La dérive de la banquise

L’absence de glace risque de mettre en jeu la mise bas des phoques femelles.
Photo: Agence Reuters Peter Mueller L’absence de glace risque de mettre en jeu la mise bas des phoques femelles.

Animalistes, écologistes et conservationnistes partagent pour une fois une même inquiétude: où les phoques du Groenland vont-ils se reproduire cette année en l'absence de glaces dans le golfe du Saint-Laurent et quel sera l'impact à long terme d'une pareille situation si le phénomène s'installe à demeure?

Selon le Service des glaces du Canada, l'espace central entre Terre-Neuve et les côtes du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse était au centre totalement libre de glaces, et en bordure des côtes, la superficie couverte était d'un dixième alors qu'elle est généralement de neuf à dix fois plus dense.

En clair, la quasi-totalité des zones du golfe du Saint-Laurent et du versant nord du Québec est «présentement libre de glaces alors qu'elle devrait en être recouverte en entier».

Un blogueur, Michel Tremblay, a réuni sur son site (www.ptaff.ca/blogue/) plusieurs des caractéristiques de cet hiver pour le moins anormal. Par exemple, il note que les villes de l'est du Québec ont connu un relèvement surprenant de leurs températures. Ainsi, à Natashquan, la température moyenne de janvier est passée de -13,5 °C à -8,1 °C, une différence énorme, alors que celle de Gaspé passait de -11,9 °C à -8 °C. À Natashquan, on a même vu le sol dénudé de neige en février!

Une conjonction de facteurs semble expliquer ce portrait inusité, dont profitent par contre en milieux terrestres plusieurs autres espèces, dont les cerfs et les orignaux, mais aussi leurs prédateurs, parce que le faible couvert de neige facilite les déplacements et l'accès à la nourriture. D'ailleurs, on mesure mal l'importance des changements qui vont toucher la faune en raison du changement climatique. Il suffit de se remémorer que des chercheurs de Laval ont récemment établi que la ligne de démarcation du pergélisol avait régressé vers le nord sur 130 km en quelques décennies pour mesurer à quel point la végétation et les espèces animales vont modifier leurs aires de distribution dans les prochaines années.

Le réchauffement du climat apparaît comme le moteur principal de cette tendance à l'amenuisement des glaces dans le golfe, un phénomène tout aussi visible dans un fleuve qu'on peut de moins en moins traverser sur la glace, que ça plaise ou non aux climato-sceptiques.

Mais l'année en cours est aussi une année El Nino, ce qui suscite une température plus douce partout en Amérique, et de façon de plus en plus importante jusque dans nos régions nordiques et de l'est. L'année prochaine, qui devrait être une année

El Niña, devrait par contre nous apporter plus de froid et de précipitations neigeuses.

Deux impacts majeurs résultent de ce phénomène. L'érosion des rives tout autour du golfe va s'accentuer, car les glaces en rive ne sont plus là pour les protéger contre les puissantes tempêtes hivernales. Dans certains secteurs, on peut perdre jusqu'à 20 mètres par année!

Mais un impact non moins important est sans contredit l'impossibilité dans un tel contexte pour les phoques femelles de se reproduire sur les glaces, comme elles ont l'habitude de le faire. Plusieurs questions se posent désormais. Est-ce que les phoques vont migrer comme d'habitude vers les Îles-de-la-Madeleine et le sud de Terre-Neuve comme par le passé pour se rendre compte à la dernière minute que leur rendez-vous annuel avec les glaces est raté? Les femelles n'auront alors d'autre choix que d'accoucher dans l'eau, ce qui va noyer en quelques minutes les nouveaux nés. On imagine qu'un nombre indéterminé de phoques pourraient tenter d'accoucher sur des îlots rocheux près des côtes, voire sur les plages où ils seront plus vulnérables aux prédateurs.

Mais avec un troupeau de près de six millions de têtes, ce n'est pas la perte d'une année de reproduction qui va justifier l'inscription des phoques sur la liste des espèces menacées! Pour avoir un troupeau en santé, selon les biologistes de Pêches et Océans Canada, il faudrait d'ailleurs ramener ce troupeau à 4,1 millions de têtes, ce qui laisse une ample marge de manoeuvre aux autorités fédérales qui définissent annuellement le quota de prises.

Mais à court terme, il est particulièrement intéressant d'observer le discours des acteurs principaux de ce dossier. Par exemple, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), un puissant groupe animaliste, dit s'inquiéter énormément de cette situation sans précédent depuis 30 ans. Il demande du même souffle au gouvernement fédéral de mettre fin à cette chasse «cruelle et inutile» pour aider le cheptel à se maintenir. Assez curieusement, le groupe animaliste met l'accent sur la chasse, alors qu'avec un quota de capture autour de 300 000 têtes par année, le troupeau ne court aucun risque à court terme. Par contre, l'IFAW n'engage pas ses immenses ressources financières contre la cause principale du problème qu'elle pointe, soit le réchauffement du climat et ses causes, la surconsommation de biens et services, la production d'énergies fossiles, l'usage immodéré des transports individuels, la consommation de viande, etc. Elle préfère continuer d'émouvoir le grand public avec de véritables campagnes de désinformation qui misent toujours sur l'image de blanchons attendrissants alors que leur abattage est strictement interdit depuis 20 ans au Canada.

