Perspectives - Déficit de choix

À ce jour, il n'y a pas eu de débat prébudgétaire. En fait, le ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, a plutôt orienté la réflexion autour de la tarification et de la taxation. Le regard posé à ce jour s'est limité à une approche comptable proposant des arbitrages entre les revenus et les dépenses, à l'aune de l'austérité. Mais d'autres économistes, et ils sont nombreux, parlent d'une occasion ratée de faire des choix, d'autres choix. De voir les choses autrement.

La suggestion — il faut voir les choses autrement — vient de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Les neuf signataires ont déposé leur rapport la veille du discours du Trône à Ottawa. Dans ce discours, le fédéral semble vouloir laisser plus d'espace budgétaire aux provinces dans leur propre lutte contre les déficits, s'imposant plutôt un régime minceur et un gel des budgets des ministères, tout en encourageant cette croissance économique qui s'installe à y aller de sa contribution. Comme quoi il peut y avoir d'autres options que l'austérité.

Certes, il faut attendre les mesures concrètes du budget du ministre Flaherty, déposé aujourd'hui. Peut-être que cet exercice réserve de mauvaises surprises au chapitre de la péréquation et des transferts aux provinces. Peut-être refilera-t-il aux provinces des dépenses non prévues ou profitera-t-il du contexte de délabrement des finances publiques pour déborder de ses compétences. Mais si l'on suppose que l'exercice d'aujourd'hui ne réserve aucun coup bas, celui d'hier, qui propose de réviser la façon de faire de l'appareil gouvernemental et de passer à la loupe les dépenses ministérielles, invite les gouvernements des autres paliers à revoir également leur façon de faire et leur pratique de gouvernance.

Le discours du Trône parle de plonger tout l'appareil gouvernemental dans un régime minceur. On promet également d'examiner à la loupe les dépenses ministérielles et de geler les budgets de fonctionnement des ministères, sans toucher aux soins de santé, à l'éducation et aux régimes de retraite, qui doivent être exclus d'éventuelles compressions budgétaires. Et l'on a recours à la symbolique (par son incidence sur le déficit) du gel des salaires des ministres, des députés, des sénateurs, et du premier ministre. On se sert la ceinture, on retire graduellement les stimulants appliqués en réponse à la crise et l'on mise sur les retombées de cette reprise qui s'installe.

Évidemment, beaucoup repose sur l'espoir d'une reprise solide et durable. Et le gros des dépenses incompressibles se retrouve au niveau des provinces. Mais l'approche de ce discours a ceci d'intéressant qu'elle se veut proactive en misant sur la création de la richesse plutôt que sur la destruction de valeurs tenues pour acquises.

Cela nous amène à l'exercice québécois invitant une équipe de quatre économistes de renom à dresser le portrait des finances publiques du Québec et à proposer des pistes de solution. On connaît la suite. Le mandat était, semble-t-il, à ce point contraignant que les recommandations étaient inévitables. Le pacte 50-50 suggère de réduire les dépenses et de hausser les tarifs et les taxes. Ou bien on régresse, ou bien on accepte l'austérité. Sans plus d'originalité.

Mais sans jouer le jeu de la polarisation des étiquettes opposant la gauche et la droite, pourquoi ne pas tendre l'oreille à ces autres économistes qui ont proposé une vision plus élargie de la problématique des finances publiques? Une problématique qui inciterait les Québécois à revoir ou à réaffirmer leurs priorités. À refaire ou à confirmer leurs choix en matière de redistribution. Pour reprendre l'invitation d'une cinquantaine de signataires d'«une autre lecture des finances publiques», l'exercice nous amènerait à revenir sur l'ampleur et sur l'importance accordée au prétendu problème de la dette. Tout en redéfinissant ce qu'est une hypothèque sur l'avenir et ce qu'est un investissement dans l'avenir, selon les choix de société retenus.

Un autre groupe, les neuf signataires de l'IREC, demande également pourquoi on n'élargirait pas la réflexion en s'ouvrant l'esprit et en acceptant de voir les choses autrement. On rappelle qu'en matière de politiques publiques, «il n'y a jamais qu'une seule voie, mais bien un choix entre des moyens combinés diversement selon le rythme des changements souhaités et la nature des résultats attendus».

Il est évidemment trop tard, avec ce budget Flaherty aujourd'hui et cet autre, celui du Québec, attendu quelque part durant le mois. Tout est déjà coulé dans l'encre. Mais après, ne pourrait-on pas élargir la réflexion au-delà d'un comité consultatif coprésidé par le ministre de Finances?

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1 commentaire
  • Andre Vallee - Inscrit 4 mars 2010 03 h 43

    Manque de vision

    Pour avoir de la vision, il faut enlever ses oeillères. Celles de Jean Charest ne lui font voir que ses “tinamis” financiers et électoraux, ceux qui remplissent sa caisse et ses urnes électorales.
    J'espère que M. Lucien Bouchard va jeter un coup d'oeil sur la “lucidité” du PLQ depuis une dizaine d'année au pouvoir. Il verra alors que ce ne sont pas les souverainistes qui nous ont conduit dans le cul de sac de la dette, mais bien les fédéralistes, tant à Ottawa qu'à Québec.