Hé ben!

On s'était fait à l'idée, en dépit de tous les grands débats des derniers mois, que le gouvernement Charest accoucherait d'un budget comme les autres. Il est arrivé plutôt avec un plan qui, s'il est respecté par ses auteurs, et appuyé par les électeurs, marquera un tournant au Québec.

Il n'y avait qu'à voir la tête des collègues qui étaient arrivés avant nous au huis clos pour comprendre que quelque chose de pas normal était en train de se passer. Habituellement encore à moitié endormis lorsqu'ils prennent pour la première fois contact avec un nouveau budget, on s'attendait à les trouver en train de tourner lentement les pages de lourds documents qu'on leur avait remis à la recherche des trois ou quatre mesures qui pourraient peut-être ressortir du lot. Cette fois, ils étaient pris d'une inquiétante agitation, les uns riant nerveusement et se lançant des: «Sacré Charest! Il nous a bien eus»; les autres annotant furieusement chaque page et répétant comme un mantra: «Hé ben!»

Ce n'est pas que les nombreux changements annoncés dans le budget soient tellement originaux ou inédits. La grande majorité d'entre eux étaient évoqués depuis des années par un grand nombre d'experts. Ils faisaient récemment partie des recommandations des quatre économistes du comité consultatif du ministre des Finances, Raymond Bachand. La plupart se retrouvent aussi dans les conseils que reçoivent ces temps-ci les directions des institutions économiques internationales, comme l'OCDE.

Le modèle à la mode

Tous ses experts recommandaient notamment que les gouvernements privilégient les taxes à la consommation et les tarifs plutôt que l'impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés, considérés comme plus dommageables pour la croissance économique. Mais ils disaient aussi d'accompagner ces taxes et tarifs de mécanismes réduisant leurs effets régressifs, ce qui semble manquer aux projets de nouvelles taxes en santé du ministre Bachand.

Nos experts disaient aussi que la guerre aux déficits devait être une priorité, mais pas au détriment de la difficile relance économique en cours. Le gouvernement Charest a décidé de maintenir les mesures de relance prévues pour cette année, mais s'est refusé à repousser son objectif d'équilibre budgétaire dès 2013-14, comme plusieurs le lui recommandaient.

Le ministre Bachand s'est aussi rendu à l'opinion de plusieurs experts en promettant hier d'améliorer la productivité du secteur public en réévaluant fréquemment la pertinence des programmes, en consultant les employés eux-mêmes et en versant les recettes de la nouvelle taxe en santé aux établissements les plus performants. Contrairement à son comité consultatif, il a toutefois préféré l'utilisation d'indicateurs de performance plutôt que l'introduction de plus de concurrence du privé.

Les économies développées doivent aussi, à long terme, améliorer leur productivité et développer de nouveaux secteurs économiques pour faire face au vieillissement de leur population et à la concurrence des économies émergentes, répète-t-on sur tous les tons ces temps-ci. Pour ce faire, l'OCDE recommandait récemment aux gouvernements de maintenir autant que possible, sinon d'augmenter, leur financement de secteurs névralgiques comme la santé, l'éducation et le développement de l'économie verte.

Côté santé, le budget Bachand passait probablement le test hier. Côté éducation, lutte contre le décrochage scolaire et formation continue des travailleurs, on avait déjà moins de choses à dire. Mais côté conquête de la nouvelle économie verte, c'était pratiquement le désert.

Le test populaire

En résumé, ce nouveau budget du gouvernement Charest reprend à son compte une bonne partie des principales recommandations qui sont faites ces temps-ci aux gouvernements des pays développés. Il n'en constitue pas moins un virage important par rapport à ce qu'on avait l'habitude de faire au Québec. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, avait bien fait rire, il y a quelques semaines, lorsqu'il avait repris à son compte l'appel lancé par les quatre économistes de son comité consultatif à l'avènement d'une «révolution culturelle» en matière de gestion des services publics et de fiscalité. Il n'avait peut-être pas tellement exagéré.

C'est toutefois une chose de lancer une révolution. C'en est une autre de la mener à terme.

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement Charest annonce son intention de bouleverser les façons de faire à Québec. Lors de son élection en 2003, il promettait déjà de révolutionner l'État québécois. Les idées qui étaient à la mode dans certains cercles à cette époque-là parlaient de «réingénierie de l'État», de «gouvernement en ligne» et de «partenariats public-privé». Cette révolution a finalement avorté. Avant cela, le chef du Parti libéral, fraîchement débarqué d'Ottawa, avait carrément prédit la mort du modèle québécois.

Il y a toutes sortes de conditions à respecter pour réussir de telles révolutions. La principale est sans doute d'obtenir l'appui de la population.

Le comité consultatif du ministre Bachand a beaucoup cité l'exemple des pays d'Europe du Nord comme preuve que les social-démocraties pouvaient se réinventer sans y perdre leur âme. Ceux qui connaissent bien ces régions nous disent toutefois que si leurs populations ont accepté ces réformes, c'est parce qu'elles savaient pertinemment que leur gouvernement ne cherchait pas à en changer les principes et les objectifs fondamentaux, mais bien à en assurer la pérennité.

