Difficiles à suivre...

Depuis deux semaines, ça tire dans tous les sens. Tous ceux qui ouvrent la bouche ces temps-ci ont l'air de dire blanc et noir en même temps, une chose et son contraire dans le même souffle. Et ça jase et ça parlotte. Ça propose des solutions à tous nos problèmes comme si leurs solutions étaient paroles d'évangile et qu'ils étaient les seuls à connaître la vérité.

Un jour, sans qu'on ne leur ait rien demandé, ils s'y sont mis à 16, pas 16 inconnus, mais 16 vrais leaders certifiés, pour nous ordonner d'«AVANCER EN ARRIÈRE». Ce fut un moment grandiose. AVANCEZ EN ARRIÈRE, c'était l'ordre donné aux usagers dans les tramways et les autobus de Montréal aux heures de pointe il y a longtemps. Ça permettait de faire de la place en avant pour les nouveaux qui montaient. Moi, ça me faisait déjà rire. J'avais 6 ou 7 ans, mais j'avais compris que cette commande n'avait aucun sens et que ça frôlait le ridicule.

J'ai eu exactement la même réaction par rapport à la proposition de Lucien Bouchard et de ses amis qui préconisaient aussi d'avancer en arrière en recommandant une augmentation importante des droits de scolarité au niveau universitaire. Ils avaient perdu de vue que ce que nous avions voulu, comme société désirant sortir de l'ignorance, c'était justement de rendre les études universitaires accessibles aux plus pauvres de notre société; voilà qu'une fois la porte du savoir ouverte, ils nous demandaient de la refermer.

C'était leur formidable trouvaille comme solution à l'endettement des lieux de savoir. Et quelle trouvaille! Pour quelqu'un comme moi, qui a été privée d'études universitaires pour cause de pauvreté, et qui rêve d'une instruction gratuite de la maternelle à l'université pour la génération de maintenant, quel désenchantement. Le saccageur de rêves, l'homme en noir, est passé par là. La semaine dernière: la souveraineté du Québec. Cette semaine: l'instruction. Il ne reste plus qu'à ramener la religion catholique dans les écoles et je sens que ça s'en vient.

Il va falloir être super vigilant, car au rythme d'un rêve par semaine, Lucien Bouchard va finir par éteindre le Québec au grand complet.

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Il y a une semaine, le Québec ne parlait que de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Vancouver et de l'insulte faite aux francophones par le «plus meilleur pays du monde», le Canada, qui a fait d'une pierre deux coups en trahissant à la fois la Charte des Jeux, qui garantit DEUX langues officielles, le français et l'anglais, et aussi le bilinguisme officiel du Canada, lequel garantit comme par hasard les deux mêmes langues.

À Vancouver, il s'est trouvé des Canadiens pour dire qu'il aurait valu mieux utiliser l'anglais et le chinois que l'anglais et le français... parce qu'il y a plus de Chinois à Vancouver que de francophones. Il y a là matière à réflexion.

J'aurais préféré ne pas revenir sur le véritable massacre que Garou a fait de la si belle chanson de Jean-Pierre Ferland, mais il le faut bien. Samedi dernier, je tombe par hasard sur l'émission de France Beaudoin (En direct de l'univers). Garou en est l'invité. Je tends l'oreille parce que je crois qu'il va expliquer qu'il était malade le soir de l'ouverture des Jeux ou qu'il n'avait eu les paroles de la chanson que cinq minutes avant de la livrer, mais il reconnaît seulement que ça n'a pas été sa meilleure performance...

L'émission de Mme Beaudoin consiste à faire entendre au public des chansons que Garou aime bien. Les premières chansons choisies sont toutes en anglais... plusieurs des autres aussi. Je me pince. Suis-je bien au réseau FRANÇAIS de Radio-Canada? Dans la même semaine que la cérémonie d'ouverture des Jeux? Quelqu'un dort au gaz? Le réseau français est mort? Ou le mépris est-il si généralisé qu'on ne le voit plus?

Depuis, on a appris qu'il n'y aurait pas plus de français à la cérémonie de fermeture des Jeux. Et Annie Villeneuve a été remerciée. On n'aura pas besoin de ses services à Vancouver. Il est évident que le français perd du terrain proportionnellement à notre indifférence. Avancez en arrière!

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Le frère André va être canonisé. Messeigneurs Turcotte et Ouellet sont bien contents. C'est un cadeau du Ciel, ou un cadeau du pape, pour souffler sur les braises d'une religion qui voudrait bien retrouver ses privilèges d'autrefois.

Les journalistes, sans doute sous l'influence du Saint-Esprit, ont accepté en silence de recouvrir d'un voile opaque les manifestations de certains citoyens qui affirment avoir été agressés sexuellement par des membres de la congrégation de Sainte-Croix durant leur passage au collège Notre-Dame, juste en face du célèbre oratoire du frère André.

Pendant que le frère André vendait son «huile de saint Joseph», se peut-il que d'autres frères aient vendu leur âme au diable?

Mgr Turcotte a parlé de «la médaille d'or» que l'Église remettait au frère André en le sanctifiant. Moi, je pense aux coffres de l'Église qui vont se remplir de l'argent amassé à la loterie des miracles. Les dignitaires de l'Église ne vont certainement pas se priver de la manne qui passe. Et les femmes seront encore plus nombreuses à monter les marches de l'oratoire à genoux... comme d'habitude.

J'ai vraiment hâte qu'on commence à avancer en avant... peut-être qu'on deviendra plus facile à suivre!

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