Castonguay en est arrivé à la conclusion qu'une contribution santé uniforme pour tous les contribuables, sans égard à leur revenu, doit être écartée parce que trop régressive, la cause devrait être entendue.

Alors qu'Amir Khadir, qu'on ne peut certainement pas soupçonner d'être indifférent aux inégalités, n'exclut pas la possibilité d'une contribution progressive, le refus péquiste d'envisager toute autre source de financement que l'impôt sur le revenu donne cependant l'impression que le PQ est davantage à la recherche de problèmes aux solutions que l'inverse.

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Le jugement qui est porté sur un budget ne dépend pas uniquement des mesures, bonnes ou mauvaises, qu'il peut contenir, mais également de la confiance qu'on accorde à ses auteurs.

Il est vrai que le gouvernement Charest a toujours dépassé ses prévisions de dépenses au cours des dernières années, mais sa performance à ce chapitre se compare avantageusement à celle des autres provinces canadiennes.

C'est plutôt l'ensemble de son oeuvre depuis les dernières élections qui fait problème. Même si le budget constituait le sujet du jour à l'Assemblée nationale, le PQ a bien pris soin de faire en sorte qu'on n'oublie pas le reste.

À la fin de la période de questions, Nicolas Girard est revenu à la charge avec ses allégations de favoritisme dans l'octroi de nouvelles places en garderie. Comme d'habitude, le ministre de la Famille, Tony Tomassi, n'a pas été en mesure d'y répliquer de façon satisfaisante.

On peut être certain que M. Girard ne le lâchera pas. Comment peut-on accorder la moindre crédibilité au budget d'un gouvernement qui permet à ses amis de s'engraisser aux dépens des enfants, n'est-ce pas?

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mdavid@ledevoir.com
32 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 1 avril 2010 00 h 15

    Jean le cassé

    « Le destin est un fil autour du cou : tôt ou tard quelqu'un tire dessus : ça blesse ou ça casse. »

    Tahar Ben Jelloun

    Extrait de L'auberge des pauvres

  • Donald Bordeleau - Abonné 1 avril 2010 01 h 02

    L'éducation était la priorité, mais il a renié trois fois comme Juda




    Il y a plusieurs années l'Ontario a fait un virage en éducation en réduisant le nombre d'élèves par classe et donnant plus d'autonomie aux administrateurs des écoles.

    Auront-nous le courage pour le respect de nos enfants de prendre de telles décisions.

    Présentement des professeurs et les directions d'écoles sont découragés du niveau des connaissances des élèves du 3 et 4 ième du primaire. Ce nivellement par le bas fait que les professeurs sont obligés de faire passer les élèves au niveau suivant en les faisant passer à Go selon les normes de la Ministre.

    La conséquence de cette situation est que ces élèves sont du niveau de la 2 ième année et seront de futurs décrocheurs à la fin du primaire et au début du secondaire. Imaginez maintenant tout le travail à faire en ratrappage afin de permettre à ces élèves de poursuivre leur cheminement scolaire.

    SVP Demandez l’avis des professeurs dans votre secteur à ce sujet et vous serez surpris.

    Mais il semble que rien ne changera avec le gouvernement actuel. C'EST UN DÉSASTRE.

    Définition de Révolution culturelle = Bouleversement profond des valeurs fondamentales d'une société.



    Citation : "Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience."
    Jean Jaurès - 1859-1914

    Monsieur Bachand nous propose une révolution culturelle en proposant d’être heureux.

    Mais l’économie néolibéral nous conduit dans le mûr, pour ne pas dire au fond du gouffre.

    Le pire est devant nous, s’il n’y a pas de levée de boucliers des Québécois. La récession n’est pas terminée et l’inflation n’aidera pas les citoyens.

    Citation : "Quiconque a semé des privilèges doit recueillir des révolutions."
    Claude Tillier - 1801-1844 - Mon oncle Benjamin – 1843


    Le nerf de la guerre de la révolution culturelle, c’est de conjuguer la soi disant corruption actuelle.

    o La collusion des prix des produits ou contrats.
    o Les contrats douteux 30 % en sur coût.
    o Travail au noir
    o Récupérer les impôts sur les dons aux caisses électorales qui sont remboursés par les employeurs. Commun chez les CPE, les constructeurs et les firmes de génies conseils.
    o Blanchiment d’argent.
    o Fausses facturations.
    o Imposer les privilèges qui sont comme des revenus non imposé. Comme les loges des société d’états, voyages de pêche CDPQ ( Robert Tessier ou encore Monsieur Rousseau SEPAQ D’Anticostie ) et autres privilèges comme véhicules de courtoisie du gouvernement et etc.
    o Primes de départ et dépense des sous-ministres et sociétés d’états. Prime de rendement.
    o Informatiser les données médicales des patients, présentement un gâchis de 1 milliard de dollars , projet abandonné.
    o La gestion des mines par le gouvernement, nous laissent des dégâts à réparer pour 300 millions afin de réhabiliter les 345 sites orphelins. Perte de 1.8 milliards des droits miniers depuis 6 ans.
    o Perte de plusieurs centaines de millions dans les sociétés d’états et fondation chaque années, abus des comptes de dépenses, vols de caisses de vins à 1440 $ l’unité, dons à des écoles privés et ancien Alma Mater déjà largement subventionné par l’état, 250 millions en 10 ans à la fondation Chagnon, délit d’initié des FIER, abolir les salaires de 30,000 dollars dépenses des Conseil d’administration des sociétés d’états ( Lisa Frulla et Christine Tremblay I.Q – S.G.F et autres avec plus de 100,000 $ en salaire. Avant 2003, les membres de ces C.A étaient bénévoles.

