Hors-Jeux - La glace était en feu

L’équipe masculine de hockey du Canada a obtenu son laissez-passer pour les demi-finales des Jeux, hier. Entouré de 18 000 spectateurs en liesse, le joueur d’avant Rick Nash célèbre le but qu’il a marqué, soit le troisième de son équipe. C’est par la marque de 7 à 3 que s’est achevé le face-à-face-choc Canada-Russie.
Photo: Agence Reuters Hans Deryk L’équipe masculine de hockey du Canada a obtenu son laissez-passer pour les demi-finales des Jeux, hier. Entouré de 18 000 spectateurs en liesse, le joueur d’avant Rick Nash célèbre le but qu’il a marqué, soit le troisième de son équipe. C’est par la marque de 7 à 3 que s’est achevé le face-à-face-choc Canada-Russie.

Ca promettait. Ça promettait presque déraisonnablement. On le sait, il arrive aux grandes affiches de ne pas être à la hauteur. On se rappelle avec des soubresauts dans la région le but de Paul Henderson à la Série du siècle ou celui de Mario Lemieux à la Coupe Canada 1987, on oublie un peu plus facilement les taloches de 6-0 à la Coupe du défi de 1979 et de 8-1 à la même Coupe Canada en 1981. Mémoire sélective, quand tu nous tiens par la barbichette. Et on ne dit pas ça à cause de l'identité de l'équipe gagnante, mais du score final.

Canada-Russie au hockey sur glace donc, prématurément, on l'attendait dans quatre jours avec l'or à l'enjeu. Mais comme le pays hôte avait trébuché au tour initial, là, tout de suite, dans un simple quart de finale, il était plutôt question, de part et d'autre, de sauver sa peau. Et si on assistait au début d'une nouvelle ère qui pourrait durer longtemps, celle de Crosby contre Ovechkin en rencontres internationales, il faut donner au premier la première manche. D'aplomb.

7 à 3, chers amis. Même pas proche, de toute évidence. On a le choix des termes: démoli, démantibulé, passé à la moulinette, haché menu. Trop fort? Mettons qu'ils les ont mouchés, avec du papier sablé pour être précis. Vos p'tits gars sont sortis le couteau entre les dents, la tronçonneuse à la main et le feu quelque part ailleurs. Selon un rapport réalisé en laboratoire, ils étaient tellement hot qu'à un moment donné, même la glace s'est incendiée. Les Russes, eu, malgré tout leur talent, ont été réduits à subir la tempête.

Il n'y avait pas deux minutes et demie au compteur que déjà le grand Getzlaf en avait déjà poté un pour donner le ton, et c'était 4-1 après la première, 7-3 après la deuxième, et si vous commettiez l'imprudence d'aller faire un tour au frigo de plus de quelques millièmes de seconde, vous risquiez sérieusement de rater un filet.

Ç'a été un peu plus tranquille en troisième, mais la cause était entendue. Après des sorties inquiétantes contre la Suisse et les États-Unis, le Canada a semblé retrouver sa cohésion face à l'Allemagne, et il a montré hier soir qu'on devait lui redonner le titre de favori du tournoi.

Prochaine étape: la Suède ou la Slovaquie, selon ce qui s'est passé dans la nuit de hier à aujourd'hui.

On en connaît qui ont dû pousser un sérieux soupir de soulagement. S'il avait fallu...

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Quand, peu après le début de son programme court, tard mardi soir, Joannie Rochette a enfilé avec succès un triple lutz et un double pointe, Elizabeth Manley a croulé sous l'émotion. Analyste du patinage artistique pour le réseau CTV, la médaillée d'argent de Calgary 1988 a été incapable de prononcer le moindre mot pendant le reste de la prestation. Elle a fondu en larmes, elle dont la propre mère a succombé à un cancer il y a moins de deux ans.

C'est peut-être ça qu'il fallait: ne rien dire. «Les mots ne peuvent décrire ce que je ressens», a d'ailleurs fait savoir Rochette elle-même.

En fait, s'il y en a un, un mot, un seul, c'est ce «Maman» esquissé à la fin du parcours qui contenait toute la détresse du monde.

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Le moins que l'on puisse penser, c'est que la bêtise donne du mal au patineur de vitesse longue piste néerlandais Sven Kramer en ces Jeux de Vancouver 2010 à Richmond.

On se souviendra qu'après avoir remporté le 5000 mètres le 13 février, Kramer avait été interpellé à sa descente du podium par une reporter de NBC qui lui avait demandé qui il était, quel pays il représentait et quelle épreuve il venait de gagner. Kramer lui avait répondu: «Êtes-vous stupide?»

