Les dix produits qui pourraient bientôt disparaître des épiceries

C'est une fatalité. Chaque année, plus de 15 000 produits disparaissent des tablettes des épiceries en Amérique du Nord parce qu'ils ne séduisent plus. La plupart — 9 sur 10, en fait — sont des nouveautés qui ne réussissent pas à survivre plus d'une année à l'impitoyable sanction du consommateur. Les autres sont des classiques, des champions d'autres temps, même, qui n'arrivent plus à suivre la modernité.

Ça arrive dans les meilleures familles. Parlez-en aux Liqueurs Denis, au savon Bonami, au papier hygiénique et aux mouchoirs en papier roses, aux poudings «Moments magiques» de Laura Secord ou à la crème glacée Mello Roll — une étrangeté gustative des années 80 —, qui, aujourd'hui, ne sont plus qu'un vague souvenir chez les plus vieux. Et un mystère pour les autres.

Dans la prochaine décennie, quels pourraient bien être les candidats à cette disparition? Au rayon du fromage, de la viande, des boissons gazeuses? Et pourquoi?

- Le Velveeta, tout comme le camembert en conserve.

Pendant longtemps, ces deux produits ont été les fromages les plus présents sur les tables des foyers du Québec. Pis, c'est par eux, d'ailleurs, que plusieurs consommateurs se sont initiés au plaisir du fromage. Mais la réalité les a rattrapés, tout comme la révolution fromagère qui a frappé le Québec depuis une dizaine d'années. Leur étoile a pâli.

- Le Steak Salisbury, en format plateau-repas congelé.

La maison Swanson a fait entrer ce plat dans l'histoire de la congélation. C'est un des premiers plateaux-repas congelés, les fameux TV Dinner, inventés par Gerry Thomas dans les années 60. Avec ses deux steaks en sauce accompagnés d'une purée de pommes de terre et d'une portion de maïs en grain, l'assemblage a fait école. Les études de marché le confirment: il est encore très populaire, y compris dans sa version sans nom, mais uniquement chez les hommes âgés célibataires. Son destin est donc prévisible.

- Le jus congelé à saveurs de raisin, d'orange ou de pamplemousse.

Les récentes données sur les choix alimentaires des Québécois ne laissent aucune place à l'imagination. Ces cylindres congelés, incontournables dans les congélateurs et les pots à jus des ménages d'ici pendant des décennies, n'ont plus la cote. La faute à qui? Aux jus de fruits frais qui se sont démultipliés et diversifiés, en se faisant économiquement accessibles. L'amour n'est pas éternel.

- Le crème soda, ou soda-mousse pour les jeunes de moins de 20 ans.

Liquide hautement sucré, inventé en Nouvelle-Écosse par James Black en 1886, ce produit a de la difficulté à trouver sa place à une époque où la guerre aux calories vides fait rage. Face aux thés glacés, boissons énergisantes et jus de fruits, il ne fait plus le poids. Les personnes âgées l'aiment encore mais ce n'est pas assez pour trouver un deuxième souffle.

- Les boîtes de Cracker Jack.

On les croyait déjà disparus, mais non. Toutefois, l'amateur de cette recette de maïs soufflé enrobé de caramel va devoir se faire à l'idée. Le produit est presque centenaire, des gens y ont même trouvé leur permis de conduire à l'intérieur, mais il est de moins en moins populaire dans les épiceries, indique une étude de marché de la maison Nielsen. En 2010, la collation sucrée a pris une autre forme, n'en déplaise au petit marin Jack et à son chien Bingo.

- Les poudings et garnitures pour tarte Jell-O en poudre.

Souvenirs, souvenirs. La chose ne coûtait que 39 cents chez Dominion. Elle était aussi garante d'une tarte ou d'un gâteau vite fait, bien fait, dans les années 70 et 80. Poudre magique qui existe depuis 90 ans, ce pouding survit péniblement dans ses saveurs de fraise, lime, citron juteux, vanille, caramel ou pistache. C'est que dans les dernières années, les consommateurs ont peut-être appris à faire mieux à manger, y compris pour leurs desserts. Tant pis pour la poudre. Tant mieux pour les papilles.

- Le ragoût de boulettes en conserve.

Qui n'en a pas mangé? Certains s'en délectent encore, mais sous la très forte pression des plats surgelés, du raffinement de l'alimentation et de la mode du «fais-le toi-même», la composition alimentaire en sauce et en boîte de métal peine aujourd'hui à tirer son épingle du jeu. Et, bien sûr, ses jours sont comptés.

- Les pains de viande Klik ou Kam de Maple Leaf.

Du porc, du boeuf et bien d'autres choses. Ces boîtes de conserve sont à l'origine de quelques recettes fascinantes qui persistent encore dans certaines familles. Elles sont aussi au coeur de souvenirs mémorables de pique-niques (chez les 60 ans ou plus). Le drame, pour elles, c'est que pour les plus jeunes, ces produits ont autant d'attrait qu'une cuillère d'huile de foie de morue. «C'est la vie», disent les Anglos.