    Mais la liste pourrait être très longue !!!!! a vos marteaux ( sic ). Difficile de tuer des mouches avec un marteau.

    Il ne suffit pas d’augmenter les tarifs, mais il est nécessaire de réduire les dépenses et les abus.

    o Mines - Imposer les droits miniers pour des revenus de 2 milliards en 6 ans, abolir les crédits d’impôts.
    o Santé – Mettre en place et informatiser les données patients pour des économies annuelle de 10 % et peut-être plus. Pour une économie de 1 milliard par an. Le système de santé coute plus de 20 milliards chaque année.
    o Éducation – Mise à pied des ronds de cuir qui reçoivent de faramineux contrat à prendre des cafés, il y en a plusieurs milliers qui font des rapports et constats. Des économies de 50 millions. Réduire le nombre de commissions scolaires afin de récupérer 500 millions par an et données plus de pouvoir aux directions des écoles. Réduire graduellement le financement des écoles privées sur 3 ans pour 100 millions par an.
    o Faire le ménage des sociétés d’états afin de réduire les coûts. Hydro Québec 1 milliard et les autres pour un autre milliard.
    o Faire une enquête publique sur la construction, la collusion et le blanchiment d’argent. Réaliser les poursuites au criminel. Des économies de 10 milliards. Le chevalier révolutionnaire Duchesneau anti collusion blanchira plus blanc que blanc, un autre qui sera aussi inutile que les autres ronds de cuir qui seront avec lui a nos frais.

    Donc des possibilités pour des économies de 20 milliards en 6 ans.


    Monsieur Jean Charest ne propose que de changer de tapisserie et non de rénover…, le décor ne changera pas avec ses tons de gris sans couleur. Comme il le disait en 2003 avec conviction ‘’ le Québec ne sera plus le pays le plus imposé sous la gouverne du PLQ.

    C’est nous qui paieront pour les dépassements des dépenses depuis 7 ans. Il y a un manque de contrôle, c’est l’argent des autres. Merci Monsieur le premier Ministre.

    On fera encore et encore souvent référence à l’Ontario lors de l’énoncé économique. Monsieur Jean Charest se comparera en se consolant pour être heureux.

    Citation : "Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau."
    Antoine de Saint-Just - 1767-1794 - Rapport à la Convention, 3 mars 1794

  • Alain Rowe - Inscrit 1 avril 2010 04 h 24

    Euh...

    La lâcheté, ça se paye! Les Québécois n'ont donc pas fini de payer. Charest connait bien ses ouailles. Après quelques sautes d'humeur et un peu de temps, tout cela sera oublié. Et lil lui suffira de prétendre que Pauline est un épouvantail durant la prochaine campagne électorale pour que tout ces 'critiqueux' le porte au pouvoir pour un quatrième mandat. Bref, c,est une giffle bien mérité finalement, Pas un budget pour le peuple, mais pour les gens d'affaires et les économistes.On en veut encore s.v.p.

  • Andre Vallee - Abonné 1 avril 2010 04 h 54

    Quelle ironie

    Pendant que le Président américain tend vers la socialisation en santé du Québec d'avant Charest, Charest tend vers la désocialisation américaine en santé d'avant Obama.

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2010 05 h 20

    « PQ ou Libéral… Libéral ou PQ ? : Bonnets rouges - Rouges bonnets»

    Oui, ça casse !

    Et surtout les contribuables ordinaires qui seront de plus en plus «cassés».

    Michel David écrit :

    « Le refus péquiste d'envisager toute autre source de financement que l'impôt sur le revenu donne cependant l'impression que le PQ est davantage à la recherche de problèmes aux solutions que l'inverse. »

    « PQ ou Libéral… Libéral ou PQ..? : Bonnets rouges - Rouges bonnets»

    Voici ce que Josée Legault écrivait hier sur son blogue «Les vaches à lait» au sujet du budget libéral :

    «Vaches à lait» ou «dindons de la farce» ?

    «RÉTABLIR L'ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE… »

    - Et tout ça pour faire quoi ?

    - Bien voyons !

    - Pour rétablir l'équilibre budgétaire !

    - Et qui l'a déséquilibré, le budget ?

    (…) Souvenez-vous. Lorsque le gouvernement Charest a commencé à baisser les impôts - il l'a fait pour plus de « $ 5 MILLIARDS » seulement pour les particuliers - dans les médias et la classe politique, on s'étonnait de voir les sondages montrer que la majorité des Québécois n'en voulaient pas. C'est que déjà les gens avaient saisi ce qui arriverait si on déshabillait trop l'État... » - Josée Legault.

    - Baisser les impôts de « $ 5 MILLIARDS » !!! ..pour venir ensuite se plaindre que le gouvernement manque d’argent et taxer la santé ???

    – Franchement… Faut le faire !

    Mais précisions que le PQ avait fait exactement la même chose quand il avait baissé les impôts de « $ 4.5 MILLIARDS !» entre 1998 et 2001 pour ensuite couper sans la santé, l'éducation et l’aide sociale…

    Ça aussi… Il fallait le faire !!

    PQ ou Libéral… Libéral ou PQ… ?

    Bonnets rouges … Rouges bonnets…

    Moi, «Je me souviens» !


    _______________________

    «L'autre» Montmarquette
    Membre et militant de Québec Solidaire

    Référence :

    «Les vaches à lait» - Josée Legault

    http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2010

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