Hors-Jeux - Pas encore un miracle

Les Ontariens Tessa Virtue et Scott Moir ont raflé la médaille d’or hier en danse lors des compétitions de patinage artistique.
Photo: Agence France-Presse (photo) Vincenzo PInto Les Ontariens Tessa Virtue et Scott Moir ont raflé la médaille d’or hier en danse lors des compétitions de patinage artistique.

Il y avait une quasi-coïncidence de dates qui n'a pas échappé aux experts qui sont rémunérés pour entretenir ce genre de réflexions. Dimanche soir 21 février 2010, les États-Unis d'Amérique affrontaient le puissant club de hockey sur glace du Canada. Trente ans moins un jour plus tôt, le 22 février 1980, une équipe d'amateurs des États-Unis se mesurait à l'invincible URSS. Dans les deux cas, les Américains ont gagné.

Le parallèle est un peu boiteux, mais quelque part au sud, on n'hésite pas à le faire. En 1980, on avait affaire à une bande de collégiens sans grande expérience contre la machine soviétique huilée au quart de tour. Cette fois, tous les joueurs font certes partie de la Ligue nationale, mais les effectifs ont été grandement rajeunis. Merci de vos bons services Mike Modano et Bill Guerin, on va plutôt prendre Patrick Kane, Erik et Jack Johnson, Phil Kessel et Bobby Ryan, tous en dessous de 24 ans.

De là à parler d'un nouveau Miracle On Ice, il n'y a qu'un pas, et vous pouvez déjà entendre d'ici les États, qui connaissent des Jeux à décoller la tapisserie, commencer à avoir des frétillements dans la région.

Et le Canada, demandez-vous par souci patriotique? En laissant échapper la joute dimanche, le Canada s'est mis dans une espèce de sorte d'apparence de trouble assez angoissant. C'est que s'il vainc l'Allemagne mardi — et ce serait bien la moindre des choses pour l'orgueil national, n'est-ce pas —, il retrouvera en face de lui mercredi, dès les quarts de finale, la Russie. Comme à Turin en 2006, tiens donc, où il avait perdu et avait dû se contenter d'une 7e place plutôt peu glorieuse pour le pays où a été inventée la glace et ce que l'on peut faire dessus pour passer le temps.

Ce n'était pas prévu comme ça. Moi, je vous le dis, après avoir examiné le dossier pendant plusieurs millièmes de seconde, le Canada aurait dû imiter les States, prendre le virage jeunesse et utiliser Carey Price devant les cordages.

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Souvenirs de 1980. Joe Posnanski, de Sports Illustrated, rappelle quelques faits peut-être oubliés concernant le célèbre match (voir mon blogue pour un extrait de la rencontre).

Plusieurs Américains jurent avoir assisté à la joute en temps réel, mais elle n'était diffusée qu'en différé par le réseau ABC. Le présentateur Jim McKay avait d'ailleurs informé les téléspectateurs que lui connaissait le score final, mais qu'il n'allait pas leur faire le déplaisir de le leur communiquer.

Ken Dryden, l'analyste du hockey pour la télévision américaine, avait quitté Lake Placid la veille pour se rendre à Toronto où il devait passer son examen du Barreau. Il l'a réussi, et est rentré à Lake Placid en soirée.

Al Michaels avait été nommé descripteur parce qu'il était le seul de l'équipe d'ABC à avoir de l'expérience en la matière. Un gros bagage, du reste: un match au total, URSS-Tchécoslovaquie aux Jeux de Sapporo en 1972.

Les États-Unis ont peut-être gagné (4-3) en raison de la décision de l'entraîneur Viktor Tikhonov de retirer des buts le grand Vladislav Tretiak au profit de Vladimir Myshkin à la fin de la première période. Vingt ans plus tard, Tretiak soutenait qu'il ne savait toujours pas pourquoi on l'avait écarté.

Michaels affirme qu'il n'avait pas préparé son fameux cri «Do you believe in miracles? Yes!» et qu'il s'agissait d'une exclamation tout à fait spontanée. Tellement spontanée que lorsqu'on lui a demandé de décrire de nouveau le match pour le film Miracle, réalisé en 2004, il a été incapable de la répéter et on a dû utiliser l'extrait original.