C'est maintenant au tour du gouvernement Charest d'en convaincre les Québécois.
8 commentaires
  • alen - Inscrit 31 mars 2010 09 h 18

    Pas convainquant!

    Ça vous convainc vous ce comité d'experts?..

    Des proffesseurs d'université payés en double par le ministre Bachand! Eh oui, des profs qui retirent leur salaire régulier d'enseignants (dans les 6 chiffres) et qui collectent des honoraires de consultants (combien de chiffres au fait?) du Ministre.

    Ouais!.. C'est vrai que le PM est payé en double aussi... Mais Joe le Plombier, lui, qui va le rémunérer en double pour payer les nouvelles taxes?

  • pierre m pierre m de ruelle - Inscrit 31 mars 2010 10 h 35

    un petit pas

    le mieux que l'on puisse esperer et que ce budget annonce la fin du model .....model BS Quebecois. Bravo pour le reveil brutal certes qui nous fait realiser l'etat de nos finances. Voir a combler une dette de 218 milliards n'est pas une sinecure. Il reste que je ne vois pas de changement quand aux frais de garde qui sont injustement sous factures ( 9000.00 dollars de cout reeel par enfant) pas de cibles de coupures precises par ministeres, et evidemment pas de remise en question des sommes allouees en subvention aux entreprises. Mais c'est quand meme mieux que rien en esperant que le ministre tienne bon.
    je ne comprend vraiment pas que les quebecois ne sentent pas l'urgence de la situation, les vieux baby boomers entres autres, uo ont ils appris a compter.
    Aller ouste DEHORS prenez votre retraite doree, place a la nouvelle generation et que les meilleurs soient recompenses.
    pierre m de ruelle

  • Pierre Grandchamp - Abonné 31 mars 2010 11 h 03

    Promesse du PLQ et de Charest

    Le PLQ s'engage à baisser les impôts et à ne pas créer de déficit Le
    Devoir - 13-09-2002 -
    " Jean Charest a dévoilé hier le programme électoral de son parti, qui
    fait miroiter des baisses d'impôt de un milliard par année pendant
    cinq ans "... ..

    Mais alors pourquoi a-t-il baissé les impôts? Pourquoi n'a-t-il occupé le champ de taxation évacué par le fédéral avec la TPS?

  • Marc-Andre Rivet - Inscrit 31 mars 2010 12 h 11

    Fumisterie

    Encore une fois le québéçois moyen ne réagira pas, ne montera pas aux barricades, préférant prendre sont trou et se laisser berner par un budget défavorisant à outrance la classe moyenne. Encore une fois l'Establishment, cette mafia légale constituée des hauts paliers gouvernementaux, des bonzes de l'industrie privée etc.. se servira de notre argent pour se la redistribuer et ainsi rira dans sa barbe car elle sait pertinement qu'elle aura gain de cause contres ses moutons conditionnés pris dans leur enclos. Le berger contrôle sa bête et pourtant nous pourions tous s'unir en tant que moutons noirs, renverser la vapeur et exiger un changement radical dans leur prise de décisions ponctuées de favoritisme crasse. Vivre une telle attaque en régle sans réagir confirmerait que nous sommes loin du monton noir mais plutôt, malheureusement, doux comme des agneaux. Les corrompus ont besoin de notre laine pour les faire vivre alors.....AGISSONS...

    Et ne vous fiez surtout pas aux nombreux discours mensongés des médias et surtout des politiciens qui nous endorment avec la soit disant dette. Ne vous laissez pas berner par leur rengaine qui manipule notre l'esprit qui est pris en otage par notre régime totalitarisme qui nous conditionne depuis trop longtemps. Nous vivons à crédit et ils le savent....

    Qu'ils aillent piger là où l'argent se trouve (riches, entreprises, abris fiscaux etc) et qu'ils coupent dans des dépenses jugées inutiles depuis fort longtemps, là où la corruption et les enveloppes brunes font bon ménage. 3 milliards pour les routes et les coûts ici sont de 30 % élevés le kilomètre qu'ailleurs ??? = 1 milliard dans les poches des syndicats affamés.. Et c'est sans compter tout ce qui n'a pas été révelé au grand jour... La poche est suffisamment pleine, il faut juste réparer les trous pour éviter les fuites

  • Francois Jette - Inscrit 31 mars 2010 12 h 36

    À droite toute!

    M. Charest doit être content. Il peut enfin réaliser son projet conservateur : réduire les impôts (fait de 2003 à 2008), et augmenter les taxes et revenus de l'état (2008-2013). Comme résultat global, la classe moyenne devra contribuer davantage et les riches moins, par rapport à leur revenu. Déjà que la classe moyenne s'est appauvrie au cours des 20 dernières années, les dernières mesures ne vont sûrement pas aider.

    C'est maintenant à la population de réagir à un tel budget, à une telle vision «lucide» de notre société. On serait dû pour une grosse manifestation pour dire notre désaccord.

    Je ne sais pas pour vous, mais moi «je suis prêt».