La session de la dernière chance?

Il en va des gouvernements comme des bouquets de roses. Certains s'épanouissent au pouvoir avant d'entamer un inévitable déclin. On attend presque toujours trop longtemps pour s'en débarrasser. D'autres encore commencent à faner dès la première journée. Ils aboutissent rapidement à la poubelle. Enfin, il y a ceux dont les boutons s'entêtent à ne jamais éclore, nonobstant le temps qu'on leur donne pour y arriver.

Les gouvernements de Jean Chrétien et de Brian Mulroney appartenaient à la première catégorie. À maturité, ils ont, le temps de quelques saisons politiques, séduit une partie importante de l'électorat canadien.

Celui de Paul Martin, par contre, a connu ses plus beaux jours dans la vitrine du fleuriste. Il y a finalement écoulé ses réserves de sève. On fait rarement des bouquets durables avec des fleurs de l'après-Saint-Valentin. Au premier courant d'air, le gouvernement Martin a perdu ses pétales.

Après quatre ans, le temps est venu de se demander si le gouvernement de Stephen Harper n'appartient pas finalement à la dernière catégorie — celle des bouquets dont les boutons ne deviendront jamais des fleurs. C'est souvent parce qu'ils ont été cueillis trop tôt.

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Au moment où le Parti conservateur actuel a mené sa première campagne électorale, en 2004, il n'avait même pas eu un seul congrès d'orientation. La rencontre qui était destinée à arrimer les idées de l'ancien Parti progressiste-conservateur à celles de l'Alliance canadienne a eu lieu presque un an plus tard.

Sur fond de Parlement minoritaire, on s'est finalement surtout entendu pour écarter du programme des sujets contentieux comme l'avortement et pour régler des affaires d'intendance. De toute façon, Stephen Harper et son parti n'allaient jamais avoir l'occasion de décanter ces délibérations.

Ils n'avaient pas sitôt quitté le congrès de Montréal que le compte à rebours de la défaite du gouvernement Martin et de la campagne électorale qui allait porter les conservateurs au pouvoir était enclenché. Le programme dépouillé présenté à l'électorat au moment de cette première campagne avait été concocté en vase clos, par des stratèges, plutôt que sur le plancher des débats de la base militante.

Entre le moment où les conservateurs s'étaient brouillés entre eux et leur réconciliation, presque quinze ans plus tard, la réalité politique avait pourtant beaucoup évolué. Au début de leur guerre fratricide, à la fin des années 80, les finances publiques, les arrangements Québec-Canada et les relations commerciales avec les États-Unis étaient les trois sujets qui dominaient l'activité fédérale.

Au pouvoir, le «nouveau» Parti conservateur allait plutôt se retrouver avec une place canadienne à redéfinir dans l'ordre mondial de l'après-11-Septembre, un fond de surplus à gérer et une nouvelle donne impliquant l'environnement et l'énergie à la clé du débat sur l'unité canadienne. En rétrospective, ce sont des virages auxquels la formation de Stephen Harper n'avait guère eu le loisir de réfléchir ou de se préparer.

L'équipe qui s'est retrouvée au pouvoir en 2006 n'avait aucune mémoire institutionnelle fédérale et peu de bagage commun. Plusieurs de ses éléments dominants sont passés directement de la scène provinciale à un ministère fédéral de premier plan. C'est notamment le cas du triumvirat ontarien que forment le ministre des Finances Jim Flaherty et ses collègues du Transport et de l'Industrie, John Baird et Tony Clement.

Les parlementaires conservateurs fédéraux les plus expérimentés — des gens comme Stockwell Day et Peter MacKay qui avaient chacun dirigé un parti — avaient consacré, dans des camps opposés, l'essentiel de leur énergie au front de la guerre entre conservateurs plutôt qu'à celui des politiques publiques.

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La situation minoritaire du gouvernement allait avoir pour effet de plonger un parti dont la greffe était encore embryonnaire dans un vase d'eau glacée.

Deux ans après sa première victoire, Brian Mulroney dirigeait un gouvernement déstabilisé par des accusations de scandales et sans objectif identifiable. Les projets de libre-échange et de réconciliation constitutionnelle n'étaient pas encore sur son écran radar. Le gouvernement Chrétien a célébré son deuxième anniversaire au pouvoir en passant à un cheveu de perdre le référendum de 1995.

L'espérance moyenne de vie d'un gouvernement minoritaire au Canada est de 18 mois. Le gouvernement minoritaire Harper n'a jamais eu le luxe d'une vraie marge d'erreur. Encore moins qu'un gouvernement majoritaire, sa situation ne s'est jamais prêtée à une véritable saison des idées.