- Les langues de porc marinées dans le vinaigre.

Ça va peut-être avec la diminution du nombre de tavernes? La chute de la consommation de bière? Qui sait? Il suffit toutefois de regarder le produit pour se rendre à l'évidence: il pourrait bien ne pas passer l'hiver.

- Les pâtes en conserve du Chef Boyardee.

Lasagnes, raviolis au boeuf, mini-coquillettes en sauce, avec viande de boeuf séparée mécaniquement ou pas... Ces produits ont déjà été populaires et trouvent encore une petite place dans le coeur des étudiants et de quelques enfants (dans des versions mettant en vedette des lettres ou des personnages de dessins animés). Mais leur avenir est incertain depuis qu'on a compris que les pâtes en conserve relevaient davantage du manger mou que du manger bon.

***

Le top 10 des produits qu'on voudrait voir disparaître

Exposer les disparitions à venir, c'est bien. Mais imaginer le top 10 des produits qu'on rêverait de voir disparaître, c'est encore mieux.

- Les flocons de poulet en conserve. Ce n'est pas parce que le poulet est élevé dans des milieux carcéraux qu'il faut le maintenir dans cette condition par la suite.

- Les vinaigrettes commerciales. Parce que mélanger de l'huile, du vinaigre et des épices, ce n'est pas très compliqué. Et ça coûte moins cher.

- Les petits pois en conserve. Parce que congelés, c'est meilleur.

- Les tomates fraîches importées, quand c'est la saison des tomates du Québec. Parce que c'est absurde.

- Les sous-marins prêt-à-manger vendus dans les dépanneurs. Pour le bien de l'humanité.

- Le baloney. Parce que le jambon cuit, c'est meilleur.

- Les crèmes glacées à saveur de tablette de chocolat. Parce qu'on a l'impression de mordre dans un bloc de sucre pas très raffiné.

- Les biscuits Viau Village. Parce que, au goût, ça ressemble plus à de la torture qu'à un moment de plaisir.

- Les marinades dans la moutarde jaune. Parce que les cornichons, les oignons blancs. c'estmeilleur dans le vinaigre.

- Le sirop Aunt Jemima. Surtout ici où le sirop d'érable est meilleur.

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8 commentaires
  • Marc Gendron - Abonné 6 mars 2010 08 h 56

    Et le Paris Pâté?

    Qu'est devenu le Paris Paté, dans sa petite boite bleu? Je n'ai jamais pu en tartiner un seul morceau pour moi-même tant le produit avait la ressemblance et exactement l'odeur des boîtes que j'ouvrais à mon chat. L'animal, lui, se régalait. du Paris Paté. Alors je lui en achetais de temps en temps.

  • Scott Mckay Bureau Du Depute - Inscrit 6 mars 2010 10 h 23

    Top 10 contestable...

    Toujours un plaisir de vous lire, M. Deglise! Votre connaissance intime du Québec culinaire profond a de quoi retenir notre admiration.

    Toutefois, je m'inscris en faux contre votre désir de voir disparaître les biscuits Viau Village. Trempés dans le café ou le thé, ça devient pour moi un impulsif moment de plaisir.

    Idem en ce qui concerne les marinades dans la moutarde jaune. Ma grand'mère paternelle était bien imprégnée de ses origines British et sa nourriture était généralement un peu... fade, mettons. Mais ses marinades dans la moutarde jaune, surtout le chou-fleur, quel délice!

    J'ai maintenant découvert que c'était fantastique aussi avec des grains de maĩs, un aliment que j'adule! Faudrait protéger l'intégrité génétique de ses variétés multiples et lui assurer un mode de culture respectueux de l'environnement, mais là je m'écarte du sujet...

  • LEFEBVREAM - Abonnée 6 mars 2010 12 h 55

    Biscuits Viau Village

    M. Mckay l'a bien exprimé ! Le meilleur biscuit à tremper ou pour accompagner une compote mais, et surtout le rappel pour mes 7 frères et soeurs d'une tradition transmise à nos descendants.
    Ne vous en déplaise, il restera!

  • Alain Senécal - Inscrit 6 mars 2010 12 h 59

    Les biscuits Village

    Quel grand malheur si les biscuits Village disparaîssaient.
    Depuis longtemps je fais un délicieux gâteau «sans cuisson» avec ces biscuits et pour avoir essayé de le faire avec d'autres biscuits, je peux dire qu'ils sont irremplaçables. Dommage.

  • Claude Desjardins - Abonné 6 mars 2010 23 h 20

    Et le Whippet ?

    Selon vous, le Whippet ou bien le fromage P'tit Québec vont-ils être encore sur nos tables pour bien longtemps ?

    J'en doute.