C'est reparti!

Et c'est reparti! Maintenant que les marchés boursiers ont littéralement explosé depuis le creux de mars 2009, les produits financiers redeviennent à la mode.

Pendant plusieurs décennies, les fonds communs d'investissement ont été à l'avant-plan parmi les moyens d'investir à la Bourse. Mais, depuis une décennie environ, les unités de fonds négociés en Bourse (FNB; on les appelle aussi iUnits) semblent de plus en plus s'imposer. La raison: leurs frais administratifs qui, de 0,4 % à 0,5 % environ de la valeur du placement, s'avèrent bien inférieurs à ceux de 2,5 %, parfois plus, exigés par les fonds communs d'actions.

Certes, ces derniers tentent de justifier leurs frais plus élevés par les services de leurs gestionnaires de portefeuille. Ces stratèges sont censés, grâce à leur talent, battre le rendement des divers indices boursiers. Le hic: plus de 65 % d'entre eux ne parviennent pas à le faire. Aussi, se disent les investisseurs, pourquoi les payer? D'où la popularité grandissante des FNB.

Ces fonds négociés s'évertuent à suivre un indice ou sous-indice boursier en calquant leur composition, c'est-à-dire en achetant les titres des mêmes compagnies, dans les mêmes proportions. La valeur d'une unité de fonds négociés suivra ainsi à la trace le comportement de l'indice sous-jacent, sans plus. Aucun gestionnaire n'est là pour pratiquer une gestion active. On se contentera d'adapter le portefeuille en fonction de la composition de l'indice ou sous-indice sous-jacent.

Les petits investisseurs peuvent ainsi, tels de véritables maîtres, jouer — comme le disent si souvent les journalistes — à la hausse comme à la baisse l'or, les titres bancaires, les titres de haute technologie, ceux des compagnies industrielles, ceux des firmes du secteur de la santé, ceux des compagnies pétrolières, des chemins de fer, etc. Ils pourront miser sur le comportement futur de tous les grands indices et sur toutes les denrées. Formidable, n'est-ce pas? Et soyez assurés que, pour attirer l'épargne des investisseurs, les banques et autres institutions financières accoucheront de ces produits à tour de bras.

Pris individuellement, ces produits paraissent avoir du sens. Mais, quand ils sont regroupés dans un petit portefeuille, leur pertinence s'étiole. Prenons le cas d'un investisseur ayant un pécule de 100 000 $. Il décide de le répartir entre les unités de quatre fonds indiciels distincts. Disons les suivants: iShare CDN SmallCap index fund, SPDR S&P 500 ETF, Vanguard Emerging Markets ETF et Claymore Global Monthly Advantage Dividend. Le premier, vous l'avez deviné, se compose d'actions de sociétés de petite taille à forte croissance. Les unités de combien de firmes? 183. Poursuivons avec le SPDR. Celui-ci épouse la composition de l'indice américain S&P et comprend donc les actions de 500 compagnies américaines. Le troisième fonds distinct, Vanguard Emerging Markets, déploie son pécule parmi les titres de 810 compagnies dans plus de 20 pays. Enfin, Claymore Global se compose des titres de près de 250 compagnies réparties sur tous les continents.

Bon. Faisons maintenant la somme de tout cela. Avec 100 000 $, notre individu est parvenu par l'entremise de quatre fonds distincts à participer à la destinée de 1743 entreprises, à prendre une emprise dans plus de 20 pays répartis sur cinq continents de la planète. Certains appellent cela de la diversification. Moi, j'appelle cela de l'éparpillement au superlatif.

Le petit investisseur se trouve ainsi à participer à des centaines d'entreprises aux noms bizarres comme Petroleo Brasileiro SA ADR Type A, CNOOC Ltd., Itau Unibanco Holding SA ADR, Hon Hai Precision Industry Co. Ltd., Grupo Aerportuario Del S, Grupo Aeroportuario Del Pacifico, Ladbrokes PLC, Bancolombia SA, Chunghwa Telecom ADR..

Bon, j'arrête là. Il y en a des centaines comme cela. Admettez. Avec de tels noms, il y a de quoi épater la galerie, surtout si le petit investisseur parvient à dire à ses copains ce que font toutes ces entreprises.

Peu probable, vous en conviendrez. Le petit investisseur ne sait d'ailleurs pas toujours de quoi il retourne en investissant dans ces fonds. Il se fie surtout au nom du fonds. C'est ainsi qu'en optant pour le fonds Claymore Global Monthly Advantaged Dividend, il croit investir dans des titres de grandes compagnies montrant un long historique de dividende. Certes, il y en a. Mais il y a aussi des unités de sociétés de fiducie. En fait, les deux plus importantes positions de ce fonds négocié sont dans les unités de deux sociétés de fiducie, Penn West Energy Trust et Enerplus Resources. Ce sont deux sociétés de fiducie pétrolières canadiennes dont les revenus versés sont des distributions d'entreprise et non des dividendes. Des distributions d'entreprise hautement gonflées, alors qu'elles comprennent une portion non négligeable de l'épuisement du capital initial investi dû à l'épuisement constant des puits dont le pétrole est extrait. Et dire que l'on ose qualifier ce fonds de fonds négocié de dividende.

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1 commentaire
  • Pierre Brosseau - Abonné 23 février 2010 16 h 18

    LIBRES AVEC LES FNB OU DÉPENDANTS DES "PLANIFICATEURS FINANCIERS" ?

    J'ai beaucoup de respect pour vos opinions, M. Chiasson, cependant rien n'est parfait.

    Les avantages des FNB, malgré leur défaut principal de l'éparpillement, sont nettement supérieurs aux inconvénients des autres produits financiers offerts aux petits investisseurs, à commencer par les frais de gestion injustifiés (au Canada, les plus élevés au monde) des agents de fonds communs.

    Ces mêmes fonds communs sont également très diversifiés, sinon éparpillés. Chaque fonds est probablement formé d'autant de compagnies que les FNB. De plus, avec les fonds communs, nous ne pouvons effectuer nous-mêmes les transactions, il y a toujours des délais, ce qui n'est pas le cas avec les FNB.

    Je ne vois pas le jour où je confierai de nouveau mon argent à des "planificateurs" financiers qui ont comme premier objectif leurs propres intérêts, ils sont tous pareils. Même ceux qui se présentent comme indépendants ont tous un fil à la patte.