Ce que les Américains pensent de nous

Des gens des quatre coins du Canada et de partout dans le monde fêtent ces jours-ci dans les rues de Vancouver. Mais même s'il s'agit de Jeux olympiques, il n'en reste pas moins qu'une petite histoire se cache derrière la grande.

C'est devenu une habitude de nous comparer quotidiennement à nos voisins américains. Mais à leurs déclarations patriotiques répétées ad nauseam, nous préférons opposer une approche plus modeste, plus polie. Bien entendu, il y a des exceptions. C'est le cas pour les Jeux olympiques, au cours desquels nous, les Canadiens anglophones, n'avons pas essayé de brider notre nationalisme. Au point où nous avons même limité le temps d'entraînement imparti à nos concurrents internationaux, notait le New York Times il y a quelques mois.

Comme toujours, nous restons très sensibles à ce que les Américains pensent de nous. Et bien sûr, nous avions espéré les surpasser sur le podium, surtout au hockey.

Personne ne s'étonnera donc de voir les Canadiens déçus des résultats obtenus jusqu'ici par nos athlètes. Les États-Unis ont fait beaucoup mieux. Si bien que le comité olympique n'a eu d'autres choix que de renoncer à son objectif, soit celui de prendre la tête du classement des médailles. Mais les jeux ne sont pas encore faits. Et de nombreux Canadiens ont le sentiment qu'il suffirait d'une médaille d'or au hockey masculin pour se racheter.

Pour la Colombie-Britannique, il y a de bonnes nouvelles dans les mauvaises. Quand les Américains ont un bon rendement, les téléspectateurs suivent. Les cotes d'écoute sont donc très élevées. Les conditions météorologiques printanières font également en sorte que nous pouvons nous attendre à petit un coup de pouce au tourisme et peut-être même à quelques investissements supplémentaires.

Pour les Québécois et les francophones, les cérémonies d'ouverture ont été une déception de plus. Quelle ironie ce fut d'ailleurs de voir un Québécois, le skieur Alexandre Bilodeau, premier médaillé olympique à gagner l'or en sol canadien, faire la une des journaux au lendemain des cérémonies!

Je ne chercherai pas à excuser ici les choix du comité organisateur. Je dirai seulement que leur choix reflète ce qui est, à mon avis, le vrai Canada. Un Canada qui se voit d'abord à travers les yeux des Américains. Un Canada dans lequel francophones et anglophones vivent dans des chambres à coucher séparées depuis que le Québec a décidé de ne pas divorcer.

Organisées par un Australien, les cérémonies d'ouverture ont été principalement conçues pour attirer des téléspectateurs américains. Comment expliquer autrement la présence de Bryan Adams? Et, pour la même raison, il est compréhensible que les organisateurs aient souhaité que Céline Dion fasse une apparition et qu'ils se soient retrouvés fort dépourvus quand ils ont su qu'elle n'était pas disponible.

Lorsque j'ai vécu à Paris, j'ai rencontré Garou une fois, à l'aéroport. Mais pour être honnête, peu de mes voisins à Victoria avaient déjà entendu parler de lui. Quant à Elisapie Isaac, que certains Québécois auraient aimé voir sur scène, eh bien, ce nom m'est complètement étranger.

Évidemment, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont été déçus par l'absence du français lors de la cérémonie d'ouverture. Pour les souverainistes, c'était même un cadeau. Mais ils oublient qu'à l'extérieur du Québec, les Canadiens ne portent pas beaucoup d'attention à ce débat. Pour tout dire, ils en sont plutôt fatigués. La majorité a renoncé à tenter de faire quoi que ce soit pour améliorer la situation. En fait, pour beaucoup, dormir dans des chambres séparées est devenue la situation idéale puisqu'ils n'ont plus à négocier autant d'accommodements. Ils peuvent donc continuer à vivre en anglais sans s'en préoccuper.

La semaine dernière, par exemple, peu de gens en Colombie-Britannique se sont intéressés aux commentaires de Lucien Bouchard, qui ont pourtant dominé l'actualité au Québec. Ils n'ont pas porté plus d'attention à la lettre ouverte signée par Michael Ignatieff. Après avoir tenté d'expliquer l'absence du français dans la cérémonie d'ouverture, le successeur de Pierre Trudeau et de Jean Chrétien a conclu: «M. Bouchard a eu le courage de dire ce que plusieurs pensent tout bas. Plutôt que d'attendre passivement un soi-disant grand soir, il est primordial pour les Québécois de participer activement aux changements qui se préparent pour le Canada. Ils doivent s'impliquer dans la définition de ce Canada de demain.»