Quatre ans plus tard, le gouvernement Harper ne s'épanouit pas au pouvoir autant qu'il semble se ratatiner. Depuis quelques mois, ses appuis se tassent dans les intentions de vote. Les sondeurs en sont souvent à parler de noyau dur pour décrire ces appuis, un noyau hermétique en symbiose avec un gouvernement de plus en plus perçu comme replié sur lui-même et sur ses idées fixes. Faudra-t-il attendre que le Parti conservateur retourne dans l'opposition pour le voir mûrir davantage? La session qui s'amorce mercredi le dira sans doute.

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12 commentaires
  • NicolasG - Inscrit 1 mars 2010 06 h 13

    Aucune alternative pour l'instant

    D'ici 4 ans, les changements démographique auront atteint le Parlement et le Québec gardera au mieux environ 23% des sièges (75/330). Ce sera l'époque de nombreux bouleversements pour une province qui fera face de plein fouet à la retraite des baby-boomers.

    En attendant ce moment, il semble que Michael Ignatieff a déjà raté sa chance de devenir premier ministre, lui qui a été brûlé par une affreuse campagne "pré-électorale". Ainsi, il est fort probable que ni les Libéraux ou les Tories n'auront de gouvernement majoritaire d'ici 2014.

    Espérons qu'ils pourront au moins se mettre d'accord sur un plan efficace de réduction de la dette...

  • T. Julien - Inscrit 1 mars 2010 07 h 58

    Rien de mieux à l'horizon...

    Que l'on aime ou pas les Conservateurs de Stephen Harper, il demeure que pour le moment, il n'y a rien de mieux à l'horizon...

    On peut ne pas être d'accord avec toutes les décisions du gouvernement Haper mais, on doit admettre qu'il a 'su' ne pas faire dégénérer la 'crise économique' (qui est mondiale), en "dépression"...

    Je crois que le prochain budget du gouvernement cette semaine, indiquera que la solution au "déficit 0" se fera à long terme et non au détriment des citoyens de chaque Province contrairement aux volontés des autres Partis.

    Alors, s'il doit y avoir des élections cette année, j'espère que tous les canadiens auront la "sagesse" de "se" donner un autre gouvernement minoritaire Conservateur car il est certains qu'avec les libéraux (Michael Ignatieff) et le npd (Jack Layton), la dette nationale augmenterait encore plus ou encore, le remboursement se ferait "au détriment" de nos programmes ie.: santé, éducation etc..., comme ce fut le cas avec l'ancien gouvernement Libéral de Jean Chrétien ET CE, simplement pour montrer "le paiement d'une dette", qui sera toujours présente d'une façon ou d'une autre et ce, juste pour faire 'bonne figure' devant l'électorat.

    Comme dit NicolasG il ne reste qu'à espérer qu'ils pourront (Partis) se mettre d'accord sur un plan efficace de réduction de la dette... d'abord en évitant toutes ces 'politicailleries' en Chambre et, sans toutefois trop 'pénaliser' la population canadienne.

    Pour ce faire, il faudrait d'abord, que les politiciens 'aiment vraiment' leur population et leur pays et, c'est pas toujours le cas...

  • michel lebel - Inscrit 1 mars 2010 08 h 16

    Les jeux ne sont pas faits.

    Les jeux ne sont pas encore faits. La solution la plus réaliste pour mettre les conservateurs à la porte est une coalition libérale-néo-démocrate et à celle-ci de se présenter comme une alternative au gouvernement actuel. Ni Harper ni Ignatieff n'ont à eux seuls la capacité de former un gouvernement majoritaire. Encore moins Jack Layton!

  • Andre Vallee - Inscrit 1 mars 2010 08 h 18

    Quelle belle analyse

    Mulroney avait bien commencé. L'Ontario l'a évacué pour son libre échange et le reste du Roc l'a évacué pour Meech. D'ailleurs le seul premier ministre qui a survécu à Meech est, sauf erreur, celui de Terre-Neuve qui était contre.
    Jean Chrétien n'a jamais eu plus que 40% du vote. Dans tout autre pays il n'aurait jamais été élu. Après lui, Paul Martin n'avait aucune chance, étant libéral.
    Présentement, il n'y a pas de pensée conservatrice, seulement harperiste, quelle tristesse!

  • Yvon Roy - Inscrite 1 mars 2010 08 h 22

    ronsard

    Mignonne, allons voir si la rose,
    Qui ce matin avoit desclose
    Sa robe de pourpre au soleil,
    A point perdu cette vesprée
    Les plis de sa robe pourprée,
    Et son teint au vostre pareil.

    La Pléiade