Théâtre - La Pire espèce fait un tabac à Méli'môme!

Reims — Les spectacles et les rencontres s'enfilent à un rythme tellement rapide dans cette 21e édition de Méli'môme qu'il est parfois difficile de suivre le fil. Une seule constante à travers tout cela: la petite laine qu'il faut traîner d'une production à l'autre à travers les huit salles où l'on présente les spectacles du festival. La ville est grise, presque automnale, mais heureusement les découvertes que l'on propose ici réussissent à faire oublier un peu la pluie et l'humidité qui s'incrustent.

Sept nouveaux spectacles ont pris l'affiche depuis notre rencontre de samedi dernier, dont deux québécois. Le premier, Marguerite de Jasmine Dubé, une production Bouches Décousues, soulève de sérieuses questions sur le théâtre pour bébés et l'autre, Roland (la vérité du vainqueur) d'Olivier Ducas du Théâtre de la Pire espèce, s'impose déjà comme un des grands moments du festival.

Jasmine Dubé propose ici un texte truffé d'images magnifiques — créé à Petits bonheurs en mai dernier — qu'on lirait volontiers à des tout-petits à l'heure du dodo. Quatre comédiens y racontent, à nu sous un voile bleu pourrait-on dire et sur fond de vieilles chansons, la vie de Marguerite de sa naissance jusqu'à son dernier souffle. Sans artifices, sans décor ou si peu, sans presque de mise en scène même, en souriant un peu béatement sans bouger ou à peine. Le texte est magnifique, il faut le redire, mais la production n'a pas évolué vraiment depuis la création. Elle s'adresse à des enfants de deux ans, et la quasi-lecture que l'on en donne est difficilement parvenue à soutenir leur intérêt lorsque j'ai revu le spectacle ici le week-end dernier. Il y a certes place pour le texte dans le théâtre pour les très jeunes enfants puisque les mots qu'ils entendent font aussi partie de leur territoire: mais pas trop, faut-il croire...

Roland par contre a mûri en beauté et en profondeur. Créé il y a presque deux ans dans la petite salle Jean-Claude Germain, le texte d'Olivier Ducas reste tout aussi efficace et provocant, mais la production s'est considérablement densifiée élargissant du même coup les horizons du spectacle. Dans sa forme actuelle, Roland est une irrésistible charge contre la guerre, certes, mais aussi contre l'arrogance et la bêtise des intégrismes en tous genres et des certitudes toutes faites.

Le spectacle, construit sur la Chanson de Roland bien sûr, utilise ingénieusement les techniques du théâtre d'ombres et met en scène deux comédiens qui jouent tous les rôles et qui racontent l'action en sachant toujours prendre une distance qui rend le discours encore plus efficace. C'est vraiment très réussi en plus d'être d'une accablante pertinence. Pas étonnant que le spectacle ait fait un tabac ici, et la Pire Espèce peut certainement espérer en tirer le meilleur parti en France.

Toujours en lien avec chez nous, Méli'môme proposait aussi la reprise du remarquable Ma créé à Festi'môme l'automne dernier dans la mise en scène de Sophie Grelier. Inspiré des Chants du Capricorne du compositeur italien Giacinto Scelsi, cet audacieux spectacle chanté par une soprano s'adresse à des bébés de six mois dans une sorte de prélangage qui provoque toujours, chez les bébés du moins, une attention complice et participative difficilement explicable. La chose est d'autant plus intéressante à souligner que Ma prendra l'affiche des Gros Becs, à Québec, dans quelques semaines. Tout juste le temps de vous trouver un bébé...

Du côté des nouveautés, deux belles surprises à résonance italienne: Marcovaldo, la plus récente production de La Boîte noire que l'on revoit chaque année ici avec plaisir, et, Un paese di stelle e sorrisi (Un pays d'étoiles et de sourires) de la compagnie Mosika. Présenté en italien et dans une langue africaine, le spectacle met en scène deux comédiennes italiennes d'origine congolaise et raconte de façon saisissante les difficultés de l'exil et l'insupportable réalité de la guerre, le tout à partir de lettres échangées entre une mère exilée et sa fille restée au pays.

Quant à Marcovaldo, c'est ce personnage d'Italo Calvino qui est toujours mêlé à des histoires étranges semblant provoquées par sa seule présence: le genre à voler un lapin auquel on a inoculé une maladie mortelle et contagieuse, ou à prendre un bain de sable dans une barge qui se met à dériver. André Parisot et Françoise Jimenez utilisent comme à l'habitude l'humour et le théâtre d'objets pour raconter tout cela avec une maîtrise exemplaire; une de leurs meilleures productions jusqu'ici.

Signalons enfin Rouge tomate, un spectacle de chansons de Tartine Reverdy très apprécié des enfants et une sorte d'animation plutôt mièvre sur la danse à l'époque de Louis XIV, Un jour ordinaire pour l'enfant roi... et l'on vous donne là-dessus un dernier rendez-vous samedi pour la conclusion.

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En vrac

- Peut-être la chose s'explique-t-elle par le printemps hâtif qui nous est tombé dessus dès le début mars, mais j'ai trouvé une nouvelle façon de mettre le pied dans le plat. C'était il y a quelques semaines dans la chronique du 9 mars. Remarquez que ce n'est pas dramatique puisque j'ai annoncé à l'avance une production qui va bientôt prendre l'affiche: Le Temps de Planck sera en effet présenté au Pavillon Judith-Jasmin de l'UQAM du 7 au 10 avril à 20h avec une matinée le 9, à 14h. L'entrée n'est pas libre, contrairement à ce que je vous avais fait lire, puisqu'il faudra débourser 5 $ pour assister au spectacle. Vérifiez quand même...

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Michel Bélair est à Reims à l'invitation du festival Méli'môme.