Un Québec autosuffisant en gaz naturel?

On en parle souvent. Et on en parlait particulièrement il y a quelques semaines à la suite des résultats d'un forage effectué par la compagnie Questerre Energy.


Il s'agit des schistes gaziers qui ont carrément renversé les rapports de l'offre et de la demande du gaz naturel en Amérique du Nord. Avant l'exploitation de ces schistes en très grandes profondeurs, les réserves de gaz naturel s'épuisaient rapidement, au point que l'Amérique du Nord devait se préparer à faire face à une pénurie. C'est d'ailleurs pourquoi l'on a vu apparaître de nombreux projets visant la construction de ports méthaniers, afin d'importer le gaz naturel du Moyen-Orient et de la Russie sous sa forme liquide afin d'alimenter nos gazoducs.

C'était avant que de nouvelles technologies de fracturation des sédiments par des forages horizontaux ne viennent bouleverser l'univers du gaz naturel. Ces nouvelles technologies ont soudainement donné accès à de nouveaux gisements qui étaient jusqu'à tout récemment impossibles à exploiter de manière rentable. Et des gisements de taille de surcroît. On parle ici de centaines de billions de pieds cubes en réserve. Ces schistes contiennent tellement de gaz naturel que l'Amérique du Nord peut désormais compter sur des réserves de 100 ans, peut-être bien davantage. Ces nouvelles réserves combinées à la récession expliquent pourquoi le prix du gaz naturel a radicalement chuté depuis deux ans.

Au Québec, de tels schistes sont présents le long du Saint-Laurent. Ils forment les schistes de l'Utica et seraient le prolongement de ceux des Appalaches auxquels appartiennent les schistes Marcellus en Pennsylvanie, aux États-Unis. Parmi les joueurs qui détiennent les droits d'exploration sur des milliers d'hectares se trouve Questerre Energy. Or, cette dernière a terminé un puits duquel sortent cinq millions de pieds cubes de gaz naturel relativement pur par jour. Initialement, le débit était de 12 millions de pieds cubes. Cette importante baisse de régime est une caractéristique des schistes gaziers. Leur durée de vie est moindre que celle de puits traditionnels. Mais, à cinq millions de pieds cubes par jour (c'est l'équivalent de 825 barils de pétrole par jour), ce puits se compare avantageusement au débit des plus grands gisements recensés à ce jour en Amérique du Nord. Le débit du puits de Questerre est ainsi supérieur à celui d'un à trois millions de pieds cubes par jour des schistes Barnett au Texas, comparable à celui des schistes Marcellus, mais bien inférieur à celui de 15 millions de pieds cubes par jour enregistré du gisement Horn River en Colombie-Britannique.

Il reste que le puits de Questerre est important et est de bon augure pour le potentiel du gisement Utica au Québec. Le potentiel est tellement important qu'il pourrait rendre le Québec totalement autosuffisant en matière de gaz naturel. Questerre Energy mène ses travaux d'exploration de connivence avec Talisman, l'une des grandes compagnies pétrolières au Canada. Cette dernière est le joueur majeur alors qu'elle détient des droits d'exploration sur 800 000 hectares environ. Longtemps, elle a hésité à entreprendre des travaux d'exploration pour mettre en valeur les schistes du Canada. Son optique a radicalement changé avec les succès sans équivoque enregistrés à Horn River en Colombie-Britannique. D'autres géants du pétrole s'intéressent également aux schistes canadiens. Imperial Oil ainsi que sa compagnie mère Exxon/Mobil ont acheté récemment des droits d'exploration sur 115 000 hectares dans le bassin de Horn River en Colombie-Britannique. Cela signifie qu'Imperial Oil pourrait mettre davantage l'accent sur l'exploitation de ces schistes plutôt que sur la mise en valeur des gisements traditionnels du Delta McKenzie (les derniers inexploités au Canada) dans les Territoires du Nord-Ouest. L'exploitation de ces gisements vierges nécessite la construction d'un pipeline au coût de presque dix milliards de dollars.

Au Québec, certains experts estiment que les schistes d'Utica renferment plus de gaz naturel que les gisements du Delta McKenzie, ce qui est énorme. Parmi les autres joueurs au Québec se trouvent les petites compagnies minières Junex et Gastem dont les actions sont cotées à la Bourse.

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