Voilà ce qu'est le véritable placement!

Mardi dernier, dans ma chronique intitulée «C'est reparti», j'ai remis en question la pertinence pour un petit investisseur de trop mettre l'accent sur les unités de fonds négociés en Bourse (FNB), vraisemblablement la nouvelle coqueluche des institutions financières. Pris individuellement, ces fonds semblent avoir du sens.

Mais multiplier ceux-ci dans un portefeuille conduit vite à l'éparpillement au superlatif. C'est ainsi que, dans l'exemple de ma chronique, on a pu constater qu'un petit investisseur, en choisissant quatre fonds négociés distincts, parvenait, avec un montant à investir de 100 000 $, à participer à la destinée de plus de 1740 entreprises, localisées dans 20 pays sur cinq grands continents. Imaginez! Tout cela avec seulement 100 000 $. Il est épatant de voir à quel point les institutions financières parviennent à dénaturer le placement, le véritable placement pour l'individu. Vous vous demandez ce qu'est le véritable placement? Je vous invite à lire cette lettre écrite par un lecteur du Devoir en réponse à ma chronique. Celle-ci illustre parfaitement comment un individu doit s'y prendre pour tirer des revenus réguliers à la retraite tout en protégeant son capital à long terme. Voici la lettre en question.


Cher M. Chiasson,

Il y a longtemps que je voulais vous écrire pour vous féliciter de vos excellents articles. Celui du mardi 23 février («C'est reparti!») portant sur la diversification extrême des portefeuilles m'incite enfin à le faire.

Warren Buffet a déjà dit: «La diversification est une excuse pour l'ignorance.» Il ne voulait certes pas dire qu'il ne faut pas diversifier, mais je suppose qu'il visait la mode qui veut que l'on doive absolument diversifier entre les secteurs, les pays, etc.

Si cela peut être vrai, dans une certaine mesure, pour les gros portefeuilles, c'est beaucoup moins vrai pour les petits. Dans ce dernier cas, il vaut beaucoup mieux détenir un nombre limité de titres et bien connaître les compagnies dans lesquelles on investit.

Je suis toujours estomaqué et peiné de voir les analystes et chroniqueurs (sauf de notables exceptions comme vous et peu d'autres) ne pas simplifier leurs conseils afin d'aider l'investisseur «ordinaire».

Pour bien me faire comprendre, je vous parle de mon propre cas tout en m'en excusant.

En 1999, âgé de 69 ans, j'avais certaines connaissances du placement, mais pas des connaissances pointues. Au 31 décembre de cette année-là, mon FEER, composé uniquement d'actions et d'unités de fiducie, avait une valeur marchande de 439 000 $. Le 31 décembre 2009, donc dix ans plus tard, cette valeur était de 570 066 $ même si, entre les deux dates, j'avais fait des retraits réguliers cumulatifs totalisant 357 003 $.

En additionnant l'augmentation de valeur (131 054 $) et les retraits, mon FEER a rapporté 488 057 $, soit un rendement de 111,17 % pour la période de dix ans.

Soit dit en passant, je ne comprends pas la frilosité des conseils qui veulent que l'on diminue la proportion des placements en actions au fur et à mesure de l'avancement en âge. Quant à moi, maintenant âgé de 79 ans, mon FEER et mon compte marge sont tous en actions et je me sers même un peu de l'effet de levier avec le plus grand bénéfice. Cette façon de faire me semble valable pour celui qui n'a pas besoin de ses revenus de placement pour vivre.

Je dois dire que je transige peu et toujours avec un courtier à escompte.

Je ne sais pas si mon rendement fut médiocre, bon ou excellent, mais il me satisfait, et ce, sans que j'aie eu à courir des risques indus, comme le démontre, je crois, la composition de mon portefeuille:

Banque Royale (27,31 %), Power Corporation (15,91 %), Société de fiducie Cominar (14,09 %), Banque Nationale (15,97 %), Société en commandite Gaz Métro (9,52 %), BCE (8,37 %), Industrielle Alliance (6,01 %) et Société de fiducie immobilière RioCan (2,70 %).