Soyez-en intimement persuadés, c'était le bon temps.

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Est-ce moi et ma TV basse définition, ou y a-t-il comme un problème de cadrage à ces XXIes Jeux olympiques d'hiver de Vancouver 2010 à Vancouver?

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Passage obligé des Jeux olympiques, les photographes qui demandent aux athlètes de faire semblant de mordre leur médaille à leur descente du podium. La semaine dernière, le lugeur allemand David Möller s'est prêté à l'exercice avec tant d'enthousiasme qu'il s'est brisé une incisive. Heureusement pour lui qu'il ne fait pas du patin de fantaisie où il faut toujours avoir le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

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Triple médaillée, deux d'or et une d'argent, en biathlon à Whistler, Magdalena Neuner n'excelle pas qu'avec des skis et une carabine. Elle est aussi une tricoteuse émérite et a même son propre site de tricot dans les internets. Si donc vous voulez vous familiariser avec le tricot allemand, c'est au www.magdalena-strickt.de.

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En ce lundi, on apprend que l'appui du public à l'équipe de hockey féminine du Canada est incroyable, que l'ambiance au curling est incroyable et que l'on peut goûter à Vancouver une boisson concoctée au Québec selon une méthode champenoise incroyable.

Pour ne rien vous cacher, je regarde mon verre d'eau, juste là devant moi, et je le trouve... ah et puis oubliez ça.
5 commentaires
  • Alain Deloin - Inscrit 23 février 2010 08 h 21

    séquence nostalgie

    "Trente ans moins un jour plus tôt, le 22 février 1980, une équipe d'amateurs des États-Unis se mesurait à l'invincible URSS".

    Je me souviens de ce match. Mon premier contact avec le hockey. En pleine guerre froide, peu après l'invasion d'Afghanistan. La menace soviétique et la faiblesse de Carter avaient plongé nos dirigeants européens: VGE, Schmidt,… dans le désarroi.
    Une jeune équipe au combat jusqu'à la victoire. Tout un symbole. Et puis la veste à carreaux de l'entraineur américain, qui bondissait comme un cabri, est inoubliable.

    30 ans déjà. Giz.
    Une autre époque, sous d'autres cieux.

  • Jean-Pierre Contant - Abonné 23 février 2010 09 h 16

    incroyable...

    M. Dion

    Je lis avec intérêt vos chroniques journalières sur les jeux de Vancouver. Le problème c'est que depuis quelques jours je commence toujours votre article par la fin pour voir comment vous y placerez l'incroyable...n'est-ce pas icroy... Votre humour apporte de la fraîcheur dans cette course effrénée aux médailles. Comme le disais hier un animateur, relaxons et profitons de la beauté de cet univers olympique qui existe aussi, loin la troisième marche du podium. Une 4ième place n'est pas aussi incroyable???

  • Rayvolver - Inscrit 23 février 2010 13 h 37

    Problème de cadrage...

    Effectivement! Chez nous aussi c'est la bonne vieille cathodique qui nous montre les olympiques. Mais en fait, c'est que tout est tourné en haute définition avec le ratio 16:9. Et que la télévision qui me sert également d'ancre à bateau offre un format 4:3. Allez savoir pourquoi ils nous donnent pas le format 16:9 avec deux petites bandes noires. On verrait plus petit, mais au moins on pourrait voir ce qui se passe. Je soupçonne qu'on veule nous faire acheter des écrans plats.

  • Samuel Pothier - Inscrit 23 février 2010 13 h 42

    Louange

    Jean Dion, vous êtes incr....
    Increvable!

  • yannick.legault@sympatico.ca - Abonné 23 février 2010 13 h 47

    Inimaginable !

    Bonjour maître Dion !

    Sans vous et le second degré, le sport et tous ses commentateurs seraient complètement insoutenables, voire incroyablement insoutenables !

    Inimaginable ! En effet, ce devrait être la traduction française d'Incroyable, puisque selon le COVAN, "Imagine" est la traduction de "Believe".

    On vous lit tous les jours, par nécessité, drogués comme nous sommes des olympiques !!

    Yannick Legault, de Trois-Rivières