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

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nspector@globeandmail.ca
22 commentaires
  • Roch-André LeBlanc - Abonné 25 février 2010 06 h 12

    Fais ce que dois

    Cette devise du Devoir s'impose ici. Comme Canadiens, faisons ce que nous devons faire, sans souci de l'opinion d'autrui. Voilà un signe de maturité, tout autant politique que biologique.

  • Loraine King - Inscrite 25 février 2010 06 h 30

    Masquer son statut de second ordre

    On se souviendra de la cérémonie d'ouverture des JO de Vancouver comme étant l'illustration de la vision harpérienne du Canada - se vanter de plus en plus fort pour masquer son statut de second ordre, comme l'avait écrit Stephen Harper dans le National Post au sujet du Canada. Un Canada qui se voit d'abord à travers les yeux des Américains. Un Canada dans lequel non seulement francophones et anglophones vivent dans des chambres à coucher séparées, mais dans lequel les régions s'insultent mutuellement, le ministre des finances du pays clâme que l'Ontario est le pire endroit pour investir, ou qu'un autre déclare que le premier ministre de l'Ontario est le 'small man' de la confédération. Voilà bien l'empreinte que laissera Stephen Harper sur le Canada.

    Par surprenant que dans ce Canada on ait choisit un Australien pour monter le spectacle d'ouverture principalement conçu pour les téléspectateurs américains.

    Dieu merci, les Américains sont plus conscients des talents canadiens. Le Metropolitan Opera House annonçait justement sa prochaine saison cette semaine. On y présentera une nouvelle production du Ring des Nibelungen de Wagner, mise en scène de Robert Lepage pour laquelle on construit les sets présentement chez Scène Éthique Studio, à Varennes au Québec. Cette compagnie avait construit des scènes pour la tournée mondiale de Céline Dion, pour le Cirque du Soleil, le Stratford Festival… Le Metropolitan Opera a aussi choisit de présenter Don Carlo et c’est Nézet-Séguin qui dirigera l’orchestre du Met.

    Quel contraste avec la vision harpérienne de la culture de second ordre du Canada.

  • Forget Julie - Inscrite 25 février 2010 07 h 42

    Et vice-versa

    J'étais d'accord avec votre article Monsieur Spector jusqu'à ce que je lise le dernier paragraphe. Je suis une internationaliste qui a une tendance forte à croire qu'une nation, un pays, est un modèle plus viable surtout lorsque l'asymétrie culturelle est insoutenable, comme le 25-75% canadien. Mais je n'ai aucune fibre nationaliste ethnocentrique qui fait qu'on doit continuellement se distinguer et se dire plus fort que le voisin. Les athlètes olympiques représentent surtout des héros humain absolument pas associés à un avantage ethnique mais plutôt économique. Parcontre, ces événements sont entourés de politique et de symboles. Au manque de français à la cérémonie, je crois que personne ici fut réellement déçue et surpris...sauf les fédéralistes extrêmistes qui sont encore à rêver aux belles années du Trudeauisme. Vous semblez croire que les Canada anglais se désintéressent plus du Québec que le Québec du Canada anglais...Je crois que vous seriez vous même très déçu, à voir votre note d'espoir à la fin à cette reconstruction canadienne, de savoir à quel point les Québécoise sont désintéressés par le Canada anglais. Les jeunes québécois iront partout dans le monde avant d'aller au Canada anglais, les jeunes québécois sentent que le Canada en reconstruction ressemble à un Texas pétrolier ou la superbe démocratie Arabie Saoudienne. Et pour ma part, un jour je croyais que les Canadiens s'intéresseraient à d'autres langues, à la limite l'espagnol ou le mandarin, mais cet unilinguisme persisent me lève le coeur: les Canadiens anglais par leur unilinguisme ne peuvent pas intéragir honnêtement avec les autres peuples et surtout parce qu'ils n'ont aucune conscience de la difficulté, mais aussi la beauté, d'apprendre un autre langue pour toucher une autre culture. Moi, contrairement à Bouchard, j'abdique car le Canada anglais est rendu inintéressant politiquement, économiquement et culturellement. J'aime l'individu, mais je n'aime plus la collectivité qu'ils se construisent, basé sur l'économie des ressources naturelles et une politique ennuyante et ininspirante. Car j'ai déjà aimé le Canada je pense mais ça fait très longtemps.