À l'opposé, la sénatrice Céline Hervieux-Payette demandait en décembre au gouvernement Harper d'assurer aux chasseurs terre-neuviens et des Îles le revenu minimum qu'ils tiraient de cette chasse en 2005, soit 15,4 millions, pour contrer l'impact du boycottage institué l'an dernier par l'Union européenne.

«Si le gouvernement conservateur s'est empressé de trouver 4 milliards pour sauver l'industrie automobile américaine, peut-être pourrait-il sauver l'emploi de milliers de travailleurs canadiens» qui tirent un revenu de la chasse au phoque! Le budget fédéral d'hier devrait nous fournir la réponse de Stephen Harper.

***

Lecture: L'Énergie de l'eau, une richesse à exploiter dans le respect de l'environnement, par Maylis Gaillard, éditions Le Cherche midi, Paris, 2009, 117 pages. Une apologie assez peu critique mais intéressante sur le plan technique de la production hydroélectrique dans les eaux douces et salées. On part du principe discutable selon lequel «toute eau est bonne à turbiner» (p. 22) en se fiant, cependant, au contexte législatif de France où, contrairement à ici, les passes migratoires pour les poissons sont obligatoires pour la plupart des projets. On ne fait par contre aucune mention des conclusions du rapport très critique de la Commission mondiale des barrages, publié en 2000.La dérive de la banquise

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3 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 5 mars 2010 02 h 38

    N'en déplaise aux alarmistes.

    Très peu de climato sceptique comme vous dites nie les changements climatiques. En fait, j'en connait pas. Le climat change et a toujours changé.

    Présentement, c'est en effet El Nino qui est responsable des quelques semaines douces de cette hiver et le peu de glace dans le Golf.

    Mais, ça, c'est très conjoncturel, foncièrement dû à une masse d'eau chaude, ce n'est pas le CO2 qui réchauffe l'atmosphère qui ultimement réchauffe l'océan, c'est la masse d'eau chaude dans l'Océan Atlantique qui chauffe la côte. Cette masse d'eau est généralement l'autre coté de l'Océan Atlantique, en train de chauffer les fesses des Français, des Britanniques et autres habitants de l'autre côte atlantique.

    Tout est aussi un peu l'oeuvre des oscillations océaniques, principalement l'oscillation nord atlantique et l'oscillation arctique.

    "El Nino, he says, but also lesser-known ones like the Arctic Oscillation (AO) and the North Atlantic Osciallation (NAO), which have all come together to mix just the right ingredients of moisture, storminess and cold air in just the right way to cause the huge snowstorms."


    http://content.usatoday.com/communities/sciencefai

    Depuis environ 30 ans, c'est eux qui sont en bonne partie responsable de la fonte de la glace en Arctique, de nombreuses études concluent ça.

    Pareil phénomène n'est pas nouveau, ni même l'ampleur du phénomène. Les Vikings ont appellé Terre-Neuve "terre de la vigne" Vineland. C'était certes des vignes qui poussent à des températures moins clémente que la variété européenne, mais quand même.

    Les phoques eux, ils sont des millions, les animalistes peuvent bien crier, ça changera rien, par contre, ces cris et cette pseudo menace, ça aide à garnir un porte-feuille.

  • mdshanti - Inscrit 5 mars 2010 09 h 02

    Phoques

    Des milliers de maman phoques ont donné naissance à leurs bébés ce dimanche 28 février à Dalhousie au Nouveau Brunswick. Elles sont arrivées samedi et ont mis bas dimanche sur les glaces flotantes. Depuis,les glaces ont fondues. On peut encore voir des phoques sur la plage dans les environ du phare.

  • Chilchit - Inscrit 5 mars 2010 14 h 14

    Les phoques menaçé?

    Et ce n'est pas la première fois que cela arrive, et cela s,accentue, :

    Les conditions de la glace sont cette année parmi les plus mauvaises. Les scientifiques ont enregistré les conditions de la glace dans le Golfe du St Laurent et de Terre-neuve au cours des onze dernières années, neuf étaient en dessous de la moyenne. En 2002, 75 % des blanchons nés dans le Golfe sont morts en raison du manque de glace avant même que la chasse n'ait commencé. Cette année, l'état de la glace semble être encore plus mauvais qu'en 2002 et les scientifiques d'IFAW estiment que la mortalité des bébés phoques sera extrêmement importante.

    Voyez la suite:http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/zoologie/

    Au lieu de s'occuper a les retrouver pour les tuer, pensez-donc a offrir un avenir a vos enfants qui soit plus fiable que la chasse aux phoques et surtout plus respectable pour le canada.