Mardi, au 10 000 m, ç'a été pas mal plus dramatique. Le détenteur de la marque mondiale sur la distance était en voie de réaliser un record olympique, mais il a été disqualifié pour avoir emprunté le mauvais couloir. Une bévue de son entraîneur, Gerard Kemkers.

«Cet idiot m'a envoyé vers l'intérieur» alors que lui-même se dirigeait, correctement, vers l'extérieur, a-t-il dit après la course. «Cette erreur de trajectoire est venue détruire ce qui devait être le plus beau moment de ma vie. Elle change la trajectoire de ma vie.»

Kemkers a pris l'entière responsabilité de la bourde et, plus tard, Kramer a adouci le ton. «Tout le monde peut se tromper», a-t-il dit, ajoutant que comme coureur, il lui revenait de prendre la bonne décision.

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Les flamboyants pantalons des joueurs de curling de la Norvège, les Loudmouth Golf Dixie Pants dotés de losanges rouges, bleus, gris et blancs, font un malheur. Il paraît qu'il est de plus en plus difficile d'en trouver dans les internets tellement ils sont populaires.

Le skip Thomas Ulsrud en a même offert une paire au roi de Norvège Harald V, qui est de passage à Vancouver. Selon des sources, Sa Majesté trouve qu'«il s'agit des pantalons les plus cool que j'ai jamais vus». Le roi aurait aussi déclaré à ses sujets curleurs: «Vous semblez vous amuser. Tous les autres sont si sérieux.»

Une page Facebook rendant hommage aux pantalons a été créée et elle a déjà reçu quelque 400 000 visites.

Le quatuor norvégien disputera jeudi l'une des demi-finales masculines du tournoi olympique contre la Suisse.

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En ce jeudi, sachez que le rendement du gardien de but des États-Unis Ryan Miller est incroyable, la position dans laquelle se retrouvent les États-Unis au tournoi olympique est incroyable, le coffret DVD de RDS est incroyable, la prise de vue sur le but refusé aux États-Unis est incroyable, le scénario du match É.-U.-Suisse est incroyable, Drew Doughty est incroyable et Crosby contre Ovechkin, ma parole, que voilà un duel incroyable. Canada-Russie? Spectacle incroyable, exécution incroyable, et quelque chose d'autre d'incroyable.

Comme l'écrivaillait le prosateur laconique: wow.
9 commentaires
  • Michel Gaudette - Inscrit 25 février 2010 09 h 26

    Et l'olympisme ???

    Tout le tournoi est une mise en scène canadienne!!!

    Même la patinoire qu'on a mesquinement refusé de faire selon les standards olympiques pour favoriser le Canada.

    Quant à l'esprit mesquin entourant ce tournoi, il est un mépris de l'olympisme.

    On y retrouve le même esprit exécrable de la victoire à tout prix qu'a toujours incarné le hockey canadien...

  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 25 février 2010 10 h 06

    N'exagérons quand même pas trop...

    Oublier la contre-performance de Nabokov qui a encaissé 6 buts (SIX) en une vingtaine de minutes est aussi dangereux que de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tuer.
    Certes, l'équipe Canada était superbe, mais qui ne l'aurait été devant une passoire?
    La suite a été différente, et si on enlève les six premiers buts, le score serait 1 ou 2 à 3 en faveur des russes... qui ont quand même déjoué le grand Luongo à trois reprises.

  • jacques noel - Inscrit 25 février 2010 10 h 38

    M. Dion

    Comment Vancouver a fait pour avoir les Jeux sans glace olympique?
    A Québec, le petit Colisée a été rénové avec une glace de dimension olympique justement pour pouvoir répondre aux critères du CIO.

  • Jacques Gagnon - Abonné 25 février 2010 13 h 01

    Ils sont tous sur la même patinoire

    La guerre froide est terminée messieurs. Les «victimes» de cette épouvantable supercherie visant à favoriser indûment nos tricheurs canadiens sont, pour la grande majorité, des vedettes de la ligue nationale qui se débrouillent très bien sur les plus petites patinoires.

  • Augustin Rehel - Inscrit 25 février 2010 13 h 03

    Un excellent match

    Il faut regarder la façon dont les Canadiens on joué, et ils ont joué de belle façon. Pour une fois, sacre bleu, qu'ils ont bien joué, il faut le reconnaitre et le souligner.

    Bravo les gars. J,espère que vous jouerez aussi bien contre les Américains.