Dictatures 2010

Une démocratie occidentale mal en point, boudée par les populations, dans les pays où elle était censée donner l'exemple au reste du monde... Des tendances autoritaires croissantes, alliées au libre marché, derrière une Chine conquérante... Des dictatures insidieuses, qui ne disent pas leur nom, du Rwanda postgénocidaire à la Tunisie «amie de l'Europe», en passant par un Nicaragua en pleine régression.

Mais vingt ans après la grande explosion de la liberté en Europe, le monde de 2010, c'est aussi un nombre étonnant de dictatures qui n'ont pas peur de dire leur nom.

Si l'on cherchait sur une mappemonde ce qui représenterait, aujourd'hui, le sommet de la «dictature sans vergogne»... on trouverait qu'il croise fréquemment des critères comme «riche en ressources», et «disposant de protections puissantes».

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En Russie, au Bélarus, même en Chine et au Vietnam depuis peu, des représentants élus n'appartenant pas au parti dirigeant sont tolérés et «bienvenus» dans les Parlements. La majorité des observateurs restent sans illusions sur la signification de ces strapontins décoratifs, voués à la portion congrue...

Mais justement, quels sont-ils, ces pays les plus éhontés — et en un sens, les moins hypocrites — dans l'application crue de la dictature? Les plus ouvertement totalitaires? Des pays où l'opposition n'est même pas tolérée, la dictature inscrite dans les textes et dans la pratique, sans parti d'opposition, même décoratif, sans figurants faussement «indépendants»?

Si l'on prend les classements de la très américaine organisation Freedom House, ou de la très française organisation Reporters sans frontières, qui distribuent régulièrement bons et mauvais points en matière de liberté d'expression et d'organisation politique, la cave du classement est aujourd'hui occupée par des pays «extrêmes» qui ont pour noms Érythrée, Corée du Nord, Myanmar, Bélarus, Turkménistan...

Avec la Corée du Nord, le Turkménistan postsoviétique, aux confins de l'Asie centrale, est peut-être, dans les années 2000, l'illustration la plus ahurissante d'un pouvoir omniprésent, omniscient, qui prétend récrire les livres d'histoire, imposer la pensée du leader, commander aux éléments, renommer la réalité. Même Cuba et la Chine — deux régimes à poigne, éhontés, bien en selle — sont loin derrière, de point de vue de la franchise et de la crudité dictatoriale.

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Y a-t-il un rapport entre les richesses naturelles (par exemple énergétiques et pétrolières) d'un pays et son caractère ou non démocratique? L'idée est ancienne selon laquelle progrès économique et liberté politique vont de pair, dans un cercle vertueux toujours ascendant: la chute du Mur de Berlin, il y a 20 ans, a représenté l'apogée de cette croyance.

Mais — on le voit bien au XXIe siècle avec l'émergence d'un solide «modèle chinois» qui fait des émules — cette équation optimiste est de plus en plus sujette à caution. Sous de nombreuses latitudes, l'avenir pourrait bien être économiquement libéral... mais politiquement autoritaire.

Tom Friedman, chroniqueur vedette du New York Times, de passage à Montréal la semaine dernière, a observé que, dans plusieurs pays riches en pétrole (Russie, Venezuela, Arabie saoudite), l'évolution des libertés suit une courbe inversement proportionnelle à celle du cours des hydrocarbures. Plus le régime qui contrôle ces ressources voit ses entrées augmenter, plus il se sent fort, plus il peut acheter la paix sociale sans céder sur son pouvoir, et moins il sera enclin au réformisme «libéral».

Inversement, lorsque ces ressources traditionnelles voient leurs cours dégringoler, c'est soudain l'ouverture politique. D'où l'importance, selon Friedman, d'un passage rapide aux énergies nouvelles, non seulement pour le bien écologique de la planète... mais aussi pour la santé de la démocratie libérale!

La longévité et la dureté des dictatures ont donc un rapport avec leur contrôle de ressources disponibles, abondantes... et de préférence étatisées. L'Arabie saoudite, monarchie absolue, le montre bien. Mais il ne faut pas oublier non plus — facteur également capital — l'existence de protecteurs diplomatiques puissants et complaisants. La Chine avec le Soudan et la Corée du Nord. La Russie avec le Bélarus et le Turkménistan. Comme les États-Unis, avec une arrière-cour latino jadis couverte de tyrans galonnés.