Mon portefeuille a varié quelque peu au cours des ans. J'ai fait des erreurs causées par l'inexpérience, l'impatience, l'ennui, et l'appât du gain, pour en finir par conclure que je devais me diriger sans hésitation vers le genre de portefeuille illustré plus haut.

Je termine en vous remerciant et en vous félicitant pour votre excellent travail d'éducation.

M. B.


Libres avec les FNB ou dépendants des planificateurs financiers?


J'ai beaucoup de respect pour vos opinions, M. Chiasson, cependant rien n'est parfait.

Les avantages des FNB, malgré leur défaut principal de l'éparpillement, sont nettement supérieurs aux inconvénients des autres produits financiers offerts aux petits investisseurs, à commencer par les frais de gestion injustifiés (au Canada, les plus élevés au monde) des agents de fonds communs.

Ces mêmes fonds communs sont également très diversifiés, sinon éparpillés. Chaque fonds est probablement formé d'autant de compagnies que les FNB. De plus, avec les fonds communs, nous ne pouvons effectuer nous-mêmes les transactions, il y a toujours des délais, ce qui n'est pas le cas avec les FNB.

Je ne vois pas le jour où je confierai de nouveau mon argent à des «planificateurs» financiers qui ont comme premier objectif leurs propres intérêts, ils sont tous pareils. Même ceux qui se présentent comme indépendants ont tous un fil à la patte.

P. B.

Vous semblez considérer les fonds négociés en Bourse comme étant un moindre mal par rapport aux traditionnels fonds communs d'investissement. Vous reconnaissez cependant d'emblée que les deux conduisent à une diversification excessive de vos placements. Mais cela vaut mieux que de dépendre de planificateurs financiers qui, pour la plupart, vivent de la vente de produits financiers, dites-vous.

Mais alors, pourquoi ne pas faire comme le monsieur de la lettre précédente qui, à l'âge de 69 ans, a débuté la construction de son portefeuille en choisissant les actions de huit grandes firmes distinctes? Il n'y a rien de magique là. Il a tout simplement pris le temps de les accumuler par l'entremise d'un courtier à escompte dont les commissions exigées correspondent à une mince fraction de ceux des courtiers de plein exercice. Et, j'ajouterai, vous devriez simplement voir à accumuler les actions graduellement (étalez votre programme d'achat sur un an et demi), seulement sur correction des cours (recul de 7 % et plus par rapport au plus récent sommet des 52 dernières semaines). Et vous verrez à le faire en vous abonnant à une bonne lettre financière 100 % objective qui suit de près le développement de ces grandes entreprises.

Pour terminer, contrairement à notre interlocuteur précédent, je vous conseille d'éviter le recours à la dette (compte sur marge) pour investir à la Bourse, question de limiter le risque de votre portefeuille et de ne pas céder à la panique lorsque surviennent de sévères corrections comme celle de 2008-début 2009.
1 commentaire
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 27 février 2010 20 h 42

    La concentration versus la diversification

    J`avais concentré mes placements dans quelques firmes américaines (Tyco, Merril Lynch, Exxon, Caterpilar, Pfizer, Genentec et Raytheon) fin années 90. Il y a eu septembre 2001 et 2002, puis 2008. Plusieurs grandes capitalisations ont souffert grandement. Buffett a souffert de ces événements même selon sa théorie de la valeur intrinsèque. Les grands financiers bancaires des USA vous ferons pâtir durant de longues périodes à investir à contrario et vous serez le lapin du chasseur. Ils rachèteront à faible coût quand vous paniquerez, car ceux-ci n`ont pas de limite d`âge à se préoccuper. Même les pays bien nantis dont les USA ont souffert. Il faudra travailler fort pour renverser la tendance même à la retraite. Les pertes de 2001-02 ont pris 3 ans pour récupérer. Celles de 2008 furent récupérées à 93% vers la fin de 2009.