Hors-jeux - Et le gagnant est?

Voici revenu, messieurs dames, le grand débat de société qui nous interpelle à tous les deux ans: le pays vainqueur — officieux, car le CIO refuse d'établir un classement général des nations — des Jeux olympiques est-il celui qui gagne le plus de médailles ou celui qui gagne le plus de médailles d'or.

Lancinante interrogation existentielle, en vérité, au moment où le Canada se retrouvera au sommet pour les titres olympiques même s'il perd en finale du hockey sur glace dimanche, mais plus bas pour l'ensemble de la quincaillerie.
 
La situation est d'autant plus singulière que le programme «À nous le podium» s'était fixé comme objectif un premier rang pour le total de médailles, justement parce qu'il serait injuste, comme un dirigeant du Comité olympique canadien l'avait évoqué, de juger la performance du Canada à partir de l'or seulement, lui qui n'en avait pas gagné chez lui jusque-là. Tel est pris...
 
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Même les plus grands peuvent se faire avoir. La puissante machine médiatique de NBC l'a appris a ses illustres dépens vendredi.
 
Après la victoire de 6-1 des États-Unis contre la Finlande, la chaîne câblée MSNBC diffuse une entrevue téléphonique avec le gardien de but Ryan Miller. Celui-ci déclare que les équipes du Canada et de la Russie sont «surestimées», que les USA étaient inquiets avant leur match du tour préliminaire en raison de «l'avantage du terrain», et il évoque une joute contre la Russie qui n'a jamais été disputée mais où ils s'attendaient à une «victoire facile».
 
Déjà, le grelot aurait dû être attaché, d'autant plus que Miller est un homme réservé qui ne se répand jamais en déclarations flamboyantes, mais l'animateur Willie Geist poursuit l'entretien.
À la fin, Miller déclare que «nous sommes presque assez confiants pour garantir que nous allons gagner le match de la médaille d'or» contre le Canada, dimanche.
 
Peu après, Miller commence à recevoir des messages d'amis et de représentants de la Ligue nationale de hockey, qui lui font remarquer qu'il s'est montré, mettons, plutôt sûr de lui. Il ne comprend pas. Jusqu'à ce qu'on lui dise ce qui s'est passé...
 
On ne sait trop par quelle combine, un farceur est parvenu à se faire passer pour lui. Il communique avec MSNBC...
 
L'émission de Geist est terminée et on en est à la politique lorsque Geist demande à intervenir brièvement en ondes. Miller, le vrai, est au bout de l'avec pas de fil. Geist offre ses excuses, dit qu'il se sent très mal, déclare qu'il avait l'impression que les propos du faux Miller étaient suspects mais qu'il a commis l'erreur de ne pas couper court à l'entretien.
 
«Aucun problème», répond le gardien. «J'apprécie les bons canulars. Mais je ne fais jamais de prédictions. J'ai juste hâte de jouer le match et j'espère qu'on va le gagner.»
 
Pour ce qui est de Geist, il était, disons, un peu embarrassé.
 
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L'Américain Apolo Anton Ohno, octuple médaillé aux Jeux olympiques, a été disqualifié dans la finale du 500 mètres de courte piste après avoir clairement poussé François-Louis Tremblay, ce qui a provoqué une double chute.
 
Après la course, Ohno a ainsi expliqué sa disqualification: «L'arbitre en chef est un Canadien, il y avait deux Canadiens dans l'épreuve et nous sommes au Canada.»
De la grande classe, moi je trouve. Mais juste un peu.
 
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Fervent chrétien, le pilote de bobsleigh canadien Lyndon Rush, médaillé de bronze en équipage de quatre samedi, invite ses coéquipiers à prier le bon Dieu avant chaque descente. Même les non-croyants, dit-il, y participent de bon gré et en tirent quelque chose. Cela étant, déclare-t-il, «je ne crois pas aux athées».
 
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Malheureusement les pantalons de curling norvégien n'auront pas été en mesure de tenir tête à Kevin Martin. Mais ce fut un sacré beau moment de mode, si vous voulez l'avis de quelqu'un qui n'y connaît rien.
 
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Ç'aurait pu être une merveilleuse histoire. Ce sera pour une autre fois.
 
Nommé au sein de l'équipe canadienne, Brian McKeever, 30 ans, de Calgary, entendait devenir le premier athlète de l'histoire à participer à la fois à des Jeux olympiques et des Jeux paralympiques d'hiver. Il devait prendre part au 50 kilomètres classique de ski de fond, le marathon des JO d'hiver, dimanche.
 