Bien entendu, à côté des folles extrémités érythréennes, turkmènes ou coréennes, à côté de la «tendance lourde» qu'est la Chine, à côté de la désespérance africaine, il y a des contre-exemples, motifs d'espoir démocratique.

L'Amérique latine a opéré, en moins d'un quart de siècle, un passage spectaculaire de la dictature militaire quasi généralisée, à la démocratie pluraliste solidement installée dans une majorité d'États, dont le Brésil des présidents Cardoso et Lula reste la plus belle incarnation.

Dictature et démocratie, un combat incertain...
4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 29 mars 2010 04 h 31

    On pourrait également faire une petite visite en Afrique.

    On y trouverait un bon nombre de pays, dont les dirigeants sont encore assez proches des anciens colonisateurs et qui gouvernent dans le calme relatif de la dictature ou qui sont déchirés par les rivalités. Dans les deux cas, ce seraient des pays qui sont riches en ressources et qui ont choisi des méthodes différentes d'en tirer profit. Dans le cas des premeirs, les anciens colonisateurs y détiennent des monopoles pour exploiter ces ressources. Dans les deuxièmes cas, les dirigeants Africains ont tenté de diversifier leurs amitiés en permettant à plus d'un pays étranger d'y exploiter les ressources. L'instabilité y est fomentée par ces grands pays rivaux.

    Dans la première catégorie on mettrait le Gabon, le Togo, le Congo Brazzaville...

    Dans la deuxième catégorie, on trouverait la Côte d'Ivoire, le Congo Kinshasa, le Soudan...

  • Bernard Terreault - Abonné 29 mars 2010 11 h 17

    Richesse pétrolière et recul de la démocratie

    Richesse pétrolière et recul de la démocratie : et le Canada !

  • Eric Allard - Inscrit 29 mars 2010 12 h 33

    Richesse pétrolière des Prairies et gouvernement conservateur

    On peut poursuivre votre exemple en regardant qui gouverne le Canada présentement, car jamais un gouvernement fédéral n'a autant floué toutes les institutions démocratiques canadiennes.

    Il n'est donc pas surprenant que ça provienne d'un parti des Prairies, dont la base électorale la plus forte se trouve dans les provinces pétrolières. Encore une fois, un rejeton de Bush!!!

    Et de toutes façons, je l'ai écrit plusieurs fois dans ces pages et je le répète, le Canada n'a de démocratie que le mot. Dans la pratique, la démocratie canadienne n'est qu'une illusion véhiculée par nos dirigeants et commentateurs politiques.

    Mais aucune institution n'a le pouvoir de remettre en question les décisions du gouvernement, et aucun corps policier n'a le pouvoir d'enquêter sur des possibles actes illégaux du Premier Ministre ou son gouvernement sans l'approbation de celui-ci.

    Donc, le Canada serait à insérer dans la catégorie "très hypocrite".

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 29 mars 2010 14 h 07

    comment le canada anglais remercie le Québec

    lundi, 29 mars 2010
    Le canada anglo-saxon vend plus de 90 % du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta aux états-uniens en plus de provoquer une pollution catastrophique à l’échelle planétaire. Le Québec francophone dans les années 1950 était la véritable vache à lait financière des provinces de l’ouest du canada anglo-saxons! Que fait les provinces anglo-saxonne de l’ouest pour nous remercier aujourd’hui envers le Québec à la ‘’Steven Harper’’ il nous crache littéralement à la figure en applaudissant l’américaine de l’extrême droite qui a soumis l’annexion de l’Alberta aux états-uniens et en plus il veule se servir de nos propres alléoduques en territoire Québécois pour déverser leur pétrole aux raffineries états-uniennes. On paie alors des prix artificielle et très élevées à la pompe qui ne reflète pas la réalité et que verront les États-Unis qui se pensent maitre partout sur la planète quand on n’aura plus aucune de nos richesses pétrolière? Le Québec se ferra toujours avoir par les anglo-saxons du canada anglais!
    Paul Corbeil
    Saint-Joseph de Mékinac