  • jacques noel - Inscrit 25 février 2010 08 h 08

    Le Canada réel....

    Lysiane Gagnon a écrit un article sur la cérémonie d'ouverture de Vancouver dans le Globe and Mail. Elle n'a fait qu'écrire ce qui se dit au Québec sur le sujet.
    Plus de 500 commentaires.
    80% sont d'un vomi imbuvable.
    Ce que je retiens: le Canada réel, le Canada profond, n'a jamais accepté le bilinguisme et surtout la notion d'égalité entre la nation québécoise et la nation canadian

    2/20/2010 7:24:44 AM
    This coming from a Province that fines you for English signs????????
    (le gars a eu 377 appuis et et seulement 77 rejets)



    http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/the-b

  • Pierre Grandchamp - Abonné 25 février 2010 08 h 23

    " Ils doivent s'impliquer dans la définition de ce Canada de demain." Ah oui? Ou l'Histoire du Père Noel!

    Bonjour Monsieur,

    Fulton-Favreau,Victoria, 1981, Meech, Charlottetown..

    Pépin-Robart, Laurendeau-Dunton........

    Le Canada de demain ne peut être différent de celui d'hier:des nombreuses lois anti-français hors Québec(depuis 1867) jusqu'au rejet(1971) du biculturalisme (proposé par Laurendeau-Dunton) à la constitution infâme et illégitime de 1982. En incluant l'échec lamentable de la politique du bilinguisme...

    Puis-je vous rappeler que le Québec avait signé Meech? Et que c'est le Canada anglais qui a renié parole et signature?

    NI la constitution de 1867, ni celle de 1982 n'ont de légitimité démocratique.Et la constitution de 1982 est bétonnée, irréformable.

    "En fait, le geste unilatéral est en quelque sorte le péché originel du Canada...(...) La vérité,c'est que la volonté d'agir seul,UNILATERALEMENT, d'imposer sa volonté d'en haut, fait partie de la culture politique du gouvernement canadien. Elle s'inscrit en continuité avec le caractère monarchique,colonial,dont le Canada ne s'est jamais départi"-Lucien Bouchard-

    " Il serait plus facile pour le Québec de se retirer de la fédération que d'espérer obtenir satisfaction à ses revendications"...Dans Allaire,, Bélanger-Campeau et les autres" par Alain Gagnon et Daniel Latouche.

    -"En outre, la procédure d'amendement constitutionnel en vigueur au Canada est un cadenas dont la clé a été jetée au fond de l'océan. L'un des grands spécialistes canadiens des affaires constitutionnelles, Alan Cairns, n'hésite pas à parler de «paralysie constitutionnelle». Le Devoir 23-05-00
    .
    - UN PAYS À REFAIRE L'ÉCHEC DES POLITIQUES CONSTITUTIONNELLES CANADIENNES ... par Kenneth McRoberts Traduit de l'anglais par Christiane Teasdale Boréal Montréal, 1999, 483 pages Il reconnaît par contre que la vision trudeauiste du Canada est«trop enracinée dans les institutions et dans la manière dont les Canadiens anglais comprennent le Canada pour que soit possible un changement de cap majeur». L'auteur, en effet, ne donne guère de pistes sur la manière de s'y prendre pour détricoter ce que Trudeau a réalisé".

    "Trente ans d'imposture! Trente années d'échecs! Tel est le bilan que dresse le journaliste Bruno Bouchard(1999) des diverses tentatives enées à ce jour par le Parti libéral du Québec pour renouveler le fédéralisme canadien : de la mascarade du
    -statut particulier de Jean Lesage à la
    -valse-hésitation de Jean Charest sur la déclaration de Calgary,
    en passant par la
    -souveraineté culturelle de Robert Bourassa, la
    -nouvelle fédération canadienne de Claude Ryan, les
    -cinq conditions minimales de l'accord du lac Meech et le
    -rapport Allaire, sans compter les innombrables
    -tergiversations de Daniel Johnson fils."