McKeever est atteint de la maladie de Stargardt, qui attaque la rétine et entraîne une perte de l'acuité visuelle. Sa vision n'est que de 10 % et il ne perçoit la lumière qu'à la périphérie. Comme il le dit lui-même, «je vois le beigne, mais je ne vois pas le Timbit».
 
En compétition paralympique, où il a déjà remporté six médailles à Salt Lake City et Turin en ski de fond et en biathlon, McKeever est guidé par son frère aîné Robin. Aux JO, il comptait s'orienter à partir des autres concurrents ou, s'il se trouvait isolé, en se fiant à son excellente connaissance du parcours.
 
Mais son nom n'a pas été retenu au sein du quatuor de Canadiens qui prendront le départ. On lui a préféré Alex Harvey, Devon Kershaw, George Grey et Ivan Babikov. L'entraîneur Inge Braten a expliqué qu'il n'aimait pas la situation dans laquelle il se trouvait mais qu'il était forcé de choisir les quatre meilleurs.
 
«Mon rêve olympique s'envole. Je ne pense pas avoir déjà été aussi triste», a dit McKeever. Mince consolation, il participera aux Jeux paralympiques de Vancouver, qui démarrent le 12 mars.
 
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Erratum. J'ai écrit dans ma chronique précédente que le Comité olympique américain avait présenté ses excuses pour les hockeyeuses du Canada qui avaient festoyé sur la patinoire après leur conquête de la médaille d'or. Il s'agit évidemment du Comité olympique canadien.
Mettez cela sur le compte d'une distraction induite par l'apparition de plaies de sofa à la 200e heure d'écoute de TV basse définition. Encore chanceux que ledit sofa ne compte pas de virage numéro 13. Il est peut-être temps qu'elle finisse, cette quinzaine...
 
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Résumé de cette pénultième journée de Vancouver 2010 dans le domaine de l'invraisemblance.
 
Au slalom géant parallèle de surf des neiges, les virages sont incroyables, la descente de Jasey Jey Anderson en demi-finale était incroyable, sa victoire en finale était absolument incroyable, la médaille d'argent de l'Autrichien Benjamin Karl était incroyable, le retour des Allemandes dans les 200 derniers mètres de la poursuite sur longue piste était incroyable, leur médaille d'or était incroyable, Karl a un avenir incroyable devant lui, la pression mise par le bob Allemagne 1 sur Canada 1 était incroyable, et ces Jeux de Vancouver 2010, vous ne le croirez pas, ont été incroyables.
 
Et moi qui me croyais sceptique.
4 commentaires
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 27 février 2010 21 h 40

    Le vrai gagnant

    La Norvège avec ses 4 millions d`habitants et plus de 20 médailles doivent être les gagnants indiscutables. Ils mènent dans plusieurs disciplines en équipe et individuelles. Bravo pour ce peuple du nord de l`Europe. Vous êtes les gagnants sans aucun doute. Puis le Québec suit de près.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 27 février 2010 21 h 47

    Les olympiques

    La norme essentielle est l`esprit sportif. Les participants gagnent ou perdent dans l`honneur selon leur compétence et grâce sous les feux de la rampe. Mais alors pourquoi cette brutalité, disgrâce et violence au hockey de la LNH quand ces mêmes joueurs démontrent leur talent sans recours aux gestes disgracieux et dangereux aux olympiques? Il y a bien des disqualifications en courses courte piste et souvent impliquant les coréens. Ceux-ci devraient aussi avoir compris que l`esprit sportif ne se soumet pas à la disgrâce de l`odieux.

  • jacques noel - Inscrit 28 février 2010 08 h 41

    Ohno

    En fait,il aurait dû dire:

    «L'arbitre en chef est un Québécois, il y avait deux Québécois dans l'épreuve et nous sommes au Canada»

    Sérieux, on l'a tous vu pousser Tremblay.

    Bravo à nos Québécois qui sont allés chercher 4 médailles d'or. C'est plus que les Russes! (en fait on peut même dire 5 si on ajoute le hockey féminin et le longue piste hier)

  • tvkpialfa - Inscrit 28 février 2010 09 h 55

    Classement alternatif

    Si on s'entend pour dire qu'une médaille d'or vaut plus qu'une d'argent qui vaut plus qu'une de bronze, alors pourquoi pas un classement qui donne 3 points pour une médaille d'or, 2 pour l'argent et 1 point pour le bronze. En date d'aujourd'hui, ça donne les USA premier avec 68 points, l'Allemagne deuxième avec 61 et le Canada troisième avec 58., ce qui correspond en tout point au classement selon le nombre de médailles...