Lire religieux - Jung mystique

Freud et Jung, c'est connu, ne s'entendaient pas sur l'interprétation à donner à l'expérience religieuse. Le premier la considérait comme une sorte de névrose, alors que le second y trouvait une expérience humaine respectable, voire essentielle. Dans Jung et la mystique, un ouvrage savant préfacé par le philosophe jungien français Michel Cazenave, l'essayiste québécois Steve Melanson confirme cette lecture en affirmant que toute la thérapeutique jungienne est tournée «vers le recouvrement d'une attitude religieuse».

Introduction érudite à la pensée de Jung, cet ouvrage montre les liens que cette dernière entretient avec la théologie mystique chrétienne, et plus particulièrement avec celle, très complexe, de Maître Eckhart, un dominicain du Moyen Âge. Jung, explique Melanson, constatait la souffrance de l'homme moderne occidental, sa «perte de sens intérieur», et croyait qu'un «vécu spirituel propre, naturel, libre et agissant, naissant de lui-même dans l'âme, avait la vertu de la guérison intérieure».

Sans se prononcer sur l'existence du Dieu métaphysique, Jung postulait «que quelque chose dans la psychologie humaine est prédisposé à l'expérience d'un état que l'on qualifie de divin» et il était convaincu qu'un «renouvellement de l'attitude religieuse occidentale» inspiré par la mystique, en explorant le vide de l'homme pour mieux le combler, permettrait d'éviter «de nouvelles folies collectives modernes».

Le psychologue zurichois, qui développe pleinement ce penchant mystique à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale, considérait, par exemple, que les Allemands cherchaient en Hitler «ce sens qu'ils n'avaient pas eu la chance de voir naître en eux». D'où l'urgence, selon lui, d'une révolution psychique visant à «guérir l'humanité de ses déchirures contemporaines».

Philosophe, docteur en sciences des religions et disciple de Jung, Melanson signe ici un ouvrage original qui propose une exigeante, et par moments nébuleuse, vision psychoreligieuse de l'homme moderne. Pour Jung, suggère-t-il, l'Occident devait produire «son propre yoga», en en trouvant les fondements dans le christianisme. Avec un tel programme, on comprendra que les rationalistes, freudiens et amateurs de clarté sont priés de s'abstenir.

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Jung et la mystique
Steve Melanson
Préface de Michel Cazenave
Sully
Vannes, 2009, 184 pages

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Collaborateur du Devoir

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